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À Pâques, sauver l’agneau

Interbev lance à partir du jeudi 2 avril une campagne de communication pour inciter les Français à consommer de l’agneau à Pâques. Dans la crise du coronavirus, la situation de la filière ovine est très tendue. Depuis plusieurs jours, elle s’organise pour trouver des solutions.

© GAEC DE LA VANLEE

« Autour du lundi 16 mars, la situation était très positive, retrace François Bloc, responsable des ventes et des filières animales au sein de la coopérative Natup, il y a eu de grosses ventes. Mais dès la fin de la semaine, les commandes se sont annulées les unes après les autres ». Contacté mardi 24 mars, le cadre résumait la situation de la filière ovine en pleine crise du coronavirus. « Les GMS ne savent pas sur quel pied danser, il y a de gros à-coups dans la consommation des Français ».

Incertitude
La grande inquiétude, c’est Pâques. « Avec le confinement, les gens ne vont pas se réunir », se soucie Aurélie Mournaud, éleveuse dans les marais de la Dives (14). Elle a prévu 15 bêtes pour les magasins bio ; Aurore et Stéphane Étard, éleveurs à Bréhan (50) d’agneaux de pré-salé, une cinquantaine, essentiellement pour Intermarché. Fabien Janvier, éleveur à Godisson (61), en a prévu 35 en vente directe. Avec la fermeture des marchés, il n’a aucune idée de la façon de les écouler. Pour la coopérative Natup, Pâques représente 1 200 agneaux sur 20 000 commercialisés à l’année.

Effort de la GMS
La coopérative est confiante et « pense pouvoir écouler l’intégralité de la production des adhérents ». D’autres producteurs attendent des retours de leurs bouchers, de leur grossiste, de leur coopérative. « Aucun opérateur de la filière ne sait comment appréhender le marché », admet François Bloc. Les producteurs anticipent une baisse des commandes. Mais ils saluent un réel effort : Intermarché s’arrange pour prendre 40 agneaux de pré-salé à Aurore et Stéphane Etard, Aurélie Mournaud peut compter sur huit bêtes, réservées par Biocoop.

Abattage
Là aussi, les éleveurs doivent s’adapter : « on avait un abattage prévu lundi 6 avril, mais Cany-Barville (76) nous demande d’avancer au 1er avril. Ce n’est pas possible de faire perdre une semaine de DLC aux bouchers », s’impatiente Aurélie Mournaud. Dans l’Orne, Fabien Janvier a rendez-vous avec Téba, mais n’est pas certain que l’abattoir, qui a déjà fermé puis rouvert depuis le début du confinement, abatte ses bêtes. « La fermeture des abattoirs, c’est un vrai problème », soupire l’éleveur.

Prix
Tous les ans, le prix de l’agneau connaît un pic à Pâques, « la demande est plus forte que l’offre », explique François Bloc. Seulement 45% de l’agneau consommé en France y est produit. « Cette année, s’il y a trop d’offres, les prix risquent de s’écrouler ».
« Avril, c’est un gros lot qui nous permet de régler les factures, témoigne Aurore Étard, les agneaux qu’on ne vend pas, on va devoir les garder et les nourrir ». L’autre stratégie consisterait à reporter les ventes pour l’après-confinement. « Ils seront déclassés, réfute Fabien Janvier. « On risque d’avoir des carcasses trop lourdes, prévient Aurélie Mournaud, les bouchers n’en veulent pas ». L’éleveuse prévoit d’écouler en priorité les mâles. Fabien Janvier suit les recommandations de la Chambre d’agriculture qui a transmis un courrier aux éleveurs en leur demandant de « lever le pied sur l’alimentation », indique l’éleveur.

Promesses de l’été
« L’aspect climatique va être prépondérant, révèle François Bloc, s’il fait beau, les barbecues vont permettre de tirer la consommation de viande. Quand le mois de mai est ensoleillé, l’agneau connaît de bons tirages ». « Si après le confinement, on a un retour du consommateur, on pourra tenir la tête hors de l’eau », résume Fabien Janvier.

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