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VIDEO. « Partager ma passion avec les enfants »

Producteur de céréales et de cultures industrielles au Thil-en-Vexin (canton d’Etrepagny-27), Bertrand Loobuyck est également vice-président de l’association « Rencontre ville campagne Eure* ». Sa motivation : « faire partager ma passion avec les enfants ». 

Lundi 28 juin. La pluie menace sur les linières du Thil-en-Vexin en partie déjà versées. Pas de quoi doucher l’enthousiasme de Bertrand Loobuyck. Pour cet agriculteur engagé, c’est journée « communication ». Il attend de pied ferme le bus (financé grâce au soutien du Crédit Agricole Brie Picardie) qui va lui amener sur le seuil de sa ferme 25 élèves (CE2, CM1 et CM2) et leurs accompagnateurs de l’école de Bazincourt-sur-Epte. A 8 jours des grandes vacances, c’est classe verte en deux étapes. Visite de l’exploitation et des champs le matin. Découverte de l’usine de teillage du Neubourg l’après-midi.

Bertrand Loobuyck, céréalier au Thil-en-Vexin (27)
Bertrand Loobuyck, céréalier au Thil-en-Vexin (27)

Lever les tabous

Après avoir fait connaissance avec les chiens de l’exploitation, direction le parc matériel pour un dialogue sans langue de bois. « Les élèves ont tellement de questions à poser, souligne Bertrand. Ça lève un tas de tabous sur des choses qui pourraient paraître secrètes alors qu’on n’a rien à cacher ». Rien à cacher, pas même du côté du pulvérisateur, parce qu’il faut bien soigner les plantes quand elles sont malades. « J’ai expliqué comment on s’en servait, avec quels autres outils on travaillait. Les enfants sont très demandeurs. Je me suis aperçu que les instituteurs aussi. Il y a une relation de confiance et de sympathie qui se noue au fil des échanges. » Direction ensuite le hangar de stockage du lin puis des parcelles où Bertrand va expliquer que l’agriculture est météo-dépendante. Que les aléas font partie d’un métier victime lui aussi du réchauffement climatique. Dernière étape avec la découverte de l’usine de teillage du Neubourg. Les cadres et techniciens de la coopérative prennent le relai pédagogique. Un accueil aux petits oignons et du temps donné pour partager leur savoir-faire et leur passion du lin avec les générations futures. La boucle est presque bouclée, et le mot de la fin pour Bertrand : « cette journée, c’est un petit maillon de la lutte contre l’agribashing. La communication avec les enfants c’est pas de la langue de bois. C’est naturel comme le lin ! ».


* L’association, dont l’objectif est de communiquer sur le métier d’agriculteur,  met en relation les enseignants intéressés par le sujet et les agriculteurs  qui interviennent par binômes dans les classes tout au long de l’année scolaire.

« J’apprends avec eux »
Originaire de Seine-Saint-Denis (région parisienne), Ludovic Tellier est l’enseignant de la classe à 3 niveaux et directeur de l’école de Bazincourt-sur-Epte inscrite dans ce projet pédagogique. « J’apprends avec les élèves, je découvre avec eux. C’est intéressant et enrichissant », plaide-t-il.

>> Le fossé semble se creuser entre le monde agricole et la société. Vous avez un avis sur le sujet ?
Globalement, ce sont des mondes qui se côtoient, mais ne se connaissent pas forcément bien. Dans chaque métier, il y a des caricatures et le monde enseignant n’y échappe pas. C’est tout l’intérêt de ce type de rencontre pour les adultes de l’école, les enfants, leurs familles. C’est pour cela que de tels projets ont été construits par l’Éducation nationale. Ils permettent de se rencontrer, de dialoguer, de connaître les réalités et ainsi ne pas se contenter de représentations.

>> Cela permet de rétablir le lien entre le champ et l’assiette ?
Nous avions choisi de travailler cette année sur la culture du lin qui est moins porteuse que celle du blé pour faire ce rapprochement. Nous avons cependant tracé l’ensemble de la filière pour identifier tout ce que l’on pouvait faire avec cette culture.

>> Vos élèves se sont facilement prêtés à cet exercice ?
Ils ont tout de suite adhéré à ce projet démarré en septembre. Ils se sont montrés très curieux en menant un gros travail de recherche sur toutes les utilisations du lin, en créant un cahier de classe, en concevant des affichages... Cette visite sur l’exploitation de Bertrand Loobuyck, c’est la concrétisation du travail de toute une année. L’occasion aussi de se rendre compte de la taille d’un ballot, de la grosseur des machines. J’apprends avec eux et c’est très enrichissant pour le monde enseignant aussi.

>> Prêt à remettre le couvert à la rentrée ?
Bien sûr et je viens d’en avoir la confirmation, mais je n’en connais pas encore le thème.

Anaïs, Hugo, Alizée et Valentin : de futurs agriculteurs ?
A la question « aimeriez-vous être agriculteurs un jour ? », Anaïs (CM1), Hugo (CE2), Alizée (CM1) et Valentin (CE2) clament à l’unisson un grand « oui ». Et pourtant, si Valentin est fils de maraîcher, le lien des autres avec l’agriculture est inexistant. Seule Anaïs croit se souvenir que « la mère de mon grand-père était agricultrice, mais pas avec des tracteurs ». Mais de cette journée in situ du 28 juin dernier, sont peut-être nées des vocations. La culture de la petite fleur bleue a convaincu son auditoire et la bande des 4 de l’école de Bazincourt-sur-Epte (27) s’y voit déjà. Le lin, ça déchire : « on peut en faire des chaussures, des intérieurs de skate-board, des trousses, des tableaux de bord, du shampoing, des paillettes pour les travaux de la maison, du beurre... Des chemises aussi. Monsieur Loobuyck, il en porte une aujourd’hui. Peut-être qu’on en a aussi des vêtements en lin dans nos armoires ». Reste l’image du métier dans lequel ils se projettent le temps d’une classe verte : agriculteur = pollueur ? « Ils polluent beaucoup, parce qu’il y a des usines. Il y a aussi les tracteurs avec l’huile qu’ils mettent dedans », listent les uns pendant que leur copain a retenu une autre leçon. « Le lin, il n’a pas besoin de beaucoup de produits et puis, monsieur Loobuyck, il est en agriculture raisonnée. Il ne met des produits que si c’est nécessaire. Il a des satellites au-dessus de sa ferme et un abonnement qui lui envoie des photos pour lui dire exactement l’endroit où il faut le mettre. C’est pour pas gaspiller. On ne le savait pas tout ça ». Merci les enfants de vous êtes prêtés au jeu. « De rien, c’était un plaisir pour nous ». Fin de citation.
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