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Butyriques
Pas dans mon silo d’herbe

La bonne conservation du fourrage est liée l’acidification rapide du silo qui va limiter les fermentations butyriques indésirables. C’est possible avec l’ensilage d’herbe.

Les butyriques sont des bactéries qui se trouvent naturellement dans le sol, dite anaérobies, c'est-à-dire qu’elles se développent en absence d’air. Elles sont très résistantes car en conditions hostiles (présence d’air, pH inférieur à 4,5, température basse, présence de sel, faible humidité) elles se protégent au sein d’une coque très résistante, avec une durée de vie quasiment illimitée. Cette forme résistante, appelée spore butyrique, se réveille et se multiplie quand les conditions sont favorables. Ces particularités expliquent que les butyriques peuvent se  trouver en milieu favorable dans un silo (absence d’air, nourriture à volonté), tout ce dont elles ont besoin pour croître et se multiplier. Un éleveur averti peut empêcher leur introduction et leur multiplication dans le silo. Matière sèche et teneur en sucres élevés dans le fourrage récolté, introduction limitée de butyriques et absence d’air au silo sont les fondements de la lutte.


Un seul but : l’acidification rapide du silo

L’objectif est de bloquer le plus rapidement possible les fermentations indésirables qui multiplient les butyriques, produisent des acides gras volatils indésirables, des alcools et qui dégradent les protéines du fourrages. Ces dégradations diminuent les valeurs alimentaires et limitent l’appétence du fourrage. La phase de consommation de l’oxygène encore présent dans le silo doit donc être la plus courte possible pour favoriser les fermentations lactiques. Dans un deuxième temps, les bactéries lactiques, alliées de l’éleveur, vont produire de l’acide à partir des sucres présents dans la plante et faire baisser le pH. Quand le pH est suffisamment bas, le silo est alors stabilisé et les butyriques ne se développent plus.


Limiter les pertes grâce au taux de matière sèche

Tout d’abord, un taux de matière sèche (MS) minimum de 25-26 % doit être recherché pour limiter les pertes par jus. Dans ce dernier cas, c’est le meilleur qui part au caniveau (glucides et azote solubles). D’autre part, quand le taux de MS s’élève, l’activité des bactéries est réduite. Quelque soient  les conditions météo, le fourrage se dessèche d’autant mieux qu’il est feuillu. Les stomates, présents sur les feuilles, restent ouverts quelques heures après la fauche. Concrètement, un fanage rapide après la fauche permettra de profiter de cette particularité pour accélérer la dessiccation. Le conditionnement à la fauche permet lui d’attaquer la cuticule, cire qui protège les plantes et qui ralentit fortement la perte d’eau. Et avec la matière sèche, un seul mot d’ordre : tasser, tasser, tasser le silo (Tableau 1).

Espèces et stades conditionnent le taux de sucres

La teneur en glucides solubles et le pouvoir tampon du fourrage conditionnent la vitesse et le niveau d’acidification du fourrage ensilé. Le stade précoce de fauche assure une teneur plus élevée en glucides solubles, la date de fauche reste un point de maîtrise primordial. D’autres part, les espèces fourragères sont différentes quant à leur comportement au silo (Tableau 2). Le pouvoir tampon est la capacité d’un fourrage à résister à l’acidification. Les ray grass ont un profil favorable à l’ensilage alors que le dactyle est nettement moins riche en sucres. Les légumineuses sont contrastées : le trèfle violet est favorisé par son taux de sucres élevé  alors que la luzerne cumule plusieurs handicaps : peu de sucres et fort pouvoir tampon lié à sa forte teneur en azote et en minéraux. Lors des coupes suivantes, les taux de sucres diminuent et la teneur en azote augmente, deux effets qui viendront contrecarrer une bonne acidification. Les stratégies de récolte et de conservation doivent donc s’adapter à la flore. Dactyle et luzerne par exemple demanderont des taux de MS plus élevés, voire une garantie avec l’utilisation d’un conservateur.


Attention effluents = butyriques

Les butyriques, consommés par les bovins se retrouvent concentrés dans les bouses et donc dans les effluents. Les bouses contiennent en moyenne 1000 à 10 000 butyriques par gramme, c’est dire que lors d’un épandage la contamination de l’herbe est très élevée. Ce niveau diminue ensuite progressivement avec le temps. Le tableau 3 reprend des résultats observés sur une repousse de prairie où les butyriques ont été comptés sur le fourrage après un épandage de lisier. Le temps est donc un facteur d’assainissement du fourrage après un épandage de lisier avec un effet de nettoyage de la plante. Pour une parcelle destinée à l’ensilage, un délai de deux mois est préconisé pour réduire le risque butyrique. Pour les fumiers, un épandage à l’automne précédent limite les risques de contamination. Un essai avec épandage de fumier ou lisier 50 jours avant la fauche  a permis de chiffrer les niveaux  de contamination au silo. Il confirme bien le risque butyrique dans ces conditions (Tableau 4).La présence de butyriques est plus forte après un épandage de lisier mais encore plus  avec le fumier. La combinaison de bonnes pratiques, pré fanage et utilisation d’un conservateur acide a permis de retrouver des niveaux peu contaminés. La récolte est intervenue 50 jours après épandage ce qui assurait d’avoir des butyriques dans des silos expérimentaux mais ce qui est fortement déconseillé en pratique.

Haut et court

Si faucher ras donne l’illusion de récolter plus de fourrages, cette pratique amène de nombreux inconvénients : avec plus de terre, c’est plus de butyriques apportés au silo. C’est aussi une augmentation de la proportion de mauvaises herbes, une vitesse de séchage ralentie, une repousse retardée sans parler de l’usure des machines. Enfin, plus de terre dans le silo c’est moins de valeur alimentaire du fourrage, d’autant moins que le fourrage est peu pré fané. La valeur UFL diminue quand la part de cendres augmente dans les ensilages d’herbe (prairie permanente) (graphique 1).La hauteur de fauche recommandée se situe entre 6 et 8 cm. Hacher finement l’herbe est aussi un moyen d’assurer à la fois une bonne conservation et une bonne ingestion. Avec des brins courts (2 cm), les sucres sont plus facilement disponibles pour l’acidification du silo, le tassage est facilité et la rumination est assurée.


Respecter le B.A. BA

Il est possible de réaliser des ensilages d’herbe avec des niveaux bas en butyriques. Une étude récente au Pays-Bas a même conclu que l’ensilage de maïs était une source plus importante de butyriques que l’ensilage d’herbe. C’est un résultat similaire à celui du contrôle laitier du Calvados qui a dénombré la même proportion d’éleveurs ayant de bons résultats en butyriques chez ceux qui  utilisent de l’ensilage d’herbe que chez ceux qui utilisent du maïs. Les bonnes pratiques à l’ensilage permettent de gagner la course de vitesse entre les bonnes fermentations lactiques et les indésirables butyriques.

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