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Thomas Pelletier (administrateur de la FNPFC)
Pas de production sans contractualisation

En réponse aux propos de Jérôme Delile (directeur de la Cidrerie Viard de Guéron-14) qui prône une forte dose de libéralisme au sein de la filière pommes à cidre (voir en page 23 de notre édition du 25 décembre 2008), Thomas Pelletier, producteur à Vaux-sur-Aure (14) et administrateur de la FNPFC (Fédération Nationale des Producteurs de Fruits à Cidre) rétorque catégoriquement “non. Imaginer une production sans contrat ni garanties, ce n’est pas possible”.

Quand on se lance dans la production de pommes, on s’engage pour 15, 20 ans voire plus. Sans contrat, sans garantie, sans lisibilité, ce n’est pas pensable. C’est vrai pour les producteurs mais aussi pour les transformateurs. Il nous faut donc, au sein de la FNPFC, défendre bec et ongles une politique forte de contractualisation.
Quand on se lance dans la production de pommes, on s’engage pour 15, 20 ans voire plus. Sans contrat, sans garantie, sans lisibilité, ce n’est pas pensable. C’est vrai pour les producteurs mais aussi pour les transformateurs. Il nous faut donc, au sein de la FNPFC, défendre bec et ongles une politique forte de contractualisation.
© TG

Vous étiez producteur de pommes pour la cidrerie Viard. Vous livrez désormais à Val de Vire. Que s’est-il passé entre les deux ?
Nous avons planté notre verger en 1987 et travaillé, jusqu’en 2000, avec la Cidrerie Viard dirigée alors par M. Asseline. On livrait les pommes dont notre transformateur avait besoin et on se débrouillait du reste. L’arrivée de Jérôme Delile au poste de directeur général a changé la donne. C’est un apôtre du libéralisme. Il nous a proposé par exemple un paiement au 1/12e chaque mois. Nous nous sommes insurgés contre de telles pratiques et nous avons finalement été mis dehors.

Qu’avez-vous fait alors de vos pommes ?
Nous sommes restés en association de producteurs et avons travaillé avec l’ACBN (avec des débouchés en Espagne) et avec Val de Vire. Val de Vire qui a proposé, à ceux qui le souhaitaient, de contracter. Ce que j’ai fait pour 5 ha de verger. Je transforme les 2 ha restants.

Vous considérez que cette contractualisation est indispensable ?
Quand on se lance dans la production de pommes, on s’engage pour 15, 20 ans voire plus. Sans contrat, sans garantie, sans lisibilité, ce n’est pas pensable. C’est vrai pour les producteurs mais aussi pour les transformateurs. Il nous faut donc, au sein de la FNPFC, défendre bec et ongles une politique forte de contractualisation.

Un mot sur la campagne cidricole 2008 ?
En verger basse-tige, qualitativement et quantitativement, c’est assez satisfaisant. 2008 ressemble à 2007. Par contre, l’abondance de pommes en provenance du verger haute-tige a tiré les prix vers le bas.

DROIT DE REPONSE
• Pierre Yves REBOUX, Président de la  Fédération Nationale des Producteurs de Fruits à Cidre souhaite réagir aux propos tenus par M. Delile dans l’article du 25 décembre intitulé  « les pommes dont on a besoin ».

“Cette désinformation fait véritablement froid dans le dos aux professionnels qui ont œuvré depuis des années pour construire la filière cidricole d’aujourd’hui. Par ces propos M. Delile semble faire passer l’idée qu’il n’y a quasiment pas besoin de contrats pour assurer l’approvisionnement de la cidrerie Viard et qu’il suffit de se servir dans le système d’offre et de demande de fruits. Avec, suivant les années, la possibilité d’obtenir un prix particulièrement attractif. Un coup, on paie, un coup on ne paie pas, en quelque sorte.
C’est une vision très très libérale, voire ultra libérale, qui se révèle là derrière une apparente bonhommie de M. Delile. C’est surtout la vision d’un autre temps, qui fait l’apologie de l’économie de cueillette. « On revient 20 ans en arrière ! » comme dirait M. Delile. Pourtant, on ne peut construire une filière sur une absence d’organisation. Si le cidre existe encore aujourd’hui en France, c’est bien aussi  grâce à la politique contractuelle qui a fonctionné ces dernières années et qui a maintenu vergers et cidreries en place. C’est bien aussi cette organisation qui permet de financer des campagnes massives de communication pour continuer à faire vivre ce produit et à le développer, de financer la recherche, et dynamiser le commerce de cidre. C’est à se demander dans quel état d’esprit M. Delile participe aux travaux interprofessionnels pour le compte du collège des transformateurs. Bien sûr, il existe et il existera toujours des fluctuations de marché. Elles sont d’ailleurs intégrées aujourd’hui dans les prix contractuels. Mais l’économie contractuelle est la seule qui a fait et qui peut continuer à faire perdurer une filière comme la nôtre. L’agriculture ne se vit pas comme un simple marché spéculatif ou comme un lien fournisseur / grande distribution. Les relations producteur de pommes/cidrier auraient effectivement peut-être bien besoin d’un encadrement plus abouti, ne serait-ce, par exemple, que pour éviter la dénonciation unilatérale par la cidrerie Viard de contrats sur des vergers qu’elle a fait planter, ou de vouloir illégalement régler ses producteurs au 12e, c’est-à-dire sur une durée totale d’un an ! M. Delile cherche à se faire de la pub sur le dos des producteurs… En conclusion il semble prêt à faire aux autres ce qu’il ne voudrait surtout pas qu’on lui fasse à lui”.

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