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Entraîneur de trotteurs
Pas forcément le prix d’AMERIQUE mais un rêve américain quand même

Entraîneur de trotteurs au Haras de La Houssaie à Chaumont (61), ce n’est pas forcément du Prix d’Amérique que rêve Cédric Herserant mais plutôt d’exporter, un jour, son savoir-faire outre-Atlantique.

L’Amérique, Cédric Herserant connaît. Il y a même décroché sa plus belle timbale : 250 000 $. C’était à Chicago en 2005 avec Just Like Dream.

De Grosbois à Dubois
Cédric a mis le pied à l’étrier dès sa plus tendre enfance, chez son oncle, dans la Sarthe. A 14 ans, il intègre le CFA (Centre de Formation Agricole) de Grosbois à Boissy-St-Léger (Val de Marne). Mais c’est au sein des écuries de Jean-Pierre Dubois qu’il va fourbir ses armes. Jean-Pierre Dubois, une référence dans le monde des trotteurs. Deux Prix d’Amérique comme driver en 1979 et 1982 avec High Echelon et Hymour.
Cédric Herserant travaille pendant 2 ans à Echauffour (61). Puis, sans changer d’employeur, il s’expatrie pendant 4 ans aux USA dans le New-Jersey. Il est entraîneur particulier et responsable d’une écurie de 25 chevaux. Même s’il drive un peu outre-Atlantique, sa première mission, c’est de préparer les trotteurs.
A son retour en France en 2006, un peu d’argent en poche, il décide de s’installer. Titulaire d’un BTA Equin, il a droit à la DJA (Dotation Jeune Agriculteur). Il cherche une structure et c’est à Chaumont (Orne) qu’il va poser ses sulkys. Un choix géographique qui est aussi stratégique. Nous sommes au cœur de la Normandie équine. Les grands étalons et poulinières sont à proximité. Les grosses écuries françaises sont ses voisines. Cédric n’est pas en GAEC mais partage une partie de ses infrastructures avec son frère Nicolas Raimbeaux. Chacun ses terres, chacun ses chevaux, chacun ses clients (...), mais une piste d’entraînement et un manège commun. Dans ce montage, Cédric et Nicolas ont bénéficié du savoir-faire de la SAFER.

Objectif qualification
Cédric est un entraîneur - hébergeur. Les propriétaires lui confient des chevaux de 18 mois. A charge pour lui de leur apprendre le sulky, la piste et, après 8 à 12 mois d’entraînement, de faire en sorte qu’ils décrochent la qualification. Un passage obligé sous forme d’une épreuve chronométrée de 2 000 mètres qui ouvre les barrières des champs de course. 
Son écurie compte 25 chevaux en pension. Pension payante qui assure un chiffre d’affaires couvrant les frais généraux de fonctionnement du Haras de La Houssaie. C’est ce que dit le prévisionnel. Après, il y a les gains des courses : 100 000 e d’allocation en moyenne sur une année. 15 % sont reversés à l’entraîneur, 5 % au driver. “C’est un peu notre salaire”, résume Cédric. L’équation est simple. Il faut des résultats pour assurer un revenu mais aussi des résultats pour asseoir la notoriété du préparateur physique et de ses infrastructures. En résumé, s’il veut se faire un nom, le Haras de La Houssaie doit engranger les victoires. Les places sont donc chères et âprement disputées car convoitées.

Un bon cheval et de la chance
Mais à qui revient le mérite de la victoire : au cheval, au driver ou à l’entraîneur ? “Le driver ne joue qu’un petit rôle, juge Cédric. Dans une victoire, c’est du 3/4 cheval”. Alors bien sûr, le driver qui va profiter de sa technique et de son expérience pour grappiller une ou deux places, c’est une réalité. Mais un driver ne fera jamais gagner un cheval qui a le niveau d’une queue de peloton.
La morale est donc sauve, quoique ? “En course, on n’est pas tout seul. Une victoire, c’est aussi 80 % de chance”. Et donc une défaite, autant de malchance pourrait-on ajouter.
Et l’entraîneur dans tout cela ? “Le cheval a beau afficher du potentiel, il y a beaucoup de travail avant de coiffer le poteau final”, enchaîne Cédric Herserant aidé dans cette mission par un employé et un apprenti de Graignes (50). Sauf accident, les chevaux sont entraînés tous les jours. Il faut deux à trois mois de travail quotidien, minutieux, mesuré et progressif pour amener un trotteur au bon niveau, au bon moment. Et là aussi, du facteur chance dépend parfois le destin. Il suffit de se pencher sur les chiffres. On totalise 10 000 naissances de trotteurs par an en France. 2 000 à 3 000 seront qualifiés. 1 000 accrocheront des gains, soit 10 %. “Ça ne nous laisse pas beaucoup de chevaux. C’est pourquoi je suis intransigeant sur ma façon de travailler. J’ai débourré cette année une vingtaine de poulains. Cinq l’an prochain devraient être capables de gagner de l’argent”. Ce n’est donc pas l’appât du gain qui fait trotter Cédric. Même si une de ses juments dont il est propriétaire, Princesse Bourbon, a pris 100 000 e en un an, il ne fera pas fortune. Tout l’argent est réinvesti dans l’aménagement (abris dans les paddock, clôture, piste...) du Haras qui reste à finaliser. Il construit aussi sa maison.
Ou bien alors le Prix d’Amérique ? Un plaisir certain mais pas une fin en soi. Cédric rêve plus d’Amérique pour y entraîner et y courir sous ses propres couleurs. “Yes, you can”,a-t-on envie de lui souffler à l’oreille en guise d’encouragement.

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