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Pascal Férey (Président de la FRSEA) : baisse de revenu, complexité administrative (…), les élus sont prévenus

Alors que le salon de l’agriculture bat son plein et donne lieu à son habituel défilé des responsables politiques, l’inquiétude croît dans les campagnes. Le point de vue de Pascal Férey, président de la FRSEA.

© David Daguier CG50

Comment se déroule le salon de l’agriculture ?
Comme les autres années, il y a énormément de monde, comme les années passées, on voit aussi beaucoup de responsables politiques. C’est une bonne chose pour l’agriculture et les agriculteurs.

La visite des élus est un bon moyen de faire passer des messages ?
C’est ce que nous aimerions : avoir des élus à l’écoute. Mais j’ai surtout l’impression qu’ils se déplacent autant pour être vus que pour écouter les agriculteurs, même si leur attention pendant nos interventions est évidente. Tout le monde se félicite de la qualité des présentations animales et végétales, de la diversité alimentaire permise par l’agriculture française… On n’a pas l’impression que tout ce beau monde soit conscient des menaces qui pèsent sur nos exploitations.

Que voulez-vous dire ?
Je dis qu’au moment où les élus se mirent dans la vitrine agricole que constitue ce salon, la baisse des revenus provoquée par la réforme de la PAC est décidée par ces mêmes élus. Chacun évoque la simplification administrative mais c’est tout le contraire qui caractérise la nouvelle PAC. Plus de contraintes, moins de revenus : oui, l’agriculture est menacée et personne ne s’en inquiète.

Vous avez un exemple ?
Un seul parmi les autres : la réforme de la PAC sanctuarise la haie à travers la conditionnalité des aides. Je m’explique : une des bonnes conditions agro-environnementales (BCAE) qui permet le versement des aides prévoit de maintenir le linéaire de haies. La traduction réglementaire de ce principe implique que tout arrachage supérieur à 10 mètres est non seulement soumis à autorisation mais aussi à l’obligation de replanter. Quant à l’arasement, il est tout simplement interdit.
Prenons pour exemple la Basse-Normandie et ses 123000 kilomètres de haie qui en font la première région française. Aujourd’hui, on la met sous cloche. Quel sens donner à une politique qui contraint aussi violemment les agriculteurs alors qu’ils ont protégé cet environnement ? Quel sens donner à une telle réglementation absurde qui sanctionne ceux qui se sont montré vertueux ?

Il y a pourtant bien eu une mission de simplification ?
Quelle simplification ?  Parce que, avant de simplifier, la première des résolutions à prendre est de ne pas rajouter de complexité à l’existant. On voit donc qu’il y a les discours et les actes. Et, une fois de plus, ils ne coïncident pas. Et je n’évoque pas le deuxième pilier de la PAC, les bonnes intentions du Grenelle de l’environnement qui aboutissent à des interdictions d’utilisation de produits phyto-sanitaires sans qu’aucune solution alternative ait été trouvée, que dire de la trame verte et bleue qui n’était qu’indicative dans le cadre de la loi qui devient réglementaire donc prescriptive et interdit tout projet ?… J’arrête là l’inventaire.

Comment vont réagir les agriculteurs ?
Il faut le leur demander, et nous n’aurons pas longtemps à attendre. A quelques semaines de l’élection des conseillers départementaux, je ne serais pas surpris qu’ils soient désabusés une fois de plus et qu’ils fassent le choix délibéré de tourner le dos à l’Europe. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement avec de telles monstruosités administratives décalées de toute réalité?

Vous craignez une montée du vote extrême ?
Il n’y a pas besoin d’être grand visionnaire pour le prédire. D’ailleurs, on voudrait faire monter les extrêmes que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Je m’attends de grandes analyses contrites le 30 mars sur ce qui peut bien faire monter l’extrême droite dans les campagnes, il ne faudra pas chercher bien loin. Les élus des partis républicains, quels qu’ils soient, ne pourront pas dire qu’ils ne s’y attendaient pas. Nous les aurons prévenus.

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