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Passion hippocampes

Depuis plus de 20 ans, Jérôme et Christine Detienne ont un élevage hors du commun et unique en France : celui d'hippocampes.Ils ont créé en 2012, l'écurie marine.

© SL

Ils ont une tête de cheval mais vivent dans une eau de mer à 25°. Ce sont des poissons mais ils n'ont pas d'écaille. Ils semblent robustes mais ont la peau extrêmement fragile. Ce sont les mâles qui portent les œufs… Les hippocampes sont des animaux atypiques. C'est ce qui a plu à Jérôme et Christine Detienne. Aquariophiles, ils se sont vu confier la garde de deux de ces petites bêtes en 1992. Ils en ont aujourd'hui près de 400. « Madame en est tombée amoureuse ! » Ils ont donc créé L'écurie Marine, l'unique élevage d'hippocampes en France. 
Ancien biologiste, monsieur a aussi attrapé le virus. A lui, le réseau d'eau, l'élevage d'algues et de mysis (les petits crustacés appréciés des hippocampes). A elle, la nurserie et le soin des animaux. « Nous étions précurseurs en la matière. Nous avons donc dû tout inventer. De l'alimentation à la manière d'élever, il a fallu trouver la méthode. » Ils ne sont pas du genre à faire les choses à moitié. Des passionnés, des vrais. Au fur et à mesure des années, l'expérience et l'observation aidant, ils ont accumulé les aquariums. Celui-ci pour l'élevage des gros mysis pour les espèces
d'hippocampes les plus gros (Erectus ou Reidi). Celui-là pour faire l'élevage des minuscules brachions,afin de nourrir les nouveau-nés (ils ne se nourrissent que de vivant jusqu'à six mois et ne mesurent pas plus d'un centimètre). Là, pour les copépodes (encore un crustacé qui compose la nourriture des hippocampes). Ici encore, l'élevage d'algues pour nourrir les copépodes ! Le circuit d'eau de mer (plus de 5 000 litres) est un circuit fermé. Il a donc fallu créer le système de filtres. Faire des tests, des expériences, étudier les résultats sur les algues, sur les crustacés et enfin voir l'effet sur l'animal. Après avoir travaillé plus de trente ans dans l'industrie pharmaceutique, le biologiste revient, grâce à ses petites bêtes, à sa première passion : la science.
Il y a aussi l'élevage. Il faut éduquer l'hippocampe à manger de l'aliment congelé. Un hippocampe bien nourri, c'est l'assurance de la reproduction. Et la finalité de l'écurie marine est bien de reproduire, élever et de maintenir ce poisson unique en aquarium pour surtout ne pas le prélever dans son milieu naturel. Rappelons que l' hippocampe, à cause de la pollution, de la destruction des milieux mais surtout à cause de la surpêche, est une espèce protégée en voie d'extinction « d'où l'importance pour sa survie d'être reproduit et élevé en aquarium », explique encore Jérôme.

Les mêmes contraintes d'élevage qu'un autre
Comme dans tout élevage, la culture de la nourriture prend du temps. D'autant qu'en la matière, peu de connaissances existent. « En France, nous sommes très en retard sur la culture d'algues et sur le savoir aquariophile en général », affirme Jérôme. Eux aussi ont opté pour l'autosuffisance. Ils sont les seuls à élever mysis et copépodes, mais leur savoir intéresse les ostréiculteurs pour nourrir les huîtres également.
L'eau est, elle aussi, très importante. Trop de nitrate et les hippocampes succombent. Surveiller le ph, faire se développer les bactéries mais pas trop, éviter absolument la propagation des anémones trop urticantes (leur peau est très fragile et la brûlure occasionnée par une anémone peut être fatale),… Les hippocampes demandent une surveillance quotidienne. Le nettoyage des aquariums, de nombreuses heures par semaine. Les vacances sont rares. « Il est difficile de trouver une personne qui puisse nous remplacer en cas d'absence. Il faut un minimum de connaissance pour pouvoir s'en occuper.»
A force de travail, le couple a acquis une connaissance unique. Ils conseillent, échangent avec les aquariums de France, et d'Europe. « Nous communiquons beaucoup avec une autre éleveuse en Floride par exemple. Et avons beaucoup de contact avec l'aquarium du Trocadéro qui nous ont acheté des spécimens.» La vente des animaux est leur unique ressource. « Nous vendons également nos animaux à des particuliers.» Mais l'animal est social et ne peut vivre seul. « Ils aiment être en bande. Quatre, je dirai, c'est le minimum pour qu'ils soient heureux et ne soient pas reclus dans un coin.» Après avoir réussi à élever trois espèces d'hippocampes (Zosterae, Erectus et Reidi) depuis plusieurs années, une quatrième (Kuda) venant de Taïwan a pris possession des  aquariums de l'écurie marine. « Nous agrandissons bientôt pour pouvoir accueillir encore plus d'espèces.» Mais à chaque nouvelle introduction, il faut tout recommencer : tester la nourriture, voir le comportement des mâles, celui des femelles, les faire prospérer et espérer qu'ils se reproduisent. Et à chaque portée, les contraintes pour faire survivre les nouveau-nés reviennent, elles aussi. Trouver une nourriture qu'ils aiment et suffisamment petite pour qu'ils puissent l'avaler. Le cheval des mers est difficile à apprivoiser !

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