Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Patrick Dechaufour : « continuer à produire des betteraves en 2017 et les années suivantes mais pas à n’importe quel prix »

Une nouvelle ère se dessine après 50 années de régime sous quota. Le groupe Saint-Louis Sucre a fait ses propositions de production 2017 aux planteurs de la sucrerie de Cagny. Réaction de Patrick Dechaufour, président du Syndicat Betteravier (CSOB).

«SLS propose des volumes additionnels avec une prime financière qui sera neutralisée par le paiement des coûts de transport sur ces volumes, ce qui n’apporte pas de compétitivité aux planteurs. Par contre, instaurer des coûts de transports même si ce n’est que sur une partie des betteraves, est inacceptable et le risque serait d’étendre à terme le coût de transport à l’ensemble des betteraves comme en Allemagne où cela est pratiqué», estime Patrick Dechaufour
«SLS propose des volumes additionnels avec une prime financière qui sera neutralisée par le paiement des coûts de transport sur ces volumes, ce qui n’apporte pas de compétitivité aux planteurs. Par contre, instaurer des coûts de transports même si ce n’est que sur une partie des betteraves, est inacceptable et le risque serait d’étendre à terme le coût de transport à l’ensemble des betteraves comme en Allemagne où cela est pratiqué», estime Patrick Dechaufour
© © Réussir / Stéphane LEITENBERGER

>> Les planteurs de l’usine de Saint-Louis Sucre – CAGNY ont reçu de leur sucrerie une proposition de volume de betteraves à produire pour 2017, première année de production de betteraves sans quota. Qu’en pensez ?
Cette proposition est basée sur des volumes historiques de production augmentée de 20 % pour tendre vers 120 jours de campagne. Cette base de référence en tonnage est satisfaisante en soi pour l’ensemble des planteurs.

>> Au niveau du prix, SLS propose une grille d’équivalence entre le prix du sucre et le prix de la betterave. Cela correspond à ce que vous demandiez ?
Effectivement. En tant que représentants des planteurs, nous souhaitions une corrélation entre le prix des betteraves et le prix de vente des sucres. C’est ce que SLS propose mais avec une répartition betterave/sucre fortement décalée en défaveur du planteur par rapport à notre situation actuelle. Ce qui me fait dire que, pour un prix de sucre donné, il manque en moyenne 3 €/T de betterave. Nous demandons donc à SLS de garder le principe d’une grille d’équivalence mais de revoir la répartition planteur/ fabricant. Saint-Louis Sucre ne peut justifier un tel décalage de l’équilibre économique au nom de mauvais résultats 2014/2015 : un exercice comptable où l’ensemble des sucriers européens ont soufferts comme les planteurs de cours de sucre déprécié. Rappelons que Saint-Louis Sucre et SUDZUCKER ont dégagé des bénéfices conséquents au cours de ces dernières années.
De plus la grille de prix proposée par SLS donne un prix de betteraves de 21 €/T pour un prix de sucre de 400 €/T : un tel niveau de prix moyen du sucre est tout à fait plausible en 2017. Dans une telle situation, les planteurs ne couvriraient même pas leur coût de production qui est de 25 €/T de betteraves pour un rendement moyen de 90 T/ha.

>> SLS propose d’augmenter les volumes de 20 %, le risque de surproduction n’est-il pas présent ?
Ces volumes supplémentaires trouveront pour débouchés le marché mondial qui répond à l’augmentation de la consommation de sucre de 2 % chaque année notamment en Afrique et en Asie.
Le risque n’est donc pas l’écoulement en volume mais à quel prix ce marché mondial pourra valoriser nos betteraves sachant que ce marché est structurellement inférieur au cours du marché européen.

>> Vous êtes donc prêt à répondre à des volumes supplémentaires pour tendre vers 120 jours de campagne ?
SLS propose des volumes additionnels avec une prime financière qui sera neutralisée par le paiement des coûts de transport sur ces volumes, ce qui n’apporte pas de compétitivité aux planteurs. Par contre, instaurer des coûts de transports même si ce n’est que sur une partie des betteraves, est inacceptable et le risque serait d’étendre à terme le coût de transport à l’ensemble des betteraves comme en Allemagne où cela est pratiqué. Mais les planteurs allemands ont d’autres avantages que les planteurs français SLS n’ont pas et n’auront pas notamment sur la réception. A ce stade de la proposition, nous demandons donc aux planteurs de ne pas prendre de volumes additionnels tant que l’on parlera de participation aux frais de transport des betteraves. Quelle est véritablement la motivation de SLS à vouloir instaurer des coûts de transport ?
Pour conclure sur les prix, SLS indique qu’il versera un complément de prix après la campagne sur des bases non définies et qu’il ne veut pas définir de manière contractuelle. Ce n’est pas sérieux et les planteurs ne peuvent pas s’en remettre uniquement à faire confiance les yeux fermés à leur industriel ! S’il doit y avoir un complément de prix, il doit être paramétré dans le contrat.

>> En résumé, la grille de prix ne vous convient pas et le coût de transport est un sujet que vous ne souhaitez pas voir figurer dans un contrat ? Que conseillez-vous donc à vos planteurs ?
Le document à retourner à SLS est une enquête et non un contrat. Je demande donc, avec mes collègues présidents des commissions mixtes des autres usines SLS, de retourner cette enquête à l’usine en limitant les volumes aux références de base et de ne pas prendre de volumes additionnels et d’annoter sur l’enquête « si la proposition de prix reste en état, je me réserve la possibilité de diminuer ce volume de betteraves de base ». C’est de notre détermination, nous les planteurs, que nous arriverons à faire revenir notre fabricant à la table des négociations. Trois dates seront importantes pour les planteurs et SLS : le retour des enquêtes à l’usine pour le 30 avril, la signature d’un contrat de betteraves en juin 2016 et les semis de betteraves en mars 2017. De ce calendrier dépendra notre avenir betteravier.

>> Si les planteurs historiques ne suffisaient pas en volumes pour 120 jours de campagne, SLS peut-il aller chercher des nouveaux planteurs ?
Vous savez, si la proposition de SLS est mauvaise pour les planteurs historiques, pourquoi serait-elle bonne pour de nouveaux planteurs ?
Ce que je peux dire ce jour, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde si nous devons faire 120 jours de campagne. Par contre, je demanderai à tout nouveau planteur potentiel d’attendre que l’on puisse négocier une proposition acceptable avant de s’engager avec SLS. Notamment attendre la signature d’un accord interprofessionnel national. Je l’invite à prendre contact avec le syndicat betteravier pour qu’il puisse avoir notre analyse économique sur le sujet.
Je tiens à préciser que mon objectif, comme celui de l’ensemble des membres du conseil d’administration du syndicat betteravier, est de continuer à produire des betteraves sur nos exploitations, en 2017 et les années suivantes par contre pas à n’importe quel prix. C’est pourquoi la proposition de SLS à ce jour est inacceptable par les planteurs et nous demandons à la direction de Saint-Louis Sucre, et surtout à la maison mère SUDZUCKER, de revenir très rapidement avec une proposition améliorée où le partage entre le prix de la betterave et le prix du sucre soit davantage équilibré et en supprimant toute notion de frais de transport.
Un accord interprofessionnel national est en cours de négociation au niveau de la filière avec un objectif de signature pour juin 2016. SLS pourra revenir avec une nouvelle proposition à cette époque, je l’espère vraiment pour la pérennité de cette production dans notre région.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Une bouteille de cidre par semaine éloigne la crise et sauve le verger
Il suffirait que chaque foyer normand achète une bouteille de cidre par semaine pour sauver la filière cidricole malmenée par la…
« C’est inadmissible que l’on n’arrive pas à être reçu par les ministres de l’Agriculture et des Finances »
Au moment où la filière vitivinicole cherche à négocier des aides avec le gouvernement pour sa survie, la filière cidricole…
Agneau du Gaec Le vent des marais
Un nouvel abattoir en vue ?
Fin 2018, l’abattoir de Beuvillers fermait définitivement ses portes. Un abattoir de plus qui, en stoppant son activité, a eu…
Accepter un peu d’inflation alimentaire
« Nous sommes des besogneux. On nous demande de la montée en gamme et du local avec de plus en plus de contraintes et nous…
Élodie et Baptiste Leclerc (50)
Témoignage d'Élodie et Baptiste Leclerc, éleveurs de veaux à Le Mesnilbus (50)
Élodie et Baptiste Leclerc élèvent des veaux à Le Mesnilbus (50) en intégration chez Denkavit. Âgés tous les deux de 31 ans, ils…
En attendant les JO, Éric Delaunay tire les corvidés
Dans le département, la pression corvidés se fait sentir. Pour y remédier, le tir est autorisé, même en période de confinement. À…
Publicité