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À Caen
Pauline et Julien ont le tatouage dans la peau

Pauline Guillemot et Julien Tutala ont ouvert Compton tattoo, au 36, avenue du 6-Juin, à Caen. Le couple mise sur la rigueur artistique et administrative. Exit l’image bohème du monde du tatouage. Leur carnet de commandes est plein pour les cinq prochains mois.

COMPTON TATOO SHOP
Chaque tatoueur a son propre matériel. Covid ou pas, banquette, plan de travail etc. sont désinfectés au gel hydroalcoolique entre chaque client. Depuis la pandémie, seul changement, le masque est obligatoire dans la boutique.
© JP

Quel est le point commun entre le métier de tatoueur et celui de prof ? « Le temps de préparation », répond Pauline Guillemot, enseignante d’espagnol au collège. Mi-mai, elle a ouvert un shop de tatouages à Caen, avec son conjoint Julien Tutala. Compton tattoo a pignon sur rue, au 36 avenue du 6-Juin à Caen. Au rez-de-chaussée, Pauline accueille les clients. À l’étage, Julien, plus connu sous le pseudo CBJ, tattoo magnum en main, casquette vissée sur la tête et masque sur le nez. La musique, éclectique - vous entendrez I am, Piaf et Fakear - se mêle aux rires de l’artiste et au grésillement de l’aiguille. Ambiance pro garantie. « On ne fonctionne pas l’un sans l’autre », promet Pauline. Dans la salle de dessin, Lilin fait ses gammes (lire encadré).

Cupidon jette l’encre

L’histoire du couple démarre lorsque Pauline se fait tatouer deux flèches sur l’avant-bras il y a quelques années, rue Saint-Laurent à Caen, dans l’ancien shop où travaillait Julien. Elle accroche plutôt bien avec son tatoueur. Cupidon frappe à coup d’encre. « Les circonstances ont fait que j’ai travaillé à l’accueil du shop pendant quelques années. J’ai appris les termes pro. » Le tandem au shop devient un couple. Réuni par le goût du tatouage. « Je me suis rendu compte que, dans nos deux corps de métier, nous travaillons beaucoup en amont. Je prépare les cours et les conseils de classe, je corrige les copies. Ju réalise un énorme travail de création, de dessin et de préparation. »

Un shop au carré

Après quelques années de vie commune, pro et perso, le binôme décide de se lancer. « On voulait voler de nos propres ailes, le faire pour nous. Il existe une vingtaine de shop à Caen, la concurrence est rude ». Mais CBJ, « suivi par 17 K sur Insta », a fait ses preuves après dix années de tatouage au compteur. « J’aime tout faire, des dessins, des portraits, des paysages, des mandalas. J’ai un amour pour le dessin et la BD depuis que je suis gamin. Un ami m’a formé au tatouage. J’ai fait des exercices à fond et, un jour, j’ai fait mon premier tattoo. Là, t’as chaud parce que même si tu en as fait 200 parfaits, tu flippes. Mais après, c’est le kiff ! J’aime mettre les gens à l’aise, les rassurer, rigoler. Mais aussi les heures de préparation. » Lui a donc la technique artistique. Et elle gère l’administratif. « Les tatoueurs sont souvent autoentrepreneurs. Je voulais qu’on soit réglo alors on est associé à 50-50. Julien est gérant, moi je suis salariée. On a la mutuelle de la société. » Le couple signe son bail fin février. Puis tombe le Covid-19. « Ça m’a permis d’apprendre à gérer les normes PMR, incendie, etc. Les charges sont anticipées, les commandes passent par la boîte. On fait un gros point compta en début de mois. Nous ne sommes pas des marchands de tapis. » Le 20 mai, Pauline et Julien ouvrent un « shop au carré ».

Esthétique et émotion

Pauline, qui garde son boulot de prof dans le privé, assure l’accueil du shop, prend les rendez-vous, estime la « presta ». Si vous voulez vous faire tatouer une tête de lion, par exemple, « venez avec un visuel », prévient-elle. C’est non négociable. « Ici, on n’a pas de book. On peut tout dessiner, mais il faut partir d’une base. Quelle expression a le lion ? Quel regard ? Les pièces sont sur-mesure. » Prix de base : 100 €. Tatoo technique : 150 €. Grosse pièce de cinq heures : 500 €. « La facture dépend de la complexité et du temps de travail. Les retouches sont comprises. » Pour se faire tatouer une grosse pièce par CBJ, un dos, un bras, prière d’attendre plusieurs mois. « Chacun est libre de se faire tatouer ce qu’il veut. Les gens viennent avec leur projet, on en discute. » Julien complète : « on a une salle de dessin où on gère la taille, on imprime le tatouage qu’on colle sur la peau. Puis je suis les traits et je remplis, j’embellis. Il n’y a pas de mauvaise surprise. » Et Pauline de décrire une clientèle aux motifs variés : pour recouvrir une cicatrice du cancer du sein, un problème de peau, une scarification, marquer une naissance, la perte d’un ami. « Au-delà de l’esthétique, on est dans la symbolique et l’émotion. » Seul refus, les mineurs. « On ne les tatoue pas, même avec autorisation parentale. S’ils veulent vraiment le faire, ils en auront toujours envie à 18 ans. Après un premier tatouage, les gens reviennent toujours en faire un deuxième. » Prochain challenge du couple, tatouer « Titi ». Pourquoi pas une taupe, pour éloigner celles qui ravagent le jardin du rédacteur en chef de l’Agriculteur normand ?

Pratique
Compton tattoo, 36, avenue du 6-Juin, 14000 Caen. Ouverture du mercredi au samedi, de 10h30 à 12h30 et de 14h à 18h30. Accueil fermé le jeudi.
Contact : tél. : 09 53 37 21 86 ; mail : compton.tattoo22@gmail.com

Lilin, apprenti tatoueur
Depuis un mois et demi, Lilin est apprenti tatoueur. Il est autoentrepreneur, sous l’œil attentif de Julien. « Je suis arrivé là par hasard. Je travaillais dans la vente, tout en faisant des illustrations pour le perso. J’ai fait un dessin assez réussi pour quelqu’un qui allait se faire tatouer. L’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie », raconte calmement l’apprenti. Installé dans la salle de dessin du shop, une mallette à crayons de couleur sous la main, Lilin exécute les exercices que lui donne Julien. Il utilise des marqueurs, des feutres, des crayons. Dessine des lettrages, du réalisme en couleur. « Il n’existe pas de formation. Le tatouage se transmet par l’oral, l’observation. Mes points forts sont les comics, les mangas. Julien me fait travailler tout l’inverse, pour me sortir de ma zone de confort. C’est stimulant. Il faut maîtriser la technique sur le papier avant de dessiner sur la peau. » D’abord sur une peau synthétique, puis sur une peau humaine au bleu de méthylène. Et enfin, le Graal, à l’encre définitive. « J’appréhende mon premier tatouage, mais j’ai aussi une bonne dose d’impatience, de goûter la sensation. »

 

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