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Plan de reprise de la sucrerie de Cagny : pour une autonomie

lll Dès le 14 février, quand Saint-Louis Sucre annonce le projet de restructuration des sucreries de Cagny et d’Eppeville pour 2020, la CGB met en place une équipe pour plancher sur un plan de reprise des sucreries, rachetées par les planteurs.

Dans le Calvados, Patrick Dechaufour et Benoît Carton, président et directeur du Syndicat betteravier du Calvados ; dans la Somme, Dominique Fievez et Jean-Jacques Fatous, président et directeur adjoint du Syndicat betteravier de la Somme s’organisent avec Pierre Rayé, directeur de la CGB. Ils s’entourent de cabinets d’experts en industrie sucrière, en mise en marché des sucres et en financements agricoles. Le projet, présenté aux Allemands mercredi 15 mai, « inclut les deux sites », précise Benoît Carton. Si la balle est dans le camp germanique quant au fait de céder les sucreries, reste à la CGB de motiver les planteurs à se réunir en coopérative pour les racheter.
« J’ai présenté le projet de plan de reprise aux salariés de Cagny, mercredi 15 mai », indique Benoît Carton. Soixante des 83 salariés permanents de Cagny ont participé à cette présentation. « J’avais deux questions à leur poser. La première : qui reste si l’entreprise est rachetée par les planteurs sous forme de coopérative ? Réponse : une grande majorité tendant vers l’unanimité. Ce point est déterminant car la reprise n’est viable qu’avec les salariés de la sucrerie. La deuxième : si les planteurs reprennent, voulez-vous monter au capital ? les salariés souhaitent pouvoir étudier cette possibilité et attendent une proposition ».

Apport au capital
Pour démarrer la présentation du plan de reprise aux planteurs, Benoît Carton part d’une étude réalisée avec le CER, sur 285 exploitations livrant à Cagny. La taille moyenne de l’exploitation est de 155 ha de SAU, dont 15 ha de betteraves. Deux scénarii économiques sont proposés, l’un avec betteraves, l’autre sans. « Nous avons étudié les marges brutes. Le lin, à 1 630 euros/ha, est en tête. Vient ensuite la betterave à 1 200 euros Le blé marge à 676 euros/ha. La marge brute moyenne de l’exploitation témoin est de 761 euros/ha. » Sans betteraves, l’étude détaille des options de remplacement de la culture et sort une « marge brute de substitution de 705 euros/ha. Soit une perte de 56 euros/ha. Soit 9 000 euros de moins, par an, pour une ferme de 155 ha. Pour une production de 15 ha de betteraves, cela amène une perte équivalente à 6-7 euros/t de betteraves à 16°. Si demain on demande aux planteurs d’investir 15 à 20 euros la tonne pour reprendre la sucrerie de Cagny, l’effort financier demandé aux planteurs représenterait deux à trois années de perte de marge brute d’une exploitation moyenne sans betteraves. Ce niveau d’apport des planteurs permettrait une autonomie forte. A ce jour, ce point reste en débat.  Le niveau d’apport dépendra du prix d’acquisition, des besoins d’apport en fonds propres, des niveaux d’aides octroyées, etc. » 

Gouvernance en confiance
Une coopérative serait montée pour Cagny. Une autre pour Eppeville. Les deux entités étant réunies dans une structure centrale : « une union de coopérative ayant une fonction de direction et de mise en place de la stratégie de l’entreprise ». Benoît Carton imagine à cette échelle deux directeurs : un directeur général et d’usine ; un directeur du deuxième site avec un directeur financier pouvant chapoter également les ressources humaines. « Il faut des directeurs industriels, qui savent diriger une usine, en qui les planteurs et les financiers auront confiance. Mais aussi des administrateurs indépendants, spécialisés dans l’industrie, la finance, et la mise en marché des sucres. »  Dans le business plan de Cagny, le mix produit (marché France, export UE et export marché mondial) est challengé à 354 euros/T.
« Sur cette base de prix, le projet est viable dès la première année. C’est important pour avoir un modèle économique robuste. » La répartition de la valeur proposée s’établirait à hauteur de 44 % pour les planteurs actionnaires et 56 % pour l’outil industriel.
« Le partage de la valeur serait transparent au niveau de la coopérative, avec la possibilité donnée aux planteurs de réaliser leurs propres arbitrages de prix de la betterave sur les 44 % des volumes qui leur seraient attribués. Pour les planteurs ne souhaitant pas suivre cette dynamique de mise en marché, il sera possible de bénéficier du prix moyen de la coopérative ».

Remises à niveaux techniques des usines
La CGB propose une base de négociation de 30 millions d’euros pour racheter les deux sites. Dans chaque sucrerie, des travaux sont à prévoir. Surtout à Cagny. « Le taux de panne est actuellement élevé, car des investissements ont été retardés ces dernières années. Des investissements importants sont planifiés sur sept ans, avec par exemple à Cagny près de 16 millions d’euros pour une nouvelle diffusion et un point froid. Et près de 14 millions pour un nouveau schéma énergétique au niveau de l’usine. Ces lignes d’investissements sont indispensables pour remettre à niveau les usines, retrouver des capacités nominales de production, réduire la facture énergie, respecter les directives environnementales et assurer une qualité alimentaire irréprochable. »
Dès la première année, l’investissement à Cagny pourrait tendre vers une ligne de conditionnement en big bag et en sacs de 50 kg. « En France, une tonne sur deux est exportée. Le Grand Ouest (Normandie, Bretagne, Pays de la Loire) absorbe 25% du sucre consommé en France », poursuit Benoît Carton en pensant marché régional. « L’aspect local est important, la demande de la société tend vers ce marché. Nous avons une carte à jouer. » Benoît Carton vante ainsi ici les vertus d’un projet territorial, associant la Région, les planteurs et les salariés.
« Si on veut que Südzucker nous cède les sucreries, nous devons leur assurer qu’on ne sera pas des concurrents frontaux. » Le directeur du syndicat betteravier pousse le raisonnement : « le marché de l’Union Européenne et le grand export pourraient être sous-traités par des traders ». Et pourquoi pas par le biais d’échanges avec les services commerciaux de Südzucker, ce qui pourrait faciliter l’acceptabilité de la cession. Le plan de reprise devait être présenté aux planteurs mercredi 22 mai.

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