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Point colza : une sortie d'hiver humide

Par rapport à la normale 1997-2016, les pluies cumulées depuis le 1er décembre sont très excédentaires de 75 % à 125 % au nord de la diagonale Etampes – Bayeux et de 25 à 50 % dans le reste de la région. Les cumuls les plus élevés atteignent 300 à 380 mm dans la Manche, le Bocage Calvadosien, le Pays d’Auge, le Roumois et une très large partie de la Seine-Maritime.
Ceci augmente incontestablement les risques de saturation des sols en eau et d’asphyxie racinaire (lire encadré). Malgré ces excédents, les colzas semblent jusqu’à présent relativement peu impactés, hormis dans les fourrières, bas-fonds, zones hydromorphes et tassées.
Un rafraichissement est annoncé pour les 10 prochains jours, ce qui va freiner le développement de la culture. Dans les secteurs du littoral, certaines parcelles ont déjà atteint ou avoisinent le stade C2. Globalement, les colzas ont perdu des feuilles essentiellement en raison de la sénescence naturelle. Le nombre de jours avec Tmin <  2°C fluctue de 0 à 5 depuis le début de l’hiver (contre 1 à 15 en règle générale). Les légumineuses gélives sont parfois encore bien en place mais il convient d’attendre encore avant d’envisager toute destruction chimique de sortie hiver.
Un diagnostic de l’état sanitaire des plantes (racines, présence éventuelle de maladies type hernie, cylindrosporiose, infestations larvaires) est conseillé en cette période de l’année. Dans certains cas, les larves d’altises ont pu profiter des températures douces de janvier pour se développer et migrer peu à peu vers les cœurs des rosettes. Même s’il est trop tard pour intervenir contre les larves, mieux vaut être bien connaître le niveau d’infestation actuel pour mieux appréhender la suite de la campagne.
L’estimation de l’azote absorbé en sortie hiver et la prise en compte d’une hypothèse de rendement la plus réaliste possible seront bientôt à prendre à compte dans la méthode du bilan.

Hydromorphie : une pénalisation de la croissance de la plante
Ces fortes précipitations entrainent une anoxie* racinaire dont le colza est très sensible en hiver et au redémarrage en végétation. En effet, l’excès d’eau pénalise le redémarrage des plantes en limitant la croissance aérienne et surtout racinaire. La plante prend alors une couleur rougeâtre. En effet, l’excès d’eau bloque l’absorption des nitrates et provoque une fermentation des racines qui produit de l’éthanol s’accumulant dans les feuilles. Cette accumulation perturbe le fonctionnement de la photosynthèse et pénalise le redémarrage les plantes en limitant la croissance aérienne et surtout racinaire. La plante prend alors une couleur rougeâtre.
Par la suite, ces défauts d’enracinement diminueront :
- l’exploration racinaire,
- la valorisation des ressources du sol et des engrais,
- les capacités de compensation en cas d’accidents climatiques (stress hydrique) ou d’attaques de ravageurs au printemps (méligèthes).
Si l’excès d’eau dure trop longtemps, le système racinaire pourrit et les pieds disparaissent.

Quels impacts aujourd’hui ?
Il est encore trop tôt pour juger de l’impact de ces fortes précipitations sur la croissance du colza, d’autant plus que depuis quelques jours, sur certains secteurs, nous observons une atténuation des zones d’accumulation d’eau dans les parcelles. Malgré tout, il est urgent que les parcelles concernées se ré-assainissent rapidement. La vigilance restera de mise jusqu’au redémarrage de la plante.
* L'anoxie désigne le manque d'oxygène d'un milieu. Lorsque l'environnement est dit anoxique, c'est que la réduction d'oxygène est telle qu'il y a asphyxie

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