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Pomme à cidre : le rythme de croisière des Gouello chavire à cause du gel

Emmanuel et Alexandra Gouello exploitent 53 ha de vergers, à Tellières-le-Plessis. L’année dernière, la semaine de gel, fin avril, a détruit plus de la moitié de leur récolte. Un an après, le couple sort la tête de l’eau. Le gel sur pommiers et poiriers a été reconnu calamité agricole par le ministère de l’Agriculture, dans l’Orne.

Emmanuel et Alexandra Gouello espèrent une belle récolte 2018 pour compenser les pertes dues au gel. Les exploitants, en bio, doivent aussi composer avec le retard des Mesures agro environnementales et climatiques (MAEC). DR
Emmanuel et Alexandra Gouello espèrent une belle récolte 2018 pour compenser les pertes dues au gel. Les exploitants, en bio, doivent aussi composer avec le retard des Mesures agro environnementales et climatiques (MAEC). DR
© SB

llll « L’année dernière, nous avons eu une très belle floraison des pommiers. Nous avons assuré la nouaison des futurs fruits. Puis, la semaine du 20 avril, les températures sont descendues en dessous de 0°C. Pendant huit jours. Le mercure a atteint - 8°C. Certaines parcelles ont totalement gelé, j’ai eu zéro pomme. Là, on se demande comment on va faire face. » Emmanuel Gouello, 50 ans, installé en Gaec avec sa femme Alexandra, a cru perdre 70 % de sa récolte.

1 350 tonnes très théoriques
L’arboriculteur a repris l’exploitation de ses parents en 1997. À l’époque, un verger historique de 3 ha existe.  Le jeune agriculteur commence à planter des pommiers basse tige en 2007, « par passion », et termine en 2011, « Je souhaitais travailler une culture pérenne, stable et contractualisée. » Emmanuel et Alexandra Gouello vendent leur production à Agrial. Leur contrat court sur quinze ans. L’année 2017 marque la fin de la conversion en bio des vergers.
« Nous devions atteindre, l’année dernière, notre rythme de croisière. Soit une production théorique de 1 350 tonnes de pommes de variétés précoces et semi-précoces. » C’est donc, logiquement, à cette période que les remboursements de l’atelier atteignent leur maximum. « Nous amortissons le verger sur dix-huit ans. Nous avons commencé les remboursements en différé, en 2015. Les grosses chargent arrivaient en 2017. »

Différer les différés
Le gel du mois d’avril détruit 56 % de la production. « J’ai récolté 619 tonnes. Je n’étais pas assuré, comme c’est le cas pour la majorité des producteurs de pommes. » De mémoire d’arboriculteur, « c’est la première fois que cela arrive. Même les générations d’avant n’avaient pas connu cela. »

L’agriculteur passe des nuits blanches. Le centre de l’Orne est durement touché. « J’étais à la limite de la dépression. J’ai pris des médicaments pour réussir à dormir et remonter la pente. Il faut rester positif. » En parallèle, le Gaec compte 40 vaches laitières, 50 ha de cultures de maïs et de céréales, 51 ha de prairies. Les laitières lui sauvent la mise, malgré le prix du lait... « Heureusement que nous ne sommes pas en mono production. Le lait nous a maintenu une mini-trésorerie. »
« Nous avons fait constater les dégâts par un expert d’Agrial et un technicien de la Chambre régionale d’agriculture, dans les quinze jours qui ont suivi le gel. » Emmanuel Gouello négocie avec son banquier pour différer les différés. « Agrial a été sympa et a accepté d’étaler notre dette », souligne-t-il. L’information remonte à la Direction départementale des territoires (DDT) de l’Orne, où une commission est créée. Un dossier de reconnaissance de calamité agricole est monté et présenté aux producteurs le 19 décembre. Le 29 mars 2018, le ministère de
l’Agriculture reconnaît la calamité agricole pour les pommiers et poiriers.

OUF !
« Je me suis dit : OUF ! L’indemnité va nous permettre de récupérer 192 €/t de pommes. Cela devrait nous permettre de payer nos charges. On espère que les dossiers seront traités avant l’été. » Et Emmanuel Gouello de conclure : « quand nous sommes tributaires de la nature et que les industriels laitiers nous mettent sous pression, on a envie de changer de métier. Encore une année comme celle de 2017, et demain je ne suis plus agriculteur. »

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