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Prëch-ous normaund ?*

Vendredi 31 janvier avait lieu le premier café normand, à la ferme culturelle du Bessin, à Esquay-sur-Seulles (14). Son usage est de plus en plus rare, aussi, les associations, appuyées par la Région, veulent favoriser son apprentissage oral pour éviter l’extinction.

Ils sont une trentaine ce soir-là au bar de la ferme. Un bâtiment typique du Bessin transformé en lieu culturel en 1997 et repris par une équipe de bénévoles en 2008. L’assistance - moyenne d’âge plus de cinquante ans, mais il y a aussi des plus jeunes et deux enfants – écoute Rémi Pézeril parler en normand. L’animateur, vice-président de la F.A.L.E (fédération des associations pour la langue normande), raconte les différentes aventures du normand, un parler aux multiples variations.

Clubs du midi

Originaire de la Manche, il fait connaissance avec le normand à la fac de Caen, dans les cours de dialectologie de Fernand Lechanteur. Une langue qu’il connaît déjà, « j’avais dans l’oreille les mots de mon père », sourit-il. Prof d’histoire, il crée une association autour des parlers et des jeux normands. Il monte des clubs dans les collèges où il enseigne, toujours le midi et toujours avec succès : « y compris avec des enfants qui n’étaient pas normands ou chez qui les parents ne parlaient pas normand », une fierté.

Le comédien Jean Fauchier Delavigne, artiste associé à la ferme culturelle du Bessin lit les propos du conteur Arthur Marye. Son spectacle Rurality show est écrit et joué en normand.

Le comédien Jean Fauchier Delavigne, artiste associé à la ferme culturelle du Bessin lit les propos du conteur Arthur Marye. Son spectacle Rurality show est écrit et joué en normand. - © DB

Regain

Depuis les années soixante, « il y a des publications régulières ». Le rapprochement des deux régions normandes en 2016 accélère le processus avec la publication, financée par la Région, d’un dictionnaire français-normand. Le militantisme du professeur de langues romanes à Austin (Texas), Jean-Pierre Montreuil qui enseigne le normand à ses élèves américains, donne du poids au « patois », souvent méprisé. Les publications se multiplient, manuels, livres pour enfants etc. « Ecrire des livres, c’est bien, relève Rémi Pézeril, mais il faut que la langue soit parlée ».

Le professeur est entendu par le président de Région, Hervé Morin, qui donne un coup de pouce à la langue régionale : deux colloques depuis 2018, un comité scientifique installé en janvier, la création d’un atlas linguistique en ligne et 45 000 € alloués sur trois ans à des actions pour les jeunes. La Région créée l’affiche des cafés normands et les estampille de son logo pour annoncer les trois premiers, au Café du coin aux Pieux, à la ferme culturelle du Bessin à Esquay-sur-Seulles et à Cherbourg, au Comptoir des halles.

 

A l’école

Pour l’ancien professeur, le combat reste à mener du côté des institutions scolaires. « On peut intervenir en-dehors des classes, mais pas dedans ». Le rectorat ne reconnaît pas la langue normande. Seules six langues régionales sont inscrites au Bulletin officiel : le breton, le basque, le catalan, le corse, l’occitan, les langues d’Alsace et du mosellan. « On ne reconnaît pas la langue d’oïl. Le rectorat ne veut rien savoir », s’indigne Rémi Pézeril qui se rappelle sa mère, « elle ne parlait pas le normand parce qu’on le lui avait interdit à l’école ». Dans l’assemblée, Jérôme retrouve son normand. « Je l’ai appris avec mon arrière-grand-mère jusqu’à mes cinq ans, se souvient-il, et ce soir, à force de l’entendre, ça me revient ».

 

*Parlez-vous normand ?

 

Aller plus loin…

Les cafés normands

- Ferme du Bessin à Esquay-sur-Seulles : dernier vendredi du mois

- Café du coin aux Pieux : 2e mardi du mois

- Au comptoir des halles à Cherbourg : 2e jeudi du mois (le premier : jeudi 13 février)

Magène

« Le seul groupe au monde (et probablement dans l'univers) à proposer un spectacle de chansons en normand ». La troupe du Cotentin a sorti son dernier album, Les diries de la mé en décembre 2019. Théo Capelle, chant ; Jean-Louis Dalmont, guitare, violon, 2e voix ; Manuela Lecarpentier, accordéon, flûte, chant ; Dany Pinel, contrebasse. Rémi Pézeril en est le président. Le site internet comporte aussi un lexique de mots normands. www.magene.com

Dictionnaire français-normand et normand-français : Trésor de la langue normande, Eurocibes, Marigny. Le dictionnaire, réactualisé en 2016, a la particularité de proposer les deux entrées : du normand au français et inversement.

Les Drôleries normandes de Arthur Marye, paru dans les années 40, une compilation d’histoires originales et traditionnelles, d’où est tirée cette vérité, toute normande : « on étonnerait probablement bien des gens en leur affirmant que le patois normand n’est point de mauvais français, mais que c’est le français, au contraire, qui est le mauvais patois ».

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