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Premier bilan du soja made in Normandy

Damien Lecuir, président de l’OP Danone des Trois Vallées et coordinateur de l’essai.

© JP

En mai, dix éleveurs membres de l’OP des Trois Vallées, livrant à Danone, sèment chacun 1 ha de soja. Le projet est collectif : Gaïago fournit la semence ; la société L.E.A (Lampière élevage appro) le suivi de parcelles ; la Coopérative de Creully les produits phytosanitaires et son expertise en séchage ; Danone finance la mise à disposition des terres. Objectif : apporter du soja local, tracé et sans OGM dans la ration des laitières. La récolte est finie, le soja est toasté. Bilan.

>> Quand avez-vous récolté le soja ?
Vendredi 4 octobre et vendredi 11 octobre. La récolte s’est déroulée en deux fois, il a fallu trouver une fenêtre météo. Le soja était mûr mais pas sec. Nous ne sommes pas dans le sud de la France... Nous avons rencontré des difficultés pour récupérer les dernières gousses, au plus près du sol. Les terrains étaient humides voire détrempés, une moisson de l’extrême ! Aucune consigne n’était donnée aux éleveurs pour choisir la parcelle, alors il y avait des bandes d’essais très différentes : terres argileuses, en pente, accidentées, en plaine. Les dix hectares étaient expérimentaux, mais sans réel protocole. Cela faisait partie du test « en plein champ ».

>> Quels enseignements tirez-vous de la récolte ?
Qu’il faut semer sur un terrain le plus plane possible, avec un semoir à céréales classique ; dans de la bonne terre, sans caillou ; éviter les pentes et les haies. Les bons rendements étaient en plaine à Creully-sur-Seulles et à Ryes. Nous avons eu, au mieux, 30 qx/ha. Les meilleurs rendements étaient aussi dans les parcelles les plus propres, qui ont été désherbées au bon stade, avec rattrapage. Nous devons travailler les choix des dates de semis ; trouver des variétés très précoces et adaptées à la Normandie, dont les premières gousses seraient plus hautes.

>> Une fois le soja récolte, quelle a été la suite ?
J’ai demandé qu’on batte le soja le vendredi pour que je le réceptionne le samedi et le sèche le dimanche. J’ai un séchoir mobile à la ferme, adapté pour traiter des petits volumes. Deux fois 10 tonnes humides ont été séchées.
On a récupéré 14,5 t de soja sec à 13 % d’humidité, conservable et exploitable. J’ai gardé une tonne que je vais mélanger avec du maïs grain et que je donnerai à mes vaches, en décembre janvier, à la place du mélange orge pois habituel. Je verrai les analyses de lait ensuite. Le reste du soja a été toasté : la graine est cuite à 120 °C pour une meilleure digestibilité des protéines et de la matière grasse. Deux fermes robotisées, livrant chez Danone, vont le tester sur les laitières. On fera un bilan zootechnique.

>> Et le bilan économique ?
Nous n’avons pas de chiffres pour le moment. Une réunion est prévue bientôt, où nous nous demanderons quelle est la marge potentielle d’un céréalier ?
Quel est l’intérêt économique pour un éleveur ? L’idée de remplacer du tourteau par de l’aliment fabriqué à la ferme, sans OGM est intéressante. D’autant que le soja est une culture socialement acceptable, qui ne
demande qu’une ou deux interventions, sans fongicide ni engrais.
Mais les éleveurs n’ont pas la surface disponible pour l’implanter. On pourrait imaginer un système qui ressemble au partenariat mis en place pour la luzerne entre éleveurs et cultivateurs : le soja offre une nouvelle culture dans la rotation des céréaliers. Surtout en ce moment avec l’arrêt de la betterave. Et les éleveurs assurent le débouché.

>> Vous lancez un appel aux céréaliers ?
Oui, car selon moi la demande en tourteau de soja non OGM sera grandissante. Il faut retrouver du lien entre les éleveurs et les céréaliers. Créer des contrats à l’échelle locale en supprimant le maximum d’intermédiaires.
Sur ce principe, les agriculteurs peuvent renouer avec la société, car l’agriculture conventionnelle a sa place dans une économie circulaire. Le soja sans OGM se valorisera dans nos produits laitiers. Nous travaillons pour recomm

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