Président des maires ruraux, Hubert Lefèvre veut faire entendre la voix du monde rural
Après 31 ans de vie publique dont 25 ans comme maire de Rauville-la-Bigot, commune du Cotentin de plus de 1 100 habitants, 20 ans de présidence de l'association des maires ruraux, Hubert Lefèvre livre sa vision de ce nouveau scrutin électoral.
Fils d'agriculteur, conseiller d'élevage, acteur de la génétique en race Normande, Hubert Lefèvre a endossé l'écharpe de maire pendant 25 ans. Un quart de siècle qu'il a passé à " faire évoluer mon territoire ", confie-t-il, à quelques jours de passer le flambeau tout en restant dans l'équipe municipale de manière à " suivre un gros projet pour la commune ". À 75 ans, il a plus que jamais la ruralité chevillée au corps. Pendant 20 ans, il en a même présidé l'association des maires ruraux. Une association qui a toute son utilité et son importance à la fois pour les petites communes et pour les villes du département de la Manche.
Développer l'urbain grâce à la ruralité
Avec l'association des maires de la Manche, " j'ai toujours voulu que cela se passe bien " parce que ce n'est pas le cas dans tous les départements, concède-t-il. La configuration de la Manche avec les deux tiers de communes rurales (moins de 3 500 habitants) en est probablement la raison.
" Nous, communes rurales, nous sommes là aussi pour développer l'urbain ", affirme-t-il. Alors, cette bonne entente entre les deux associations " est indispensable. N'étant plus maire aux prochaines élections, je ne resterai pas président. Une nouvelle équipe se formera. Mais nous avons créé un collège d'anciens maires pour permettre aux anciens élus d'apporter leurs contributions et animer certains secteurs. Il est important de faire entendre la voix de la ruralité ", assure-t-il.
Créer des pôles de vie
Si certaines communes ont des difficultés pour conserver leurs commerces, développer des activités économiques, ce n'est pas le cas de Rauville-la-Bigot, située entre Flamanville et Valognes, au sud de Cherbourg. Pour lui, certains périmètres devront évoluer pour qu'une commune représente " un pôle de vie ". La commune de demain devra compter " une école, une vie économique, un monde associatif, un habitat adapté... ", définit Hubert Lefèvre. Pour lui, il y a les communes retranchées des voies de circulation et les autres. Certes, le développement des unes et des autres doit permettre " à l'agriculture et l'urbanisme de cohabiter ", et à " revoir l'implantation des écoles au regard de la baisse de la démographie. C'est un travail important à conduire pour les prochaines années. "
Une charte d'accueil
La ruralité vit aussi par l'arrivée des néo-ruraux. Pour autant, une charte d'accueil lui semble indispensable. Dans la vie d'une commune rurale, " il y a les cloches qui sonnent, le coq qui chante, les tracteurs qui passent... ", souligne celui qui veille à la meilleure cohabitation possible.
Le sujet de la voirie n'est pas une mince affaire non plus pour les prochains élus. " La voirie rurale n'est plus adaptée à la largeur et au tonnage des engins agricoles ", pointe-t-il.
Cohabiter avec le monde rural
À quelques jours de nouvelles élections municipales dans les 445 communes, près de 35 % des maires sont prêts à passer le flambeau. Un pourcentage un peu plus élevé que le dernier scrutin en 2020 mais qui n'inquiète pas le président des maires ruraux. " Ce qui m'inquiète le plus, c'est de voir dans de nombreuses communes qu'une seule liste pouvant avoir une incidence sur le taux de participation. Les gens ne sont plus volontaires pour s'engager. Or, j'ai toujours eu plaisir à échanger avec les habitants, à monter des projets, rendre service... ", explique-t-il.
S'engager dans une commune rurale, c'est encore avoir le choix de décisions, la possibilité de discuter autour d'un projet. " La façon de travailler dans une commune rurale ou dans une grande commune n'est pas la même. Il ne faut pas être là que pour lever la main ", sourit-il.
Vers de nouveaux regroupements de communes ?
Si la Manche a été moteur dans la création de communes nouvelles, permettant d'atteindre 445 communes au lieu de 602, quelques-unes pourraient encore voir le jour. "Je suis favorable à une marge de progrès pour des communes de très petites tailles. Il faut réfléchir à leur avenir. Mais il faut laisser le nombre de représentants du monde rural pour que les élus ruraux soient entendus", conclut Hubert Lefèvre.