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En direct de la Chambre d'Agriculture de la Manche
Prix du lait en poudre : la glissade

La cotation de la poudre de lait écrémée est tombée la semaine dernière à 1 750 euros par tonne. Il faut remonter à 1990 pour retrouver un niveau aussi bas. Au zénith à 3 600 euros il y a quelques mois, les prix des produits laitiers de stockage (pou-dres et beurre) connaissent un recul rapide.

Collecte française : + 8 %
Une des raisons est le dynamisme de la collecte française : celle-ci progresse d’environ 8 % en janvier et février. Toutes les régions y participent, même si l’Ouest de la France fait plus que sa part du travail, avec des hausses de l’ordre de 15 % en Bretagne, 10 % en Normandie et Pays de la Loire. Les laiteries, pour faire face à cet afflux de lait, la stockent en poudre ou beurre. C’est pourquoi les laiteries incitent de plus en plus, par oral ou par écrit, leurs producteurs à lever le pied. Fin mars, la France sera très proche de remplir sa référence nationale.

Une dégringolade européenne
En Allemagne, aux Pays-Bas, on constate la même chute des prix de la poudre de lait. La croissance des livraisons y est pourtant moindre qu’en France. Les tours de séchage de poudre tournent là aussi à plein régime. Il faut en chercher la raison dans la réaction des consommateurs qui se sont détournés des produits laitiers suite à la hausse des prix. En Allemagne (premier pays laitier européen) la hausse des prix du lait à la ferme et dans les étals a été plus précoce qu’en France. Dès l’automne, les hausses de prix étaient conséquentes : en fromages par exemple les prix à l’étal avaient grimpé de 35 %. La réaction des consommateurs a été de restreindre leurs achats de 6 à 11 % selon les fromages. Les laiteries devant la perte de ce débouché ont fabriqué de la poudre pour utiliser leur collecte laitière. Cette hausse des fabrications a aussi participé au plongeon de la cotation des produits d’excédents poudre et beurre.
Les prix sur le marché mondial ont également reculé. Après leur sommet atteints à l’automne 2007, les vendeurs ont du revenir à des prix plus bas pour trouver des acheteurs.
Le beurre, avec un peu de décalage sur la poudre, connaît la même baisse.
Ainsi pour des raisons différentes, les marchés français, européens et mondiaux qui, en 2007 avaient conjugué leurs effets pour faire grimper les prix, se retrouvent sur une pente descendante. Tout ceci concourre à penser que 2007 était une année exceptionnelle, une parenthèse dans l’histoire du marché laitier.

2 % de plus au 1er avril ?
Ces cours exceptionnels de 2007 ont ancré dans l’esprit de beaucoup de décideurs que les prix étaient durablement élevés dans le secteur laitier. La pression est aujourd’hui très forte à Bruxelles pour augmenter les quotas de 2 % dès le 1er avril prochain, ce qui ferait 2,5 % en France, avec la hausse déjà programmée. La Commission Européenne voit ainsi l’occasion de remettre sur la table la proposition de hausse de 2 % qu’elle avait faite lors de la discussion sur la précédente réforme de la PAC en 2003 et qui avait été retoquée par les Ministres. Aujourd’hui 21 pays sur 27 se déclarent favorables à cette hausse supplémentaire de 2 %. Certes les 2 principaux producteurs de lait : l’Allemagne et la France sont opposés à cette rallonge, mais ils risquent d’être mis en minorité.
Une hausse des références serait un coup de pouce supplémentaire de, qui précipiterait le prix du lait dans une spirale baissière.
Réponse au Conseil des 27 ministres le 17 mars prochain.

Philippe LEGRAIN
Chambre d'Agriculture de la Manche

En savoir plus:


plegrain@manche.chambagri.fr
www.manche.chambagri.fr

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