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Elevage
Produire plus de lait : sous quelles conditions ?

Depuis l'annonce de la possibilité de produire plus que sa référence laitière (10 % ou plus), beaucoup d'éleveurs sont tentés de produire et livrer le maximum de lait.

Cet article a pour objectif de préciser les conditions où il est économiquement intéressant de produire du lait en plus tout en ayant un lait irréprochable au niveau de la qualité sanitaire, organoleptique et nutritionnelle.
D'abord, il est nécessaire de rappeler que l'éleveur qui a des vaches saines et productives, des stocks fourragers suffisants et un logement adapté, a tout intérêt à remplir son droit à produire, voire au delà. Mais avant de garder le maximum de vaches, il faut s'assurer que le logement n'est pas le facteur limitant. Une densité trop importante dans le bâtiment ou un mauvais paillage peuvent déclencher des mammites en série et pénaliser fortement les livraisons de lait.
Par ailleurs, il est indispensable de continuer à éliminer les vaches douteuses au niveau cellules et mammites : leur lait n'est pas commercialisable et surtout elles présentent le risque de contamination vis-à-vis des  autres avec déclenchement de mammites en série.

Exprimez le potentiel de production
En raison des quotas, beaucoup d'éleveurs ne “poussaient” pas leur vache. Ces éleveurs possèdent donc une réelle réserve de potentiel de production qu'ils peuvent exprimer aujourd'hui en jouant sur la distribution de fourrages et de concentrés.

Offrez d’abord les fourrages à volonté
Au niveau des fourrages, il faut s'organiser pour que les vaches aient du fourrage à volonté à condition d'avoir des stocks suffisants pour l'hiver et éventuellement l'été prochain. Il faut rapprocher le fourrage à l'auge plusieurs fois dans la journée et retirer 10 % de surplus (5,5 kg brut par vache soit 220 kg de surplus consommables pour un troupeau de 55 vaches) qu'on pourra distribuer aux génisses ou aux vaches taries. En libre service, le front d'attaque doit être détassé chaque jour et bien entretenu. Les refus doivent être éliminés quotidiennement.
Si le fourrage était rationné et devient réellement offert à volonté, on peut espérer une amélioration de 1 kg de lait en plus avec un effet positif sur le taux protéique de 0.5 point par kilo de matière sèche ingéré en plus. Dans ces conditions, l'apport de fourrages de qualité à volonté est donc justifié économiquement.

Plus de concentrés :une efficacité technico-économique limitée
Au niveau des concentrés, il existe 2 leviers pour augmenter la production laitière. On peut jouer sur la quantité de concentrés apportée c'est-à-dire sur les apports énergétiques ou (et) sur le rapport PDI/UFL de la ration, c'est-à-dire sur les apports azotés.
Si le fourrage est de bonne qualité et offert à volonté, l'efficacité d'un apport de concentré supplémentaire sera limité même si à l'origine l'apport de concentré était modéré : l’ INRA l'estime à 0.5 kg de lait en plus par kilo de concentré supplémentaire. Dans beaucoup de cas, l'efficacité sera plutôt voisine de 0.3 kg de lait, voire moins si la quantité de concentrés devient importante et entraîne un dépassement de la couverture des besoins énergétiques des animaux.
Le tableau 1, proposé par l’INRA, précise les variations d'ingestion de fourrages (kg MS/kg), d'énergie (UFL/j), de production laitière (kg/j) et de taux protéique (g/kg) en fonction de la variation d'apport de concentrés (kg brut/jour).
Un apport supplémentaire de concentré peut donc se justifier si on est loin de la couverture des besoins énergétiques, mais dès que l'équilibre énergétique est atteint, il ne sert à rien de “pousser” les animaux sous peine de perdre de l'argent et d'accroître les risques d'accident métabolique (acidose).

Concentrer la ration en matières azotées :une solution bien plus efficace...
Tout d'abord, assurez vous que les apports PDIN et PDIE de la ration sont bien équilibrés. Tout déficit en azote fermentescible est préjudiciable au bon fonctionnement du rumen, à l'ingestion de fourrages, à la production laitière et au taux protéique.
Jusqu’alors beaucoup d'éle-veurs ne “poussaient” pas leurs vaches laitières en matières azotées et leur proposaient une ration avec un rapport PDIE/UFL plutôt proche de 90 g/UFL. L'idée suivante est de concentrer la ration en PDI et tout particulièrement en PDIE. Pour augmenter le rapport PDI/UFL de 10 g, il faut apporter 1 kg de concentré azoté tanné avec des valeurs PDIN et PDIE voisines ou supérieures à 300 g/kg brut. L'apport de 2 kg de ce type de correcteur azoté permettra de concentrer la ration de 20 g PDI/UFL. On passera donc de 90 g PDI/UFL à 110 g PDI/UFL. Si on se réfère au tableau 2, on constate que l'apport de ces 2 kilos de concentrés azotés permet une amélioration de l'ingestion (+ 0.9 kg MS), de la production laitière (+ 2.6 kg de lait) et du taux protéique (+ 0.9 g/kg lait).

... Et intéressante économiquement pour cumuler deux effets
Dans ces conditions, on cumulera les effets bénéfiques sur les performances zootechniques de l'apport énergétique supplémentaire dû à l'apport de 2 kilos de concentrés et de la concentration en PDI de la ration. L'intérêt économique de l'apport de ces 2 kilos de correcteurs azotés supplémentaires est indéniable. Cependant, il ne sert à rien de dépasser le rapport de 110 g PDI/UFL. L'efficacité marginale d'un kilo de concentré azoté supplémentaire devient faible et surtout il peut entraîner des troubles sanitaires en particulier au niveau de la reproduction dû à un apport excessif d'azote.

Produire du lait en achetant des aliments
Certains éleveurs peuvent avoir des animaux productifs excédentaires (vaches vides en fin de lactation, amouillantes ou en lait). Si les stocks fourragers sont suffisants et le logement adapté pour les conserver, la production de lait supplémentaire sera toujours intéressante économiquement.
Si l'élevage est en situation de stocks fourragers limitants, il peut être tentant de garder, malgré tout, plus de vaches. Dans cette stratégie, on pourrait envisager de compléter la ration ensilage de maïs de l’ensemble du troupeau sur une période donnée par l’achat de fourrages grossiers ou la distribution d'aliments rations sèches ou semi-sèches appelés “mash” ou “bouchons fibreux”.

Ne pas acheter des fourrages à n’importe quel prix
L’achat de fourrages grossiers est bien sûr envisageable mais il ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Avec des vaches vides dont la lactation est prolongée avec une production de 20 litres de lait ou des vaches que l’éleveur fait revêler, au lieu de les vendre, avec une production de 30 litres de lait en début de lactation, le prix d’achat de l’ensilage de maïs par exemple, ne doit pas dépasser  200 € par tonne de matière sèche soit 60 € la tonne brute à 30 % MS rendue à l’auge. Au-delà de ce prix, la production  de lait n’est pas intéressante économiquement. Sur cette base de prix maximum de la tonne brute d’ensilage de maïs à 30 % MS, il est possible de définir les prix d’achat à ne pas dépasser pour les autres produits éventuellement disponibles sur le marché.

Utiliser de fortes quantités de concentrés : un intérêt limité
L'essai réalisé à la station expérimentale d'Ognoas (64) a servi de référence pour faire l’approche économique de cette situation. L'utilisation de 14 kg d'aliments “mash” permettait d'économiser 4.6 kg MS d'ensilage de maïs et de produire 2 kg de lait en plus sans modification significative des taux butyreux et protéique par rapport à la situation de base où la complémentation est normale (5,5 kg).
L'hypothèse de faire revêler des vaches pleines, permet de garder 8 vaches de plus sur l'hiver pour un troupeau de 44 vaches au départ. La production laitière augmente de 30 000 litres de lait, soit 9 % de plus que la référence initiale.
L’hypothèse de prolonger les lactations de vaches vides, permet de garder 4 vaches supplémentaires sur tout l'automne et l'hiver. La production augmente de 14 000 litres de lait, soit 4.3 % de plus que la référence initiale.
Dans les 2 hypothèses, la marge nette d'exploitation n’est pas améliorée par la production de lait supplémentaire.
Ces résultats confirment le peu d'efficacité technico-économique d’un surplus de concentré si la ration couvre les besoins énergétiques des vaches.
L’éleveur qui a des vaches amouillantes ou en lait excédentaires par rapport à ses stocks fourragers a tout intérêt à les vendre, surtout au prix où elles sont  cette année, plutôt que d’acheter des fourrages chers ou de distribuer des aliments “mash” ou “bouchons fibreux” pour alimenter le maximum de vaches et produire le plus de lait possible.
La production de lait supplémentaire avec des fourrages achetés chers ou avec distribution libérale de concentré n’est pas intéressante économiquement.
Augmenter le TB : attention à la qualité nutritionnelle des laits

Compte tenu des augmentations importantes du droit à produire, un taux butyreux élevé ne va plus être pénalisant pour la campagne en cours. Il peut être tentant de mettre en place des techniques qui feront augmenter la production de matières grasses et le prix du litre de lait.
L’apport de concentré permet d’augmenter la production laitière et le taux protéique mais il a tendance à faire baisser le taux butyreux. Il est possible d’augmenter le taux butyreux en apportant des produits contenant des sucres (mélasse ou lactosérum) ou des matières grasses contenant des acides gras moyens (huile de palme ou de coprah). Ces produits ont des coûts non négligeable. Ces deux techniques ont le gros défaut, par ailleurs, de faire augmenter le taux d’acides gras saturés et de dégrader la qualité nutritionnelle des laits en particulier vis-à-vis des maladies cardio vasculaires. La recherche d’une augmentation du taux butyreux est donc contraire aux intérêts de éleveurs et de la filière laitière.

Produire plus par l’alimentation : pas à n’importe quel prix
L’augmentation de la production laitière en jouant sur l’alimentation se résume à respecter les fondamentaux d’une bonne ration et à augmenter la part de concentrés. Cependant, avec l’envolée du prix des matières premières, l’apport de concentrés devra se faire de manière raisonnée en gardant à l’esprit l’efficacité économique des kilos supplémentaires apportés et des conséquences sanitaires sur le troupeau sous peine d’avoir le contraire des effets recherchés.


Bernard HOUSSIN -

Jean-Jacques BEAUCHAMP -

Thierry JEULIN -

Etienne DOLIGEZ -

JEROME PAVIE

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