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Promu commandeur dans l'ordre du Mérite Agricole, Gilles Beaufils reste humble

À 84 ans, Gilles Beaufils, ancien maire de Moyon pendant 30 ans, a reçu des mains du député Philippe Gosselin, parrain pour l'occasion, la cravate de commandeur dans l'ordre du Mérite agricole. Cérémonie simple pour une distinction exceptionnelle.

Je n'ai rien fait d'extraordinaire. Je ne vois pas ce que je mérite. " Ce sont les premiers mots de Gilles Beaufils, ancien maire de Moyon pendant trente ans et acteur clé de la filière laitière pendant toute son activité professionnelle lors de la remise de croix de commandeur dans l'ordre du Mérite agricole le 9 mai dernier des mains du député, Philippe Gosselin.

Engagement professionnel et public

Son parcours aura été rythmé par de l'engagement professionnel tout comme public. Élu conseiller municipal de Moyon en 1983, puis maire de 1990 à 2020, conseiller général de 2007 à 2015 en charge de l'insertion " par le travail ", président de la Banque alimentaire de 2006 à 2009, président du CDHAT (centre de développement pour l'habitat et l'aménagement des territoires), organisme dans lequel il est toujours administrateur... La liste n'est pas exhaustive ! C'est sans compter l'engagement professionnel, qu'il a mené en accord avec son épouse. D'ailleurs, " c'est ma femme qui aimait l'agriculture ", sourit-il. Leurs convictions partagées l'ont conduit à créer le GIE de Moyon dès 1975. " Mon père qui était agriculteur à Montmartin-en-Graignes, et nous à Moyon n'étions pas payés le même prix. Cela m'était insupportable ", assure-t-il. Il en a fait son combat principal en fédérant autour de lui. " Pourtant, on ne nous donnait pas six mois à vivre. Cela a tout de même duré 27 ans ", rappelle-t-il.

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Agriculteur grâce à sa femme

C'est son épouse, Madelaine, qui le fera devenir agriculteur. Ils se sont installés à Moyon, là où son oncle et sa tante avaient une ferme "avec 12 vaches en 1965. L'année suivante, on en comptait 30. Mais jamais je n'ai couru après les terres ", concède-t-il. Il a terminé sa carrière à 60 ans, avec un cheptel d'une cinquantaine de vaches, d'un atelier de veaux d'engraissement et d'un atelier de porcs, avec à ses côtés son épouse et un salarié.

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Plutôt mutualiste que syndicaliste

Gilles Beaufils a réellement ancré son empreinte dans le GIE de Moyon. Un collectif de producteurs qu'il a su fédérer et qui fonctionnait grâce à une équipe d'une dizaine de salariés. " Je n'ai jamais pris de responsabilités par souci de profit. Aujourd'hui, je ne suis pas bien riche mais je vis bien ! ", confie-t-il. Tout au long des 27 années de présidence, " vous avez porté la voix des producteurs ", souligne le préfet de la Manche, Marc Chappuis. Et pour ne laisser personne sur le bord de la route, au moment où il a pris sa retraite, il a fait en sorte de rapprocher le GIE de la coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin, coopérative qui correspondait à son état d'esprit. Il n'hésitera pas à dire qu'il a " plutôt l'âme d'un mutualiste qu'un syndicaliste ".

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Du syndicalisme, il en aura fait, au sein de la section lait de la FDSEA de la Manche, à l'échelle régionale jusqu'à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). Son ambition a toujours été de " faire avancer les choses".

Visionnaire et pas seulement

Sur le plan politique, Gilles Beaufils a transformé Moyon, qui ne comptait que 600 habitants en 1990 contre 1 500 aujourd'hui. La Marpa, la halle sportive, les zones artisanales, l'école, le déménagement du cimetière... sont autant de dossiers et de réalisations qui sont à mettre à son actif. " La commune doit beaucoup à notre maire honoraire ", note le maire actuel, Jean-Pierre Louise.

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Cet homme " visionnaire ", comme le souligne Guy Tesnière, président de l'Amoma (Association des membres dans l'ordre du Mérite agricole), décoré au plus haut grade, celui de commandeur, fédère toujours autour de lui. " Votre engagement force le respect. Vous avez le sens du service de la nation, de la terre, attaché au terroir, avec un esprit d'entreprendre ", souligne le préfet. Des propos complétés par le parrain de cette remise de distinction, Philippe Gosselin. " Gilles, c'est un leader, un catalyseur, un chef qui sait convaincre, ferme et souple à la fois, avec du caractère, un négociateur averti. C'est surtout un homme d'une fidélité et d'une loyauté. "

Un regret, un conseil

Un seul regret pour Gilles Beaufils, celui de ne pas voir ce 9 mai le regard de ses parents pour qu'ils mesurent le parcours réalisé humblement. Et s'il avait un conseil, il dirait aux jeunes de " bûcher " à l'école, plus que lui a voulu le faire. " Là où certains faisaient un courrier en 5 minutes, j'avais besoin d'une demi-heure. Il aurait fallu que je bosse un peu plus. Le certificat d'études, c'est tout de même léger ", conclut-il.

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