Aller au contenu principal

Entretien avec Sébastien Debieu
Protestation autour d’un barbecue

Lundi midi, une trentaine de producteurs de viande bovine a manifesté devant la préfecture du Calvados. Ils ont répondu à l’appel lancé par la Fdsea et les Jeunes agriculteurs. Les éleveurs craignent notamment la réouverture des négociations avec le Mercosur. En ligne de mire : une nouvelle vague d’importations massive de viandes des paysd’Amérique du Sud. Avant le barbecue, une délégation a rencontré un représentant du préfet. Témoignage de Sébastien Debieu, éleveur au Mesnil-Patry et membre de la commission viande bovine des Jeunes Agriculteurs du Calvados.

Pourquoi êtes-vous devant la préfecture aujourd’hui ?
Nous sommes là pour dire non à la réouverture des négociations entre l’Europe et le Mercosur. Nous redoutons l’arrivée massive de viande qui viendrait polluer le marché européen et français.

Mercosur ou Europe, ces thématiques peuvent sembler éloigner des problématiques du quotidien des éleveurs du département. Concrètement, quel est le problème ?
Cela peut paraître loin. Mais les mobilisations avec d’autres départements permettent de transmettre nos doléances. Laisser faire les choses signifie une arrivée massive de viande. Cette production avec une qualité nettement moindre servira hélas de référence de prix. Ce phénomène se développera au détriment de notre production qui répond à des exigences de qualité et de normes sanitaires. Le consommateur aura deux types de viandes avec un écart de prix infime. Mais les grands distributeurs faciliteront la vente de cette viande étrangère sur laquelle ils margeront mieux.

Disposez-vous de chiffres ?
Aujourd’hui, la viande sort d’Europe à 3 €/kg, quand elle part du Mercosur à 1,50 €. Au final dans l’assiette du consommateur, on constate peu de différences. La grande distribution prend simplement plus de marge. Les producteurs de viande spécialisés pèsent finalement peu dans la balance. Aujourd’hui, 75 % de la production de viande bovine est une production « obligée », puisque issue du troupeau laitier. Ces vaches devront trouver un débouché, mais à quel prix face à l’arrivée massive de viande étrangère ?

La problématique des négociations avec le Mercosur n’est pas nouvelle ?
Des négociations avaient eu lieu en 2004. Elles avaient été mises plus ou moins de côté. Aujourd’hui, cette problématique revient de manière imprévue. Nous avons été alertés au niveau national la semaine dernière. De nouvelles négociations commencent à Madrid, les 17 et 18 mai. Le Mercosur souhaite exporter 300 000 tonnes de viandes supplémentaires sur l’Europe. C’est un poids énorme.

Les difficultés s’accumulent. Quelle est la situation de votre exploitation ?
Comme tous les producteurs, je suis confronté à des charges et à des contraintes supplémentaires. C’est la goutte d’eau supplémentaire qui pourrait faire déborder le vase. Je suis installé sur une exploitation de 200 hectares avec une production de céréales et 70 vaches allaitantes. Aujourd’hui, je vais être dans l’obligation de moderniser mes bâtiments d’élevage pour respecter la réglementation européenne. Pourrai-je vraiment le faire ? On nous demande de la viande de qualité, mais le prix n’assurera pas la rentabilité de mon élevage. Avec mon associé, nous sommes récemment installés. Pour assurer la pérennité de mon exploitation et activer mes primes, nous devrons investir dans les bâtiments d’élevages. Peut-être faudra-t-il abandonner la production de viande bovine. C’est une grande inquiétude pour moi. Nous avions un projet d’investissement endeuxième année d’installation. Il est pour l’instant reporté.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Béatrice Caplet et Thierry Bizeul : "ce Bachelor agro permet d'acquérir diverses compétences relatives au management d'une exploitation agricole dans un contexte de transition. Il permet de développer ses compétences en stratégie d'entreprise et de pilotage de projet, de se préparer à accompagner et seconder des exploitants dans leur fonction de dirigeant".
Au Campus du lycée de Sées : un Bachelor agro à la rentrée
Un Bachelor agro (Entreprendre, Accompagner et Manager en agriculture) ouvre à la rentrée prochaine au Campus Terre et Avenir du…
"Je ne suis pas de ceux qui pensent tout connaître", remarque David Clavière, mardi 18 mai, à l'occasion d'une conférence de presse. Le nouveau préfet souhaite "trouver des moyens d'avancer avec du bon sens et du pragmatisme, en étant simple, transparent et direct".
David Clavière, nouveau préfet "de terrain et de proximité" dans le Calvados
David Clavière, 52 ans, est le nouveau préfet du Calvados. Il succède à Stéphane Bredin et il a pris ses fonctions le 18 mai…
Grégory Bariller, élu président de la commission environnement le 8 avril dernier, par les membres du conseil d'administration de la FDSEA 61.
Grégory Bariller représente la commission environnement
Mercredi 8 avril, la FDSEA 61 a élu son nouveau conseil d'administration pour une durée de trois ans. Grégory Bariller, 40…
"C'est marquant cette affluence qui ne cesse de croître", relève François Bruno, conseiller départemental.
Vachement Caen a peut-être trouvé la recette gagnante
L'Association Vachement Caen s'est réunie mardi 19 mai 2026. Entre le retour du concours départemental des Normandes, le…
Le Festival de l'élevage de Vire revient d'ici neuf jours. "Pour les partenaires, c'est le top. Participer à trois concours en un, c'est mieux", remarque Thierry Chanu. Les organisateurs promettent : "Un événement qui valorise la génétique, la passion des éleveurs et la transmission entre générations. Une journée conviviale et familiale".
Deux décennies de concours bientôt célébrées à Vire
Le festival de l'élevage de Vire se tiendra à l'hippodrome de la ville, samedi 13 juin 2026. Et si l'événement est inscrit…
La longue liste des doléances s'est égrenée au fil des débats du congrès de l'AGPB qui s'est tenu les 26 et 27 mai à Nancy.
Après trois années noires, les céréaliers veulent reprendre la main
L'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a organisé son congrès annuel les 26 et 27 mai 2026…
Publicité