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Qualité du lait en Basse-Normandie : peut et doit mieux faire

Rien n’est jamais acquis et à l’époque où l’accès aux marchés dépend tout autant de la façon de produire que des prix pratiqués, la Normandie laitière a mal à son tank. La fin des quotas, c’est pour maintenant, la reconquête sanitaire du lait aussi. 

Marlène Guiadeur (Chef de projet Qualité du lait au CIRLAIT) et Jean Turmel (président du CIRLAIT) : “ActionLait est un plan d’actions construit en partenariat avec les intervenants en élevage de la région.”
Marlène Guiadeur (Chef de projet Qualité du lait au CIRLAIT) et Jean Turmel (président du CIRLAIT) : “ActionLait est un plan d’actions construit en partenariat avec les intervenants en élevage de la région.”
© TG

Le CIRLAIT (Interprofession Laitière Régionale de Basse-Normandie) a lancé le plan d’action régional pour la qualité du lait : ActionLait.Il s’agit d’un plan d’action construit en partenariat avec les intervenants en élevage de la région : les organismes de conseil élevage (Littoral Normand Conseil Elevage, Orne Conseil Elevage), la Fédération Régionale des Groupements de Défense Sanitaire de Basse-Normandie, les Chambres d’agriculture du Calvados et de la Manche. Rencontre avec Jean Turmel, président du CIRLAIT. 

Quel est l’état sanitaire du lait produit en France et plus particulièrement en Basse-Normandie ?
On assiste, depuis 2005-2006, à une dégradation des taux cellulaires.
Situation qui s’est encore aggravée depuis 2/3 ans tant au niveau régional qu’au niveau national.


Comment l’expliquer ?
Si certains éleveurs ont peut-être quelque peu baissé la garde, les causes sont multifonctionnelles : problème de main-d’œuvre avec l’agrandissement des troupeaux, il est plus facile de suivre 50 vaches que d’en suivre 100; mélange de troupeaux dans le cadre d’associations, augmentation des niveaux d’étables, vieillissement des vaches pour produire une rallonge...

Quels sont les enjeux d’une meilleure maîtrise sanitaire du tank à lait?
Le premier enjeu est d’ordre financier pour le producteur. Le manque à gagner peut facilement atteindre 20 à 30 e/1 000 l. Soit plus de 10 000 e/an pour une étable de 500 000 l.
Le second enjeu, tout aussi capital, c’est celui de l’accès aux marchés. Il faut veiller au respect drastique des règles sanitaires pour exporter vers les pays tiers. Règles que certains pays peu scrupuleux peuvent ériger en barrière douanière artificielle pour fermer leurs frontières à tel ou tel pays.

La Normandie laitière n’est quand même pas en danger ?
Oui nous sommes détenteurs d’une image forte que nos ancêtres ont façonnée et nous ont léguée, mais rien n’est jamais définitivement acquis. On ne peut pas continuer comme cela. J’appelle à une prise de conscience collective.

Plus précisément, quel bilan chiffré de cette situation ?
On estime, qu’en 2013, moment de la construction d’ActionLait, 5% des producteurs bas-normands étaient en alerte cellules chaque trimestre et 2% étaient susceptibles de se trouver en arrêt de collecte.

Quel principal message souhaiteriez-vous délivrer à un producteur confronté à une telle difficulté ?
Un problème de qualité du lait ne peut être durable. Il ne faut surtout pas se laisser dériver dans une situation où les dommages collatéraux deviennent de plus en plus ingérables.

C’est donc pour contrer cette dérive que vous avez mis en place ActionLait ?
Le CIRLAIT n’a pas vocation d’aller de ferme en ferme mais nous sommes l’acteur centralisateur de multiples actions auxquelles participent les Contrôles laitiers, les GDS, les techniciens des laiteries privées et coopératives, les Chambres d’agriculture, les vétérinaires, les groupements (...).
Cette action a démarré en 2013 par un état des lieux. Nous nous sommes aperçus, par exemple, qu’un plan cellule sur deux ne fonctionnait pas. C’est pour cela que nous avons revu le dispositif « plan cellules » de la région pour en améliorer son efficacité.

Tout cela au moment même où les règles se sont durcies ?
L’application des nouvelles règles européennes est effectivement plus contraignante, mais nous disposons d’une commission de recours qui nous permet, pour des raisons valables (par exemple en cas de décès ou de départ d’un associé dans un GAEC), de rattraper certains arrêts potentiels de collecte. Nous traitons avec beaucoup de discernement la vingtaine de cas qui nous est soumise chaque mois.

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