Quatre animaux normands au National Salers
Habituée et passionnée des concours, l'éleveuse ornaise de Salers, Lucie Lesieur, présentera quatre de ses animaux au concours national de la race, du 18 au 20 septembre, à Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Elle est la seule participante normande.
Lucie Lesieur élève des Salers à Rônai, entre Argentan et Falaise. Celle qui se destinait au départ à une carrière dans le commerce a eu le déclic en 2014, lorsqu'elle a suivi son père au Space pour faire concourir un taureau. "Nous l'avions acheté à un éleveur du Cantal, il avait déjà participé à des concours et avait eu de bons résultats. Notre technicien nous a poussés à participer au Space à Rennes, ça a été une révélation pour moi. J'ai su à ce moment précis que je voulais devenir éleveuse", se remémore la trentenaire. "Je savais que mon père allait partir en retraite dans les années à venir et que la ferme serait donc reprise par quelqu'un hors cadre familial. Ce fut un élément supplémentaire pour me lancer dans l'aventure. Je souhaitais que l'exploitation reste dans la famille." Lucie Lesieur quitte alors sa deuxième année de BTS Négociation et relation client (NRC) et se lance dans une formation agricole, un BTS Analyse et conduite du système d'exploitation (Acse).
La seule Normande au National Salers
Installée en 2022, Lucie Lesieur est aujourd'hui à la tête d'une exploitation de 270 ha et fait entre 80 à 90 vêlages par an, soit un cheptel de 210 têtes. Un nombre que l'éleveuse veut baisser légèrement car son père et son employé sont partis en retraite. En revanche, ce à quoi elle ne compte pas déroger, ce sont bien les concours. Lucie Lesieur représentera la région Normandie au concours national de Salers, qui se déroule ce week-end à Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Elle emmène dans son van bovin quatre de ses animaux, Versailles et Voyelle, qui concourront chacune dans leur section dans la catégorie doublonne (vaches de deux ans) et Sybelle et son veau, Belle, tenteront de décrocher un prix dans la catégorie des vaches de 5 à 6 ans suitées femelles. Sybelle est d'ailleurs une habituée des concours mais aussi des récompenses. "Elle a terminé 1re de sa section lors du National de Brive-la-Gaillarde, en Corrèze, en 2022 et elle a obtenu l'année suivante un 2e prix de section au Salon de l'agriculture à Paris. Ce sont des très beaux souvenirs", énumère l'agricultrice, encore émue. Cette année, elle place de grands espoirs en Versailles. "Je la trouve magnifique. Elle répond aux critères attendus par la race et elle a beaucoup de prestance quand elle marche. Elle peut déclencher un coup de cœur chez un juge" ose-t-elle espérer.
"Mon père n'a jamais eu à soigner les bêtes dans les champs dans toute sa carrière. Moi, c'est la deuxième année d'affilée que je le fais"
Lucie Lesieur prépare ses bêtes de concours depuis une quinzaine de jours. "Je leur remets le licol, les réhabitue à être attachées, je les fais marcher. Mais globalement, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas." Ses quatre bêtes sélectionnées ont aussi un régime spécial. "Elles ont des granulés en supplément de l'herbe. Enfin de l'herbe... Elles sont au foin depuis le mois de juin. L'herbe ne pousse plus depuis la fin du printemps à cause des épisodes de canicule et de sécheresse. Mon père n'a jamais eu à soigner les bêtes dans les champs dans toute sa carrière. Moi, c'est la deuxième année d'affilée que je le fais. L'année dernière, c'était plutôt fin juillet/début août. Heureusement, nous avons du stock d'enrubannage", relativise la passionnée de concours. Elle estime que ses animaux seront peut-être un peu moins en état que d'autres années mais "elles seront loin d'être ridicules".
Se retrouver après une année stressante
Les éleveurs de Salers et les 300 animaux qu'ils accompagnent vont retrouver le ring du concours national après une année de disette à cause de l'épisode de dermatose bovine. "Le National a été annulé en catastrophe", se souvient l'Ornaise. Outre le concours, elle est heureuse de retrouver les autres éleveurs, qu'elle connaît bien. "Tout le monde a passé une année difficile. J'ai moi-même été touchée sur l'exploitation par la FCO. J'ai perdu huit veaux coup à coup. S'en est suivi évidemment un été historiquement chaud avec des conséquences dramatiques pour bien des exploitants. L'année a été stressante. Je pense que ça va être une vraie bouffée d'air frais de tous se retrouver, dans une ambiance conviviale."
Le National Salers est le point de départ d'autres rendez-vous pour la race. Un concours régional est organisé à l'occasion du Salon Tous Paysans, à Alençon, qui se tiendra les 24 et 25 octobre au parc des expositions Anova à Alençon. Une première. "Il s'agira d'un petit concours, avec une trentaine d'animaux. Nous ne faisons pas un grand rassemblement car nous voulons, dans un premier temps, que ce soit bien mené. Mais nous espérons le faire grandir pour les prochaines éditions", dévoile celle qui est aussi membre du syndicat des Salers de Normandie. Viendront ensuite les sélections pour le Saint-Graal, le Salon international de l'agriculture à Paris. "Être sélectionnée est déjà une victoire. La barre est tellement haute. Il y a 50 animaux présentés pour 16 places. J'espère pouvoir emmener certains des miens", conclut Lucie Lesieur.