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Quel impact sur la récoltabilité de nos céréales ?

Les agriculteurs normands s’engagent.

© CA NORMANDIE

Sécheresse, canicule, hausse des températures… ces changements climatiques sont-ils favorables à la moisson en Normandie ? De prime abord, nous pourrions dire oui… mais dans les faits, nous pourrions émettre un tout autre avis. Pour répondre de façon certaine à cette question, la Chambre d’agriculture de l’Orne a décidé de mener une étude pour déterminer le nombre de jours aptes à la moisson dans le département depuis 1976 jusqu’à nos jours. Entretien avec Loïc Deveyer, ingénieur agro-équipement qui a réalisé l’étude dans le cadre des Groupes Cultures en 2014.

AN - Quel a été le déclencheur d’une telle étude ?

Loïc Deveyer - Durant l’été 2014, nous avons décidé de faire un point sur la récoltabilité des céréales dans l’Orne. En effet, les agriculteurs vivent depuis plus d’une décennie des moissons de plus en plus difficiles : récoltes tardives, fréquemment interrompues, durée de battage journalière réduite, qualité dégradée… bref, un moment difficile pour les agriculteurs, les CUMA et surtout les entrepreneurs de travaux agricoles ! Hormis pour l’année 2015, il n’a plus été question de moisson effectuée d’une traite, enchaînant orge, colza, pois, blé.


Quelle méthodologie avez-vous adoptée ?

Les données de 6 stations météo de l’Orne ont été analysées depuis 1976. Les critères d’analyse choisis sont la pluviométrie globale par décade, le nombre de jours de pluie par décade et l’intensité des pluies quotidiennes. Des hypothèses de délai de retour à la parcelle suite aux précipitations et aux types de sol ont été posées. La compilation des données, a permis d’obtenir le nombre de jours de moisson disponibles par décade.


Quelles sont les conclusions de l’étude ?

Indéniablement, le nombre de jours de moisson disponibles par décade a diminué passant de 17 à 11 jours en 40 ans. L’image d’un été ensoleillé ponctué de quelques orages semble révolue. Les régimes d’averses se sont particulièrement intensifiés au mois d’août. Les volumes de précipitations ont nettement augmenté, tout comme le nombre de jours de pluie. Juillet connaît la même tendance, dans un degré moindre. Quant à juin, c’est l’inverse : moins de jours de pluie et une pluviométrie plus faible. Finalement, le mois de septembre s’impose progressivement comme le mois d’été par excellence : très sec et chaud ! Ces tendances climatiques imposent d’envisager la récolte autrement qu’il y a 30 ans. La stratégie d’équipement, de battage et les organisations de chantier et/ou conduite/réglage de machine doivent être reconsidérés. Mais, attention, les exploitations ont elles aussi considérablement évolué. Les surfaces de battage par exploitation ne sont plus les mêmes. Les parcellaires, même s’ils sont plus grands, se sont aussi multipliés. Il n’est pas rare d’avoir un ilot de 40 ha à 15 ou 20 km de l’exploitation. On ne déplace pas une batteuse à cette distance sur un coup de tête. On ne la fait pas revenir non plus pour 5 ha bons à battre au pied de la ferme ! Les enjeux à la récolte sur de grandes surfaces impliquent également de prendre de bonnes décisions : des qualités de céréales défaillantes (sur les blés par exemple, PS et/ou un temps de chute d’Hagberg en berne) peuvent induire des réfactions parfois importantes impactant le revenu. Pour la récolte 2014, nombre d’agriculteurs ont vu leur récolte déclassée en fourrager, certains évoquant parfois des pertes de plusieurs milliers d’euros sur la moisson de blé.L’exemple pris sur les stations de Flers/Athis de l’Orne montre une évolution très tranchée : la tendance de pluviométrie d’août sur Flers/Athis était de 40 mm au milieu des années 70 pour atteindre 70 mm actuellement. Sur la même période, on passe ainsi de 10 jours à 17 jours de pluies ! Intégrant ces données avec des hypothèses de délai de retour en parcelle après précipitation, on passe ainsi sur août de 17 jours à 10 jours moissonnables (figures 1, 2 et 3).

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