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Elevage
Quelle valorisation pour les drèches de blé déshydratées avec des vaches laitières ?

Avec le développement des agrocarburants en France et tout particulièrement dans notre région, la disponibilité en coproduits progresse sensiblement chaque année. Si la valorisation du tourteau de colza est maintenant bien connue pour de nombreux éleveurs, des questions subsistent pour un autre co produit de cette industrie locale : les drèches de blé.

Afin d’apporter des compléments sur la valorisation de ces drèches, un essai sur vaches laitières a été conduit à la station expérimentale des Trinottières (49) au cours de l’hiver 2010-2011.


Une valeur alimentaire très proche du tourteau de colza

Les drèches de blé déshydratées utilisées dans cet essai provenaient de l’usine Cristanol de Bazancourt, commercialisées par Désialis. Au regard des résultats des analyses alimentaires réalisées sur ces drèches (tableau 1), nous relevons des valeurs azotées plutôt proches de celles d’un tourteau de colza  que d’un tourteau de soja. Ce qui différencie les drèches du tourteau de colza concerne principalement la valeur énergétique. Cette bonne valeur UFL des drèches est le résultat d’une teneur en cellulose brute (CB) inférieure, et de la présence d’amidon (81 g par kilo brut) constituant absent chez les 2 tourteaux. Pour ce qui concerne les valeurs minérales, les drèches se caractérisent par une teneur en phosphore intermédiaire entre les 2 tourteaux, et sensiblement bien inférieure à ces 2 derniers pour le calcium.


Les conditions expérimentales de l’essai mené sur vaches laitières

L’essai a été conduit sur 3 lots de 19 vaches laitières de race Prim’Holstein pendant 10 semaines en début lactation, qui recevaient une ration complète à base d’ensilage de maïs et d’enrubannage de luzerne. Pour le lot témoin, la ration de base était corrigée avec du tourteau de colza et du colza tanné. Pour le second lot, la moitié du tourteau de colza était remplacée par des drèches de blé déshydratées, et pour le dernier lot la totalité du tourteau du colza était substituée par des drèches de blé déshydratées. L’équilibre moyen de ces trois rations était de 0,90 UFL, 95 g de PDIN et 90 g de PDIE par kilo de matière sèche (MS).

Une diminution d’ingestion non significative avec des drèches

Le niveau d’ingestion des différents lots expérimentaux restent assez proches (tableau 2). Même si nous pouvons relever un gradient à la baisse de l’ingestion totale de MS avec une proportion plus conséquente de drèches de blé déshydratées, suite au travail statistique mené sur ces résultats, cet effet a été considéré non significatif au seuil 10 % par les responsables de l’expérimentation.


Pour une production laitière très proche, mais des taux à la baisse

Une ingestion proche (tableau 2) pour une production laitière brute pour chaque lot que nous pouvons considérer comme identique (tableau 3). Si la production  laitière brute est sensiblement stable entre chaque lot, il a été relevé une baisse sur les taux, et tout particulièrement sur le taux protéique (TP) avec un effet significatif pour le lot recevant 100 % de drèches de blé déshydratées. Selon les responsables de cette expérimentation, cette baisse du TP peut être due à un bilan énergétique légèrement plus faible pour le lot avec 100 % de drèches ou à un déficit en lysine digestible. Il est également proposé comme dernière explication, peut être une surévaluation de la valeur énergétique des drèches utilisées dans cet essai.

Et du point de vue économique, tourteau de colza ou drèches de blé déshydratées ?

Pour répondre à cette question, il a été établi un budget partiel qui a permis de chiffrer les conséquences techniques et économiques du passage d’une ration à base d’ensilage de maïs et d’enrubannage de luzerne corrigée par du tourteau de colza et du colza tanné à des rations de base corrigées avec 50 % de drèches (Lot 50 %) ou 100 % de drèches (Lot 100 %) en substitution du tourteau de colza pour un troupeau de 45 vaches laitières à 29,5 kg brut par jour pendant 150 jours en période hivernale. Les facteurs de variation (ingestion, lait et taux) liés à la valorisation de drèches dans la ration sont identiques à ceux relevés dans l’essai mené aux Trinottières (tableau 3).  Au terme de cette simulation économique, nous notons une diminution de la marge alimentaire, qui s’élève à 271 € avec 50 % de drèches, et 860 € avec 100 % de drèches. Cette diminution de marge est surtout le résultat de la prise en compte dans nos calculs de l’évolution de taux (TB et TP) moins favorables avec la drèche, qui se traduit par un prix du lait inférieur de 3 € aux 1 000 litres avec 50 % de drèches et 10 € avec 100 % de drèches. Sur la base d’un prix de drèches de blé déshydratées de 220 € la tonne, comme retenue dans la simulation, il serait nécessaire que le prix du tourteau de colza soit supérieur à 110 % ou 114 % du prix des drèches, soit 241 € ou 250 €, suivant la proportion de ces dernières dans la ration de base afin de relever une évolution nulle de la marge alimentaire (tableau 4).Comme l’ont bien confirmé les responsables de l’expérimentation des Trinottières, cet essai a bien permis de confirmer les valeurs énergétiques et protéiques attribuées aux drèches de l’usine Cristanol de Bazancourt. Ces valeurs alimentaires sont très souvent propres à chaque usine du fait d’un process industriel spécifique. Si vous devez valoriser ce type de coproduit, n’hésitez pas à réaliser des analyses complémentaires tout en gardant un œil sur le prix du tourteau de colza qui devient bien la référence maintenant dans de nombreux élevages laitiers de Normandie.


Source : Rouillé B. et al, 2011, Rencontres Recherches Ruminants. A paraître.

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