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Rations des vaches laitières
Quels aliments acheter ?

Cette année, les maïs seront très hétérogènes allant du “pauvre en matière sèche avec peu de grains” au maïs “de qualité” avec une bonne teneur en grains et arrivé à maturité (32 - 35 % % MS).

Le manque de qualité s'accompagne souvent de faibles rendements. Nous avons donc des situations de bilans fourragers très variables qui nécessitent des stratégies d'achat de fourrages complémentaires et de concentrés à adapter au cas par cas.
L'achat de fourrages doit être privilégié mais il ne faut pas exclure l'incorporation de blé ou de mélanges de matières premières concentrés si les fourrages grossiers devenaient trop chers ou introuvables.
Trop juste en maïs”.  Quoi acheter ?
Les solutions existent mais la santé des vaches et le portefeuille doivent orienter les choix.
Du point de vue zootechnique, il faut :
- d'abord s'assurer que tous les animaux disposeront d'un minimum de fourrages grossiers permettant le bon fonctionnement de la panse. Si besoin, il vaut mieux d'abord acheter des fourrages puis des concentrés ;
- ensuite, il faut tenir compte des niveaux de production des animaux et de leurs besoins alimentaires. Il faut en particulier veiller à la valeur énergétique des aliments. Pour des animaux très performants, il faut acheter des aliments dont la valeur énergétique est égale ou supérieure à 0.9 UFL/kg MS ;
- lorsque la quantité de concentrés est importante (plus de 40 % de la ration) il faut veiller à la teneur en fibres et amidon de la ration.

Du point de vue économique :
- il faut comparer les prix des aliments en tenant compte de leur valeur alimentaire (énergie, azote, minéraux, encombrement,…). Le maïs n'est pas seul sur le marché. Il faut penser aux autres produits disponibles tels que la pulpe surpressée ou autres et pourquoi pas au foin de qualité (voir L’Agriculteur Normand du 20 septembre pages 24-25).
A partir d'un certain prix des fourrages, le blé devient compétitif pour enrichir la ration de base et remplacer une partie des fourrages. On peut également réaliser une ration semi-sèche en utilisant des grosses quantités d'aliments “mash” ou des “bouchons fibreux” pour limiter l'ingestion d'ensilage de maïs. Cette dernière solution est plus coûteuse mais présente l'avantage d'être moins risquée vis-à-vis des problèmes sanitaires et en particulier de l'acidose (Tableau 1).

L'utilisation d'un blé aplati à 197 €/tonne ou d'un aliment “mash” à 190 € introduit dans une ration ensilage maïs donne un résultat économique identique à l'achat d'un ensilage de maïs à 30 % MS coûtant 45 €/tonne brute rendue à l'auge. Le prix d'équivalence de la tonne brute d'ensilage de maïs 35 % MS est alors de 55 €, celui de la betterave fourragère 19 % MS de 42 €, celui de la pulpe surpressée 29 % MS de 38 €…
A prix d'équivalence identique, on choisira de préférence les fourrages plutôt que le blé.
NB : pour estimer au plus juste les prix d'équivalence des aliments, il est nécessaire de connaître avec précision leur taux de MS, mais aussi d'intégrer les coûts spécifiques au stockage et à la distribution.
Couvrir les besoins énergétiques des vaches laitières avec du blé…
- Distribué à l'auge
La distribution de 3 kg de blé (essai Arvalis -La Jaillère) se traduit par une diminution de la consommation d'ensilage de maïs de 1.6 kg de MS et un accroissement modéré de la production de lait.
L'augmentation de l'apport de concentré détériore la teneur en matière grasse du lait mais favorise la teneur en matière protéique et la reprise de poids vif.
L'apport supplémentaire de 3.5 kg de blé détériore plus nettement le taux butyreux sans effet sur le taux protéique. Il permet une diminution d'ingestion de maïs de 4,5 kg MS (Tableau 2).
La perte de poids est atténuée en début de lactation et la reprise d'état est plus rapide ensuite.
Il est donc possible de distribuer jusqu'à 6 kg et même plus de blé si la céréale est aplatie, mélangée au maïs avec distribution de fibres longues appétentes (foin ou paille).

- Incorporé au silo
Un ensilage de maïs pauvre en MS et en grains peut être revalorisé par une incorporation de blé dans le silo à la récolte (essai Institut de l'élevage - Crecom) ; ainsi, on peut concilier enrichissement de la ration en énergie et libre-service au silo sans investissement mais avec une contrainte supplémentaire à la récolte.
On peut proposer les doses d'incorporation suivantes :
- 130 kg de blé par tonne de fourrage pour un maïs à 24 % de MS ;
- 70 kg de blé pour un maïs à 33 % de MS.
Comparé à une quantité équivalente de blé apportée à l'auge sur le maïs (à même niveau de PDI), le blé de l'ensilage entraîne une baisse sensible d'ingestion des fourrages (- 1.5 à - 1.8 kg MS), peu d'évolution du lait (- 0.4 à + 0.9 kg/j), une diminution du TB (- 0.3 à - 2.2 g/kg), une pro-
gression nette du TP (+ 0.1 à + 0.9 g/kg) et une amélioration de valorisation de la ration.

… Ou des mélanges de matières premières (“mash” ou “bouchons fibreux”)
La distribution de 14 kg d'aliments “mash” dans une ration ensilage de maïs de bonne qualité en remplacement d'une complémentation classique (4.3 kg de concentrés et minéraux) a permis d'abaisser l'ingestion de 6 kg MS de fourrages (essai Institut de l'élevage - Ognoas).
La production laitière a augmenté de 6 % (+ 2 kg/VL/j). Le taux protéique n'a pas été modifié. Le taux butyreux est tributaire de la composition en acides gras de l'aliment “mash”. Si les constituants apportent des acides gras polyinsaturés, le taux butyreux sera diminué avec une amélioration du profil en acides gras des laits favorables à la qualité organoleptique et nutritionnelle des laits. A ce sujet, il faut éviter d'utiliser des aliments contenant des tourteaux de palmiste ou de coprah. Ils ont une forte proportion d'acides gras saturés néfastes à la qualité du lait.
L'incorporation du blé dans le silo en pratique

Cette technique est forcément contraignante et nécessite de la main-d'œuvre supplémentaire.
Le blé aplati est stocké dans des bennes. Le jour du chantier d'ensilage, les bennes de blé aplati sont vidées au fur et à mesure sur une aire cimentée délimitée par un muret et des balles de paille.
A chaque remorque d'ensilage, le nombre de godets nécessaires est étalé sur le tas d'ensilage en essayant de répartir le blé le mieux possible. La possibilité de confectionner deux silos en même temps (l'un sans blé, l'autre avec) donne de la souplesse. Le mélange fourrage-blé est réalisé pour l'hiver. C'est un avantage en cas de remplacement et cela évite la manutention des céréales tous les jours au moment de la distribution du maïs. Par ailleurs, cette solution permet de faire une ration mélangée pour les troupeaux en libre service. La difficulté réside dans les quantités importantes de blé à manipuler le jour de l'ensilage : 6.5 tonnes pour un silo de 30 t de MS à 32 % de MS ou 16 tonnes si le maïs fait 24 % MS.

 

Limiter les pertes et le gaspillage

Selon les précautions prises à la confection et à la reprise du silo, les pertes peuvent aller du simple au double. Pour les limiter, il faut appliquer à la lettre les règles déjà énoncées dans l'article de l'Agriculteur Normand du 20 septembre intitulé “les butyriques : les laiteries s'inquiètent”.
Le hachage doit être suffisamment fin et adapté aux matériels de reprise du silo sans dépasser une largueur de coupe de 18 mm. Tout apport de terre doit être proscrit et l'ensilage doit être étalé et tassé fermement dès le début du chantier par fines couches réparties sur l'ensemble de la plate-forme d'ensilage. La fermeture du silo doit être rapide et hermétique ; le chargement de la bâche doit être suffisant avec du sable et des pneus sur toute la surface complété par des boudins en périphérie.
A la reprise de l'ensilage, pour limiter les pertes dues à un échauffement excessif du silo, il faut entretenir un front d'attaque le plus vertical possible. Il faut éviter d'ébranler le maïs et les entrées d'air dans le silo. La disposition de 2 rangs de boudins de sable sur la bâche en bordure du front d'attaque évite la pénétration de l'air. Il faut au moins une charge de 100 kg/m2.

 

Les précautions à prendre avec les céréales :rechercher une bonne hygiène alimentaire

L'objectif visé est d'éviter les baisses excessives ou brutales du pH du rumen en favorisant la salivation et en étalant les repas. Il faudra donc mettre à disposition des animaux du foin ou de la paille en libre-service dans un râtelier. L'étalement de la consommation peut être obtenu par le mélange d'une partie des céréales aux fourrages.

- Broyer grossièrement ou aplatir
L'utilisation de blé sous forme broyée grossièrement ou aplatie donne des résultats semblables et satisfaisants. Cependant, attention au broyage trop fin qui accélère la dégradation des éléments dans le rumen et peut être préjudiciable si le blé est distribué en fortes quantités.
En pratique, on tâchera d'apporter au moins 50 % des particules de blé supérieures à 1 mm.

- Etaler les repas
La digestion des parois végétales ralentit au dessous d'un pH de 6.2. C'est notamment ce qui se passe lorsque le concentré est distribué en 2 repas par jour. Il est donc souhaitable d'étaler les apports : en mélangeant une partie des céréales aux fourrages ou bien avec un DAC (plus onéreux) ; en distribuant le concentré en 3 repas plutôt que 2.

- Faire attention aux autres constituants de la ration riches
en sucres comme les betteraves

Par kg de matière sèche de ces aliments, réduire de 1 kg l'apport de céréales et penser à éloigner les heures de repas de ces deux aliments.

- Ménager des transitions
L'augmentation de la distribution de céréales en début de lactation ne doit pas dépasser le rythme de 1 kg tous les 3 jours. L'utilisation de bicarbonate de sodium à raison de 200 à 300 g/j peut être pratiquée en particulier durant les transitions introduisant les céréales.

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