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Qualité de l’air
Quels leviers pour la gestion des déchets ?

La pollution atmosphérique a une influence sur l’état de santé de la population. La qualité de l’air est un enjeu à la fois environnemental et sanitaire. La profession agricole a des outils pour lutter à son niveau contre la pollution de l’air, notamment pour la gestion des déchets.

Le département de la Seine-Maritime fait figure de précurseur dans le domaine de l’élimination des pneus usagés, une opération y a été menée à l’initiative de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d’agriculture.
© © FNSEA76

Le brûlage à l’air libre des déchets est source d’émissions importantes de substances polluantes qui dégradent la qualité de l’air.
Au-delà des troubles de voisinage liés aux odeurs et aux fumées, celles-ci contiennent de nombreuses substances nocives pour l’environnement et la santé telles que des gaz (composés organiques volatils, oxydes d’azote, monoxyde de carbone) ou des particules qui peuvent véhiculer des substances cancérigènes (hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP, dioxines, furanes, benzène). Les émissions de particules fines concernent également le brûlage de déchets verts que l’on considère souvent comme inoffensif.
Afin d’éviter les risques pour la santé et l’environnement, il convient de gérer les déchets de manière
adaptée, certains pouvant être valorisés.

Elimination et recyclage des déchets de l’exploitation, une filière française exemplaire
Concernant les déchets de l’exploitation, la profession agricole fait depuis longtemps beaucoup d’efforts. Les organisations représentant l’industrie de la protection des plantes, les coopératives agricoles, les négociants agricoles et les agriculteurs sont à l’origine de la filière française de gestion des déchets professionnels Adivalor, créée en 2001. Depuis cette date, l’activité s’est beaucoup développée et de nombreux types de déchets sont aujourd’hui collectés comme les bidons plastiques vides, les produits phytosanitaires non utilisés, mais aussi les Big bags, les films agricoles usagés ou les ficelles et filets balles rondes.
Des collectes sont organisées dans chaque région plusieurs fois par an, il existe environ de 780 points de collecte en Normandie. Avant de ramener vos déchets, il est important de respecter les consignes de tri et de propreté qui permettent  le recyclage de la majorité des déchets récupérés. Les déchets non recyclables font l’objet d’une valorisation énergétique.

L’implication des agriculteurs est plus forte chaque année : d’après Adivalor (site adivalor.fr), les quantités d’emballages et de plastiques collectées en France devraient atteindre près de 90.000 tonnes en 2020, soit une augmentation de 32% par rapport à 2014. En Normandie, les collectes sont passées de 4 600 tonnes à 6 900 tonnes entre 2017 et 2019.   
Si les plus anciennes collectes comme celles des bidons plastiques ou des big bags fonctionnent très bien, celles des ficelles ou des sacs papier, plus récemment mises en œuvre, ont plus de mal à trouver leur public. An niveau national, les taux de collecte varient de 30 à 85 % selon les déchets considérés, il est donc possible de faire collectivement encore mieux.

Le cas des pneus usagés
L’élimination des pneus usagés est un sujet d’actualité pour nombre d’agriculteurs. Le département de la Seine-Maritime fait figure de précurseur dans ce domaine, une opération y a été menée à l’initiative de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d’agriculture. Elle a permis la collecte de 2 186 tonnes de pneus entre novembre 2019 et janvier 2020.
Grâce aux partenaires logistiques (Natup) et financiers il restait lors de cette opération 98 €/t à la charge des agriculteurs alors que le coût de cette récupération pour destruction est normalement de 250 à 300 €/t pour des pneus de véhicules légers.  
Les pneus ont été utilisés comme combustibles dans le process de fabrication du ciment. C’est la société Henry Recyclage à Saint-Aubin-les-Elbeuf qui s’est chargée du broyage. La valorisation énergétique a été assurée par Aliapur. La combustion s’effectue à 900°C, ce qui ne génère pas de cendres ni de produits d’émissions liés au déchet.
Les pneus usagés peuvent être recyclés pour remplacer avantageusement bon nombre de matériaux, du charbon au liège en passant par le polyuréthane ou le polystyrène et les applications sont nombreuses (plus d’informations sur aliapur.fr).
Suite à cette première collecte, un sondage et été réalisé et le tonnage à récupérer en Seine-Maritime a de nouveau  été estimé à plus de 2 000 tonnes de pneus. Mais la démarche prend désormais une envergure nationale. Fin 2019, s’est créée l’association Ensivalor pour mener des opérations de collectes sur toute la France à hauteur de 15 000 tonnes de pneus usagés par an. Cette association participera en partie au financement, au débouché, etc.

Vous voulez en savoir plus et participer ? Contactez Marion Breuil ou Fanny Lemoine: marion.breuil@normandie.chambagri.fr  //  fanny.lemoine@fnsea76.fr

Valoriser les déchets verts
Le brûlage des résidus de cultures est interdit au titre de la conditionnalité de la politique agricole commune (PAC-BCAE VI) et peut faire l’objet d’exemptions seulement dans des situations précises - exemptions nationales pour les surfaces en riz, lin, chanvre ou précédents culturaux des cultures potagères et des semences de graminées ou exemptions individuelles  à titre exceptionnel pour des raisons phytosanitaires.
Concernant les déchets verts comme les résidus issus de la taille des haies, arbres fruitiers, vignes et autres végétaux, la pratique du brûlage est ancienne et parfois bien ancrée. Dans le contexte de dégradation de la qualité de l’air dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, cette pratique ne doit plus avoir cours. De nombreuses alternatives s’offrent à nous pour gérer différemment les déchets verts que ce soit pour les éliminer ou les valoriser. Si l’on souhaite s’en débarrasser, il faut privilégier le recours à la déchetterie.

Des solutions bénéfiques
D’autres solutions existent pour faire de ces déchets une ressource bénéfique par un retour au sol ou pour produire de l’énergie.
- Le broyage et le paillage : une fois broyés les déchets verts sont utilisés pour recouvrir les plantations et le sol pour le nourrir et/ou le protéger. Cela permet de diminuer le développement des mauvaises herbes mais également de maintenir de l’humidité et de fertiliser le sol.

- Le compostage : il s’agit d’accélérer la dégradation aérobie des déchets organiques et de produire un compost stable. Les déchets organiques d’une exploitation agricole peuvent être compostés pour fournir un engrais de bonne qualité. Le compostage peut être individuel mais il est aussi possible d’approvisionner une plateforme de compostage collectif.

- La valorisation énergétique : adaptée aux gros producteurs de déchets organiques comme les collectivités ou le monde agricole, la méthanisation des déchets verts et des coproduits agricoles non ligneux permet la production de biogaz. Ce biogaz peut être soit directement injecté dans le réseau soit produire de la chaleur et/ou de l’électricité. Le procédé génère un résidu appelé digestat qui peut être utilisé comme fertilisant. Contrairement au compostage, la dégradation de la matière organique a lieu dans un environnement sans oxygène, réalisée en cycle fermé, avec traitement du biogaz elle permet de limiter les impacts sur la qualité de l’air.
Quant aux déchets ligneux, ils peuvent être brûlés dans des chaufferies collectives et ainsi produire de la chaleur. Celles-ci sont conçues avec des normes strictes pour éviter les émissions de polluants atmosphériques nocifs. La priorité aujourd’hui est plutôt de les utiliser dans des installations de chauffage individuelles (par exemple sous forme de plaquettes de bois). Attention à la qualité, il faut des branches de gros diamètres et pas uniquement du bois d’élagage.
La fédération des Cuma accompagne les projets agricoles (animation financée par l’Ademe et la Région Normandie) et les Cuma départementales sont équipées en déchiqueteuses (Innov’61, Ecovaloris (50), Calvados Innovation et Haienergie et Territoire (76)).
Pour une quantité de déchets verts donnée, on estime à 97 % la proportion d’émissions de polluants évitées en ayant recours aux chaufferies biomasse collectives plutôt qu’au brûlage et à 98 % pour le recours au compostage industriel (Ademe, 2018).

Vous souhaitez plus d’informations sur la valorisation énergétique : anne.wallrich@normandie.chambagri.fr

- L’utilisation pour augmenter les fertilités des sols, le Bois Raméal Fragmenté ou BRF : il s’agit des copeaux obtenus par le broyage des jeunes branches (moins de 7 cm de diamètre). Ces bois raméaux concentrent 75 % de tous les nutriments des arbres (azote, phosphore, potassium, calcium, magnésium). La lignine présente dans ces jeunes branches est  rapidement attaquée au contact du sol. Sa dégradation stimule considérablement la vie du sol et produit de grandes quantités d’humus.

- L’utilisation en litière animale : le bois issu de l’entretien des haies bocagères peut être déchiqueté et utilisé comme litière animale. Cela permet d’une part d’utiliser les ressources présentes sur l’exploitation et d’autre part de gagner en autonomie et de faire face à un coût parfois élevé de la paille. Les plaquettes doivent être stockées afin de sécher avant utilisation pour garantir de bonnes conditions sanitaires aux animaux. Cette technique est à utiliser plutôt dans les bâtiments sur aires paillées car les plaquettes risquent d’endommager les matelas des logettes.
Elles peuvent être utilisées seules ou en association avec de la paille. Cette litière est bien acceptée par les animaux, elle est stable et drainante, n’engendre ni diminution de la production laitière ni problèmes sanitaires. Le fumier de plaquette peut ensuite être épandu directement bien que le compostage soit conseillé. C’est un fumier de bonne qualité riche en azote et en carbone et qui se décompose très vite (environ 7 mois).

Si vous voulez en savoir plus sur l’utilisation de BRF, l’utilisation de plaquettes de bois bocager en litière animale et l’utilisation en chaudière de bois déchiqueté : yann.pivain@normandie.chambagri.fr // bastien.langlois@
normandie.chambagri.fr //lucille.sempe@cuma.fr 

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