Aller au contenu principal

Questionner le travail d’astreinte en élevage laitier

Cette année, quatre groupes lait animés par la Chambre d’agriculture de l’Orne, ont consacré une journée à la thématique du travail. Ces éleveurs souhaitaient avoir des repères pour situer leurs temps de travail par rapport aux autres, prendre du recul sur leurs pratiques et envisager des pistes d’amélioration.

Focaliser sur le travail d’astreinte

La méthode « Bilan travail » de l’Institut de l’élevage permet de mesurer le temps de travail sur une exploitation. Elle prend en compte le temps passé à l’ensemble des tâches réalisées et ceci pour tous les acteurs de l’exploitation (exploitant, conjoints, salariés, bénévoles, CUMA, ETA…). Dans cette évaluation, trois types de travaux sont distingués : le travail d’astreinte, le travail de saison et les autres travaux.

- Le « travail d’astreinte » correspond aux tâches réalisées quotidiennement, peu différables et difficiles à concentrer. Il s’agit des soins journaliers aux animaux, de la traite, de l’alimentation, la surveillance, du paillage, du raclage, des déplacements quotidiens… Ce temps se quantifie en heures par jour.

- Le « travail de saison » correspond aux tâches plutôt organisées sous forme de « chantiers » et plus différables. Il peut s’agir des travaux de cultures, de travaux d’entretien (haies, clôtures…) ou de travaux périodiques consacrés au troupeau (vermifuges, pesées, tri ou manipulation des animaux, parage, vente, curage des aires de logement…). Ce temps se quantifie en jours par an.

- Enfin « les autres travaux » correspondent à tous les autres travaux effectués en dehors de l’astreinte et du travail de saison. Il peut s’agir de l’entretien des bâtiments et du matériel, des tâches administratives, de la formation, du temps libre… Il se quantifie en jours par an. Ces autres travaux sont souvent moins planifiés par les agriculteurs même si ils sont importants. En effet, ils ne sont pas pris en compte de la même manière que les deux premiers car ils sont moins soumis aux contraintes au travail avec le vivant. Ils sont plutôt faits « quand on a le temps », « quand le reste est fait », « les jours de pluie », « le soir »…

Le travail d’astreinte, de par sa nature quotidienne et non différable, est celui sur lequel il est nécessaire de mettre la priorité pour améliorer ses conditions de travail. En effet, d’un point de vue quantitatif, gagner ne serait-ce qu’une demi-heure par jour c’est gagner énormément sur une année (30 mn x 365 jours = 182 heures soit entre 15 et 20 jours). C’est aussi important d’un point de vue qualitatif car le travail d’astreinte pèse par sa répétitivité que ce soit physiquement ou moralement. Par ailleurs, lorsqu’un temps d’astreinte devient supérieur à 5 heures par jour et par UTA (unité de travail annuel = travail d’une personne), l’agriculteur se trouve débordé, n’arrive plus à gérer les imprévus, se stresse… Focaliser sur le travail d’astreinte, c’est donc aussi trouver des solutions pour un meilleur ressenti de son travail.


Quelques repères chiffrés

Afin de comparer leurs temps d’astreintes, une enquête a été complétée par la quarantaine d’éleveurs des groupes lait ornais. Ces données ont été comparées à des références existantes afin de les conforter.Ces mesures de temps de travaux permettent d’avoir des repères et de se situer mais sont à relativiser car elles dépendent des contraintes de l’exploitation et de la personnalité de l’éleveur (perfectionniste, efficient, simplificateur). Les estimations sont aussi biaisées selon le ressenti de la personne : nous avons tous tendance à surestimer les temps passés aux tâches que nous apprécions le moins et à sous évaluer le temps passé à celles qui nous motivent.En moyenne, les éleveurs ornais des groupes lait consacrent 2.8 heures par jour et par UTA aux travaux d’astreinte, mais ce chiffre moyen masque une variété de situations.Le travail d’astreinte peut aussi être estimé en heure par an et par vache laitière. Le graphique 1 permet à chaque élevage de situer sa charge de travail. Il montre aussi certains effets de seuils : le nombre d’heures d’astreintes s’amortit avec un nombre de vaches laitières importants puisque certaines tâches nécessitent la même préparation que ce soit pour 60 ou pour 120 VL.Au niveau des groupes lait ornais, l’effectif moyen est de 80 VL avec un temps de travail d’astreinte proche de 40 heures/an/VL.Au sein du travail d’astreinte, la part des différentes tâches a été estimée (graphique 2).Le paillage, raclage, curage et la traite sont souvent ressenties comme les tâches les plus pénibles par les agriculteurs. Au niveau de la traite, les éléments de pénibilité sont d’avoir à pousser les vaches dans le parc d’attente, de monter - descendre de la fosse de traite, de travailler à une hauteur de quais mal adaptée…

Des pistes de réflexion

Avant de rechercher des solutions, il est nécessaire d’analyser quels sont ses objectifs personnels qui peuvent être variés : avoir plus de temps au quotidien, avoir des week-ends, sécuriser le fonctionnement de l’exploitation, diminuer la pénibilité physique, envisager le départ d’un associé… Dans tous les cas, il est important de prendre du recul en se posant des questions simples mais indispensables : ce que je suis prêt à changer, ce que j’aime et ce que je sais faire, ce que je souhaite maintenir et qu’il n’est pas envisageable de modifier, à quelle échéance j’envisage ces changements, qui est concerné par ces changements, les éléments que je dois prendre en compte (ex : une personne en moins, un problème de santé) …Une fois ces attentes clarifiées, plusieurs solutions peuvent être envisagées pour réduire le temps de travail : la délégation, la simplification, l’automatisation, ou la mise en place de trucs et astuces. Souvent les éleveurs ne font pas le choix d’une seule solution mais plutôt d’un mixte de plusieurs.L’espace « Mieux vivre son métier » sur les sites des Chambres d’agriculture propose des fiches solutions et « trucs et astuces d’éleveurs » sous forme de fiches et de vidéo. Le réseau organisation du travail des Chambres d’agriculture met en lumière des agriculteurs qui ont mis en place des organisations innovantes ou qui se sont équipés pour gagner en efficacité et sérénité. Au travers de leurs témoignages et des recommandations des conseillers, vous découvrirez des solutions adaptées à vos attentes et transposables sur votre exploitation.


Parler du travail

Enfin s’interroger en groupe sur ses pratiques permet d’entendre d’autres personnes confrontées aux mêmes situations et d’imaginer des améliorations.Par ailleurs, parler nous-même de nos façons de faire, expliquer comment et pourquoi nous faisons de telle ou telle manière, nous amène à prendre du recul sur nos habitudes et à trouver des solutions.Lors de ces journées, plusieurs travaux de groupes ont été proposés afin d’engager la discussion. Un premier exercice a permis de retracer sur une exploitation, la circulation des personnes au moment du travail d’astreinte afin de prendre du recul sur les « pas perdus » et l’agencement des bâtiments. Un second exercice a consisté à commenter des vidéos d’agriculteurs en action au moment de la traite et de la distribution.Les membres des groupes lait ont apprécié ces journées qui leur ont permis de questionner leurs habitudes en sortant de leur « train-train » et de réfléchir à de nouvelles idées.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

À quelques jours du match, Florian Lemasson était enthousiaste à l'idée de disputer ce tournoi très attendu. Parmi les 450 adhérents de la Coopérative, ils sont nombreux à l'avoir soutenu.
Florian Lemasson, du champ de lin au stade de foot
Florian Lemasson, responsable cultures et semences à la Coopérative linière du nord de Caen, dans le Calvados, s'est illustré…
Quentin a acheté un tracteur Valtra d'occasion en Eure-et-Loir afin de regagner en indépendance vis-à-vis des tâches à effectuer sur la ferme.
Quand l'entraide et la solidarité relèvent une ferme dans le Calvados
Après cinq ans et demi à travailler en tant qu'animateur radio, Quentin Enée, 28 ans, a mis sa vie entre parenthèses pour…
Les JA des cantons de Flers, Messei, Briouze, Athis et Tinchebray se sont réunis à Saint-Georges-des-Groseillers contre l'accord du Mercosur  signé samedi 17 janvier 2026.
[EN IMAGES] Dans l'Orne, les JA unis contre l'accord UE-Mercosur
Les JA des cantons de Flers, Messei, Briouze, Athis et Tinchebray dans l'Orne, se sont mobilisés à Saint-Georges-des-Groseillers…
Pour la première fois, la coopérative Les Maîtres laitiers du Cotentin, présidée par Valérie Blandin, sera présente au Salon de l'Agriculture à Paris afin d'afficher "un modèle unique et vertueux".
"On a décidé de s'appeler Les Maîtres laitiers"
Le Groupe Les Maîtres laitiers du Cotentin a décidé de lever le voile sur une nouvelle identité, un nouveau logo, une nouvelle…
La foule agricole est nombreuse, mardi 20 janvier, à Strasbourg (Alsace). Près de 1 000 tracteurs et environ 4 000 manifestants sont là.
[EN IMAGES] Manifestation à Strasbourg : "Il n'est pas question de renoncer"
Après Bruxelles, le Pont de Normandie, l'Assemblée nationale et bien d'autres lieux de France, les agriculteurs manifestent à…
Foire de Caen, de Lisieux, Boeuf en fête à Maltot ou Saint-Pierre-en-Auge, tout y passait. Guy Flambard a transmis cet amour des concours à tous les agriculteurs qu'il a croisés.
Guy Flambard, passionné de Charolaises, s'en est allé
Certains hommes marquent les consciences durablement. Guy Flambard fait partie de ceux-là. Alors que l'éleveur a tiré sa…
Publicité