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Jean Turmel
A quoi sert le comité des sages ?

Les producteurs livrant à Sodiaal se sont vus prélever quelques euros sur leur paie de lait du mois d’avril. La réaction de Jean Turmel, président de la section lait de la FRSEA de Basse-Normandie.

Les producteurs livrant à Sodiaal se sont vus prélever quelques euros sur leur paie de lait du mois d’avril. Une contribution financière, validée par un comité des sages, visant à aider à la restructuration laitière du groupe. Mais Lactalis, son grand concurrent, ne l’entend pas ainsi. "Sans l’autorisation du Cniel (Interprofession laitière), cette initiative s’apparente à une distorsion de concurrence", affirme Luc Morelon, porte-parole de Lactalis. Le groupe laitier de Laval annonce donc vouloir opérer un prélèvement sur la paie de lait de ses producteurs pour le mois de mai. Le montant pourrait être de l’ordre de 2,36 euros par 1 000 litres, fait-on savoir chez l’industriel. L’entreprise, qui compte environ 19 000 éleveurs fournisseurs, veut répondre ainsi à Sodiaal en finançant les coûts de la bataille du lait de consommation. Ce débat, qui pourrait s’aviver durant le mois de juin, risque d’être une épreuve pour l’accord du 26 janvier concernant le prix du lait. Certains s’interrogent sur sa pérennité qui dépend avant tout du consensus chez les transformateurs de lait. La réaction de Jean Turmel, président de la section lait de la FRSEA de Basse-Normandie. Comment est né ce comité des sages ? Il fait partie de l’accord du 26 janvier dernier. C’était une demande importante de la coopération avec, en toile de fond, la réorganisation et la restructuration de groupes laitiers en faisant appel à une contribution des producteurs à travers la paie de lait. Tout le monde a signé cet accord, Lactalis compris, en toute connaissance de cause. Pour preuve Lactalis, dans son bulletin destiné à ses producteurs, le reconnaît. Problème la FNIL n’est plus d’accord ? Lactalis ne veut pas que l’avantage accordé à Sodiaal soit un avantage concurrentiel. Mais ça se complique quand on regarde les dessous. Derrière, il y a la reprise de Yoplait que convoite le groupe lavalois d’une part. D’autre part, il y a la problématique GIE du Chêne, GIE d’Athis, La Blanche Hermine sur lesquels nous avions bien avancé. Lactalis était d’ailleurs prêt à reprendre une partie de la collecte. Ça risque de peser aussi dans la balance. L’accord du 26 janvier risque donc de capoter ? Tout le monde l’a signé, il doit donc être respecté. Sinon, ce n’est pas correct. Cependant, il faut reconnaître que Sodiaal, au travers d’une de ses filiales, n’a pas attendu la décision du comité des sages, pour commencer les prélèvements. Ce n’est pas normal non plus. Mais dans l’immédiat et pour sortir de l’ornière, pourquoi Sodiaal ne remettrait-elle pas ces 2,36 euros en capital social ? Quid de l’avenir de ce comité des sages ? Je ne vois pas à quoi il sert et à quoi il pourra servir. S’il n’a que des sujets faciles à traiter, ils peuvent être traités en interprofession. Et dans les prochains jours ? Il va falloir rebattre les cartes et entamer, peut-être, une nouvelle épreuve de force. De toute façon, nous ne pouvons pas laisser les choses en l’état. C’est ce que nous allons faire remonter au niveau national en espérant des conclusions nationales. Dans le cas contraire, nous aurions une approche plus régionale. L’été risque d’être chaud ? Les producteurs s’habituent aux étés chauds mais certainement pas à la baisse du prix du lait. PROPOS RECUEILLIS PAR Th. GuillemotUn effet direct de la réforme de l’OCM lait L’intense bagarre que se livrent les industriels sur le marché du lait de consommation est en fait la conséquence directe de la réforme de l’organisation du marché européen du lait. En réduisant l’intervention sur les produits industriels (beurre, poudre, lactosérum), en diminuant l’efficacité des subventions à l’exportation, Bruxelles a poussé les industriels à rechercher des valorisations plus intéressantes dans les produits de grande consommation. Ils ont surtout cherché cette valorisation dans le lait de consommation. Mais la bagarre commerciale fut telle que le prix de vente aux consommateurs a stagné en moyenne depuis 2000 et même a régressé pour les marques de distributeurs et premiers prix. L’espoir d’une meilleure marge s’est donc envolé, le lait de consommation devenant la principale source de pertes pour bon nombre de transformateurs.
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