Arnaud Rousseau, président de la FNSEA,
"Regarder la situation agricole française avec lucidité"
Les 31 mars, 1er et 2 avril, la FNSEA organise son 80e congrès. Son président, Arnaud Rousseau livre son regard sur les huit décennies et les enjeux de demain.
Quels sont les acquis syndicaux marquants de ces 80 années ?
Impossible de résumer 80 ans de syndicalisme agricole en quelques lignes mais j'ai à l'esprit une illustration frappante du poids de notre organisation. En 2021, juste après la sortie de la crise COVID qui a pointé les dangereuses dépendances de notre agriculture, un rapport du Haut Commissariat indiquait clairement le rôle du syndicalisme agricole et le travail de seulement deux générations d'agriculteurs pour installer l'agriculture française comme première puissance agricole européenne, puissance exportatrice de rang mondial et contributrice aux équilibres alimentaires internationaux. Cela veut clairement dire que la FNSEA, grâce à son réseau et sa structuration, a joué un rôle déterminant dans la modernisation des exploitations mais aussi sur les aspects économiques de revenus et de fiscalité, ainsi que sur les questions sociales pour la viabilité des exploitations et la vivabilité de nos métiers. En agissant de manière constructive et responsable, nous avons consolidé étape par étape notre rôle d'interlocuteur crédible auprès des Pouvoirs Publics. C'est un acquis capital pour affronter les défis des prochaines décennies, à un moment où l'agriculture française atteint un point de bascule important dans son développement.
Organiser le 80e congrès dans un territoire marqué par le 80e anniversaire du Débarquement, quel sens pour vous ? `
Tenir le 80ème Congrès de la FNSEA à quelques encablures des plages du Débarquement, à un moment où nous vivons une reconfiguration majeure des équilibres géopolitiques mondiaux et au moment où les agriculteurs français et européens exigent un changement de logiciel politique pour retrouver leur capacité à produire est hautement symbolique. Certes c'est une coïncidence, mais, cette proximité nous oblige, d'une part, à regarder la situation agricole française avec lucidité. Entre recul de la production, augmentation de nos dépendances, baisse de nos marges, revenus qui demeurent insuffisants, stagnation de l'innovation… L'agriculture française vit un inquiétant déclin. Un déclin inacceptable qui nous oblige, d'autre part, à nous réunir, et à activer tous les maillons de notre réseau et de notre influence pour en stopper radicalement cette spirale dangereuse. C'est exactement cela que nous allons faire durant le Congrès de Caen : développer notre organisation, structurer notre réflexion pour toujours plus d'efficacité et préparer l'avenir, à commencer par l'échéance de l'élection présidentielle de 2027 avec notre Rapport d'Orientation.
Quels sont les enjeux et les défis pour les 10 prochaines années, comment voyez-vous l'évolution de l'agriculture sur le territoire français ?
Face aux impasses actuelles, qu'elles soient politiques, économiques ou parfois aussi idéologiques, et alors que nous sommes au seuil d'un renouvellement des générations de grande ampleur, l'ambition de la FNSEA est claire : nous voulons replacer l'acte de production au cœur du projet de la France et de l'Europe. Nous voulons construire une agriculture productive, durable, souveraine, fondée sur la liberté d'entreprendre, la juste rémunération, l'innovation, et la reconnaissance du travail des agricultrices et des agriculteurs. Ensemble / Collectivement, nous devons infléchir la tendance inquiétante du moment en affirmant que produire est un impératif stratégique, économique, climatique et démocratique.
La dimension européenne aura-t-elle son importance dans le quotidien des agriculteurs ?
Il est tout à fait clair qu'avant le rendez-vous avec l'élection présidentielle française, nous continuons à nous mobiliser pour faire changer le cap des décisions européennes qui sont actuellement sur la table. Du Mercosur au budget agricole européen, l'Union européenne ne nous montre que des signes de naïveté et semble refuser de voir que le monde change. Ma détermination est totale : il faut que les approches décroissantes cessent, et que l'acte de production revienne au cœur du projet politique européen.