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Fabrice Heudier, président d’Interveaux
Remettre de l’ordre dans la maison veaux de boucherie

Alors que la FNB (Fédération Nationale Bovine) s’est positionnée en faveur du découplage total de la prime à l’abattage du veau de boucherie dès 2010 et sans attendre 2012, les entreprises d’intégration et les abatteurs font pression sur les éleveurs de veaux pour signer une pétition à l’encontre de cette position. Actuellement beaucoup d’entreprises récupèrent par un biais ou par un autre une partie de la prime à l’abattage qui est versée aux éleveurs.

Avec le découplage, les entreprises ne pourront pas faire investir un éleveur qui n’aura pas de prime. Ça va nous permettre de remettre de l’ordre . Ce n’est pas aux entreprises de faire la politique de la prime à l’abattage. C’est à l’éleveur point, à la ligne.
Avec le découplage, les entreprises ne pourront pas faire investir un éleveur qui n’aura pas de prime. Ça va nous permettre de remettre de l’ordre . Ce n’est pas aux entreprises de faire la politique de la prime à l’abattage. C’est à l’éleveur point, à la ligne.
© TG

Comment se porte le secteur veaux de boucherie ?
Cela fait 3 ans qu’il est en crise. La première année, suite à l’augmentation fulgurante des prix de revient de la matière première (poudre de lait, lactosérum). Nous avons eu mille misères à répercuter cette augmentation. Aujourd’hui, nous devons faire face à la baisse de la consommation qui est de l’ordre de 8 à 9 %. Cela est du à un climat morose et à la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

Quels sont les dégâts collatéraux ?
Les entreprises d’intégration larguent les éleveurs les uns après les autres selon leur bon vouloir. Ça a commencé par Bongrain qui a poussé il y a 4/5 ans des éleveurs à investir et qui leur dit aujourd’hui : “MM, on n’a plus besoin de vous”.
Malgré une indemnisation partielle, les éleveurs sont dans une impasse.
Citons aussi Tendriade, Groupe Lactalis, qui a pris la décision d’abandonner 10 000 places. Là encore des éleveurs ont été sollicités en 2003 pour investir. Aujourd’hui, il leur reste les annuités d’emprunts mais plus de veaux dans l’étable. 

Quelle est, dans ces conditions, la position de la FNB ?
Il faut créer un déclic pour remettre de l’ordre dans la maison. A savoir le découplage de la prime à l’abattage. Pourquoi ? Quand cette prime a été mise en place dans le veau, on avait eu un consensus pour une clé de répartition : partie éleveur/partie intégrateur. Désormais, il n’y a plus d’accord national et les entreprises continuent à bidouiller des trucs et des machins qui ne ressemblent à rien.
Nous sommes dans une situation où les éleveurs de veaux sont usés, fatigués et financièrement à bout. Le découplage permettrait aux éleveurs d’avoir un revenu minimum à travers le DPU. 

Pendant ce temps sur le terrain, certains jouent l’intox ?
Face à cette situation, les entreprises d’intégration (Denkavit, Tendriade...) font signer une pétition aux éleveurs demandant le recouplage de la prime à l’abattage. Nous sommes ainsi dans un bras de fer. J’ai un bureau d’Interveaux le 28 octobre prochain. J’ai appris que les entreprises ne voulaient pas venir.

En chiffres, ça donne quoi ?
Aujourd’hui, les veaux gras sont vendus 4,50 e. Il y a 6 mois, ils étaient à 3,50/4 e. Face à cela, nous avons 80 e de charges avant de gagner le premier centime. Cette situation est complètement anormale. Il doit se passer quelque chose. Avec le découplage, les entreprises ne pourront pas faire investir un éleveur qui n’aura pas de prime. Ça va nous permettre de remettre de l’ordre . Ce n’est pas aux entreprises de faire la politique de la prime à l’abattage. C’est à l’éleveur point, à la ligne.

C’est inquiétant aussi pour les producteurs de lait ?
Les veaux de 8 jours ne valent rien. Les producteurs de lait paient donc aussi l’addition. Au final, avec des veaux pas chers et une poudre de lait qui n’a jamais été aussi peu chère, les producteurs de veaux gras ne sont pas certains de gagner de l’argent en mars ou avril. Pendant ce temps, la grande distribution pressure tout le monde et empoche la mise. Trop c’est trop!

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