Aller au contenu principal

Raconte moi ton algérie
René Gohard : “on n’y allait pas de bon cœur”

Plus de 1,3 million d’appelés ou rappelés du contingent ont passé de 6 à 36 mois en Algérie entre 1956 et 1962. Parmi eux, de nombreux agriculteurs (ou futurs agriculteurs). René Gohard, agriculteur retraité à Montanel (50), se souvient.

"On n’y allait pas de bon cœur. On laissait la copine et la famille. On partait pour 30 mois avec beaucoup d’interrogations”. René Gohard, aîné d’une fratrie de paysans de 6 enfants, a 20 ans et 2 mois lorsque, le 14 juillet 1961 au soir, il embarque à Marseille. Direction l’Algérie. “Les politiques disaient ce qu’ils voulaient. Pour nous, c’était la guerre”. Après le retour en France des premiers appelés qui ont fait leur temps Outre-Méditerranée, plus personne n’est dupe. Surtout pas cette génération de fils d’agriculteurs. Ils ont tous dans leur village un copain qui en revient. Un copain qui témoigne. La mission de “pacification” est bien devenue un conflit armé avec son lot quotidien de morts et de blessés.

Une armée minée
Lors de ses classes dans le Jura, René a passé tous ses permis. Arrivé à Borj Menaïl, PC de son régiment qui regroupe 3 bataillons, il est nommé chauffeur. Au sein de la 13e compagnie basée à Aïm-El-Amra, il s’installe au volant d’un nouveau camion. Un Dogde préféré au GMC “qui bouffait énormément d’essence”.
Sa mission : assurer les liaisons quotidiennes (approvisionnement de nourriture, d’eau, de courrier...) entre le PC et les différents postes. Le poste ? Une trentaine de militaires avec Jeeps, GMC et Half-track, chargés de la sécurité d’un village reculé.
René n’a pas eu le temps de se poser. Lors de son premier tour de garde, un appelé se fait la belle avec son arme. L’Algérie est alors encore française. Le déserteur est militaire français d’origine maghrébine. “L’armée française en était minée. J’ai eu dans ma piaule un Sergent arabe qui est devenu Lieutenant dans l’armée algérienne. Quand ça accrochait, on savait bien qu’ils tiraient en l’air (...). On leur faisait monter le drapeau tricolore le matin mais on ne savait pas ce qu’ils faisaient la nuit (...). Il fallait toujours se méfier, ouvrir l’œil en permanence. C’était moralement très difficile...”. Quelques jours plus tard, ce sont deux déserteurs qui livrent poste et armes au FLN(1).
René se défend cependant de tous propos racistes. “Si j’avais été à leur place, j’aurais sans doute fait la même chose”. Deuxième jour, René part à la tombée de la nuit en patrouille. 3 heures à cheminer le long de lacets sinueux. “Ça a accroché avec les fellaghas, à la fin, mais sans dommage”.

Mourir pour 8 francs
René va passer 15 mois en Algérie pour une solde de 8 francs (1,22 e) la quinzaine. Il aura droit à une permission et prendra pour la première fois l’avion : une Caravelle. Il n’aura finalement pas combattu au sens propre du terme mais il a eu peur tous les jours.
Puis viennent les accords d’Evian, le 18 mars 1962. Ils mettent fin à 7 ans et 5 mois de guerre. “On n’avait plus le droit de mener d’opérations mais il fallait quand même se protéger. On a quitté toute la zone en 2 jours et on s’est regroupé dans une ferme (Ben-Bata). On est parti début octobre en laissant les harkis se débrouiller avec les fellaghas”. L’Algérie n’en a pas fini de compter ses morts. “Sur le bateau, on avait le sourire jusque derrière les oreilles”. René Gohard mettra 3 jours pour rejoindre sa nouvelle affectation. Quimper et une caserne désaffectée depuis la fin de la seconde guerre. Il y finira ses obligations militaires. Que reste-t-il 50 ans plus tard ? “De rudes souvenirs mais l’Algérie, c’était un beau pays”, lâche-t-il.
Th. Guillemot

(1) : Créé en novembre 1954 pour obtenir de la France l’indépendance de l’Algérie, le Front de Libération Nationale s’appuie sur sa branche armée l’ALN (Armée de Libération Nationale). Le FLN crée en 1958 un gouvernement provisoire puis prend le pouvoir exclusif après les accords d’Evian.


Appel à témoins
Si vous souhaitez témoigner,
n’hésitez pas à contacter
par téléphone le 06 86 28 56 96
ou par mail t.guillemot@reussir.fr

50 ans plus tard
“Il fallait y aller, on n’avait pas le choix”. Mais René, l’appelé, n’a pas l’impression que cela ait servi à grand chose. Il en va autrement de la hiérarchie militaire. Le Général Chavannes, qui était alors son Capitaine, lui a écrit il y a peu. “Un demi-siècle plus tard, il me semble que nous avons fait là-bas du bon travail en chassant sans relâche les fellaghas et en protégeant les villages qui nous étaient confiés”.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Un "concours du plus beau tracteur" aura lieu cette année encore. L'occasion de remettre le titre en jeu. "Cela fait participer le public", indique Romain Maroquesne. 
[EN IMAGES] Parades de Noël dans le Calvados : quel jeune agriculteur aura le plus beau tracteur ?
Les Jeunes agriculteurs du canton d'Évrecy, dans le Calvados, se préparent avec enthousiasme aux parades de tracteurs de Noël. Un…
"Nous demandons aux autorités compétentes de renoncer à tout projet de prise en charge de cadavres infectés par la DNC sur le site de Saint-Langis-lès-Mortagne".
Des animaux euthanasiés pour cause de DNC traités par Atemax dans l'Orne ?
Le 19 décembre 2025, un communiqué de presse demandant de ne pas accepter le traitement des cadavres infectés par la DNC sur le…
Lison étant en proximité de la Manche, 20 communes sont ainsi placées sous surveillance suite à la découverte d'un cas d'influenza aviaire.
Grippe aviaire : un cas dans le Calvados, 20 communes de la Manche sous surveillance
Suite à la découverte d'un cas d'influenza aviaire hautement pathogène (grippe aviaire) dans un élevage de volailles à Lison (…
Cédric Dréano est JA à Messei. Il était accompagné de ses enfants (Louane, 9 ans ; Judith, 7 ans ; et Noé, 3 ans) à l'occasion des parades de Noël à Flers.
[EN IMAGES] La parade des tracteurs a illuminé le centre-ville de Flers
Vendredi 19 décembre 2025, les JA des cantons à proximité de Flers, ont participé à la parade des tracteurs de cette ville.
À Domjean, l'agriculteur a pu remettre sur route les automobilistes.
[EN IMAGES] Les agriculteurs prêtent main-forte aux laitiers et automobilistes
Le 5 janvier, la neige a semé la pagaille dans la Manche. Elle a rendu les routes parfois impraticables dans la Manche. Les…
La Région a rendu visite à la Brasserie L'Imprévu de Lisieux.
La Brasserie L'Imprévu prévoit des rénovations
La Brasserie L'Imprévu située à Lisieux dans le Calvados en Normandie a bénéficié de l'aide de la Région pour la rénovation de l'…
Publicité