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Agri bio
Repères sur les médecines “alternatives” pour les bovins

Les éleveurs bio ont été pionniers dans l’utilisation des “médecines douces” en usage vétérinaire. Or ces thérapies intéressent de plus en plus l’ensemble des éleveurs qui cherchent à diminuer le recours aux thérapies classiques coûteuses qui nécessitent des délais d’attente à cause des résidus de matière active dans le produit fini.

En effet, le cahier des charges de l’agriculture biologique repose sur le principe du respect des équilibres naturels. L’éleveur doit donc d’abord mettre en place des méthodes préventives pour maintenir son élevage en bonne santé. Le respect du bien-être animal impose bien sûr à l’éleveur de soigner son troupeau en cas de maladie, le recours aux médecines alternatives est alors prioritaire sur les thérapies classiques. Concrètement, le nombre de traitements “allopathiques” était limité à 2 par an et par animal jusqu’à fin 2008, ce qui a poussé les éleveurs bio à développer des stratégies pour limiter l’utilisation d’antibiotiques et de vermifuges et garder une marge de sécurité en cas de besoin avéré. La prévention occupe une place prépondérante dans cette stratégie en veillant par exemple aux conditions sanitaires dans les bâtiments et en gérant le parasitisme dès le pâturage. Viennent ensuite les médecines alternatives. Par médecines alternatives, nous entendrons ici l’homéopathie, et celles qui se basent sur les extraits de plantes (phytothérapie, aromathérapie). Ces médecines le plus souvent utilisées chez les humains le sont aussi sur les animaux. Voici quelques explications.

Comprendre l’homéopathie
Cette médecine controversée connaît un succès grandissant dans la pharmacopée familiale. Ce sont les fameux granules, mais la présentation existe aussi sous forme de globules, de poudre ou de liquide, accompagnés de noms latins (Apis, Arnica…) et de degrés de dilution (ex : 5 CH, 15 CH).
Le principal artisan en fut Hahnemann, un médecin allemand du début du XIXe siècle, qui se basa sur l’observation précise des symptômes et des manifestations toxiques des médicaments.
Le premier principe qui fonde l’homéopathie est celui de la similitude. Il considère qu’une substance qui va déclencher un ensemble de symptômes à un individu sain, est capable de guérir un individu malade atteint de ces mêmes symptômes. Les substances utilisées proviennent des règnes animaux, végétaux ou minéraux.
Par exemple, une piqûre d’abeille provoque une inflammation, ainsi le remède homéopathique Apis à base d’abeille entière est utilisé pour faire disparaître les symptômes de démangeaison ou d’œdème. La noix vomique (en latin : Nux vomica) est connue pour faire vomir, le médicament homéopathique qui en est tiré soulage l'indigestion.
Le second principe est celui de l’infinitésimalité. Il repose sur la dilution successive de la substance : 1 goutte d’extrait dans 99 gouttes d’alcool à 60° correspond à 1CH, 1 goutte de 1 CH dans 99 gouttes d’alcool = 2 CH… Entre chaque dilution, le mélange est “dynamisé”, cela consiste à agiter le mélange obtenu c’est cette étape importante qui confère les propriétés de l’homéopathie. Cette médecine perturbe les esprits cartésiens car à partir de 24 dilutions il ne peut rester de trace physique de la substance d’origine. Mais le principe de l’homéopathie est plus de transmettre une information qu’une matière active en tant que telle, c’est pourquoi, il n’y a pas de posologie.

Comment employer l’homéopathie sur des bovins ?
La présentation la plus courante des remèdes homéopathiques se fait sous forme de granules, à se procurer en pharmacie, et à glisser dans la gueule de l’animal, 3 à 5 granules par prise. Pour traiter l’ensemble du troupeau, il est possible, comme il n’y a pas de posologie, de diluer les granules dans de l’eau, de dynamiser et de pulvériser la solution sur les mufles. C’est une méthode couramment utilisée par les éleveurs pour des raisons pratiques.
Cette médecine se veut centrée sur l’individu et ses symptômes plus que sur le germe ou la cause de l’infection. Cela signifie que la médication est personnalisée et que 2 individus présentant des symptômes similaires peuvent ne pas recevoir le même remède.
Exemple de démarche de recherche du remède, cas d’une pneumonie chez un jeune veau : “déjà avant qu’il ne soit malade, on reconnaissait facilement ce veau parmi les autres : toujours en retrait, plus maigre et plus nerveux, le poil piqué. Il respire mal mais cela s’améliore quand il est couché. Sa température est élevée, avec une inflammation du poumon. Le remède le plus adapté à tous ces éléments extériorisés est Psorinum 5CH”.
Malgré tout, il existe aussi une manière d’utiliser l’homéopathie en “recette”, sans personnalisation du remède. Par exemple, dans les élevages, on retrouve quelques produits commerciaux homéopathiques, liquides à injecter comme Mammicurine (contre les mammites), Orotar (tarissement), ou liquides buvables comme Wombyl (non délivrance).

Quelques exemples de recettes
En cas de traumatisme physique : Arnica montana (= Arnica des montagnes) 5 CH + Bellis perennis (= pâquerette) 5 CH, 3 fois/jour.
En cas d’abcès, d’inflammation du nombril : à leur apparition, Pyrogenium 5 CH 4 fois/j ; en phase de suppuration, Hepar sulfur 9 CH 2 fois/j.
Contre les mammites, après avoir vérifié les conditions de traite (le trayeur, la machine et l’environnement), existent sur le marché d’autres formules plus ou moins complexes dénommées Dolisovet, PVB mammites, Udderyl…

Phytothérapie et aromathérapie
Ce sont 2 médecines qui se basent sur les plantes. Gros intérêt : comme pour l’homéopathie les délais d’attente sont nuls. On considère que 60 % des molécules utilisées en allopathie (médecine qui utilise “le principe des contraires”, à l’inverse de l’homéopathie qui utilise “le principe des similitudes”) sont issues du règne végétal. Les noms des remèdes sont exprimés en latin.
La phytothérapie utilise la plante entière ou une partie de plante (feuilles, fleurs, graines…) soit en poudre soit en macération ou en infusion. Les principes actifs de la phytothérapie sont nombreux car la plante contient des centaines de molécules différentes (éléments minéraux, molécules organiques ), il n’y a pas de purification des molécules recherchées comme dans les médicaments de synthèse. Des plantes de l’exploitation peuvent servir à fabriquer des remèdes (infusions, décoction, etc.). Pour une vache, la posologie journalière est de faire infuser 150 à 250 g plantes sèches dans environ 3 l d’eau.
En aromathérapie, le matériel végétal est distillé pour récupérer des huiles essentielles (HE). Ce sont donc des produits de composition complexe, renfermant des principes volatils contenus dans les végétaux et très concentrés en principes actifs. Elles sont par conséquent à manipuler avec précaution car elles passent la barrière cutanée et peuvent exprimer une toxicité. Sauf exception, on n’utilise jamais les huiles essentielles pures mais diluées dans un corps gras et on évite l’administration par voie orale et intramammaire. C’est une médication d’intervention très efficace dont les résultats sont équivalents aux antibiotiques actuellement. Pour une vache, la posologie maximale est de 5 grammes par jour (40 gouttes/grammes). La voie transcutanée est à privilégier de part sa rapidité d’action et sa simplicité. Attention à leur utilisation car certaines huiles peuvent être agressives pour la peau ou les muqueuses, il est donc important de les diluer dans de l’huile végétale.
Bien que le champ d’action des huiles essentielles soit large, leur principale propriété reconnue est leur action antimicrobienne. Les HE de thyms et de lavandes illustrent ce rôle d’antiseptiques généraux. Un exemple de traitement de mammite consiste en un mélange de ravensara aromatica + mentha piperita + eucalyptus citriodora à appliquer diluée sur les quartiers atteints…
Pour ceux qui voudront aller plus loin dans l’utilisation de ces thérapies alternatives, participer à une formation ou faire intervenir un vétérinaire spécialisé facilitera la tâche.

Pour utiliser peu de substances actives sur les animaux, c’est d’abord prévenir
Pour utiliser peu de médicaments, il faut bien sûr que l’animal soit en bonne santé, car il aura de bonnes défenses immunitaires. Cette bonne santé dépendra d’une alimentation suffisante et équilibrée, et de conditions d’élevage favorables (logement sain, accès à la lumière, …).
Les infections mammaires participent le plus à la consommation de médicaments en élevage laitier. Prévenir les mammites, c’est empêcher l’entrée de nouveaux germes dans la mamelle. Pour cela, les mains du trayeur doivent évidemment avoir été lavées, elles sont souvent contaminées par des staphylocoques responsables des mammites. La machine à traire doit être contrôlée pour ne pas abîmer les trayons et pour éviter que le lait d’une vache contaminée ne refoule dans les tuyaux vers une vache saine. Le nettoyage de la mamelle après la traite sera un acte d’hygiène majeur pour empêcher la pénétration de germes par le sphincter encore ouvert, tout comme l’empêchement de se coucher sur une litière juste après la traite. La détection des vaches infectées sera primordiale pour les guérir au plus vite et assainir  ce réservoir de contamination. Les vaches qui sont connues infectées seront préférentiellement traites en dernier pour que la griffe “souillée” ne contamine pas la vache suivante.
Autre exemple, prévenir les infestations par les strongles digestifs, ce sera autoriser un contact avec le parasite pour développer l’immunité naturelle du bovin, tout en limitant l’infestation dans les prairies offertes aux jeunes veaux. L’organisation du pâturage revêt alors une importance particulière. Pour les veaux allaitants, la prévention sera optimale quand pour des naissances à l’automne, le sevrage peut se faire en juin avec une mise à l’herbe sur des regains de prairies fauchées au printemps. Le sevrage est une période de sensibilité de l’animal et dans cet exemple, ils accèderont à des prairies où la population de strongle est devenue réduite et tolérable par le bovin.
Le maintien d’une complémentation alimentaire (foin et éventuellement céréales) sur ces jeunes animaux maintient une croissance et de meilleures défenses immunitaires.

Avertissement
Cet article n'a pas pour objet de se substituer au diagnostic d'un vétérinaire. Cet article se veut simplement faire la lumière sur ces thérapies non conventionnelles, sujets encore controversés. Les exemples cités sont à employer sous la responsabilité de l’éleveur. Nous recommandons aux éleveurs qui veulent utiliser ces médecines de se faire accompagner par un vétérinaire praticien.

Pour aller plus loin
Formations sur les médecines alternatives proposées par les groupements d’agriculture biologique de Basse-Normandie avec l’intervention de vétérinaires expérimentés.

Acquérir les bases de la phytothérapie et de l'aromathérapie
En élevage laitier :
Orne : lundis 11 janvier et 8 février 2010.
Nord Manche : jeudis 14 janvier et 11 février 2010.
Sud Manche : mercredis 13 janvier et 10 février 2010.

En élevage allaitant :
Calvados : mardis 12 janvier et 9 février 2010.

Approfondir ses compétences d’éleveur en phyto-aromathérapie
Calvados : mardis 2 et 30 mars 2010.
Orne : mercredis 3 et 31 mars 2010.

Initiation à l’homéopathie : printemps 2010 dans le Calvados.

Renseignements : Claire Boudeau-Blanchard - GRAB Basse-Normandie. Tél : 02 31 47 22 85.
www.bio-normandie.org rubrique “professionnels”

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