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Colloque CRAN
Répondre à la demande alimentaire et énergétique de demain

“Quels paysans pour le monde de demain ?” Question posée à l’occasion d’un colloque organisé par la CRAN qui fêtait, vendredi dernier, son quarantième anniversaire. Réponse : des paysans qui produisent aliments et énergie.

Laurent Beauvais, président de la Région Basse-Normandie, a évoqué le conflit entre l’individuel et le collectif avant d’indiquer “que les questions liées à l’environnement sont bien réelles. Il ne faut pas les diaboliser.”
Laurent Beauvais, président de la Région Basse-Normandie, a évoqué le conflit entre l’individuel et le collectif avant d’indiquer “que les questions liées à l’environnement sont bien réelles. Il ne faut pas les diaboliser.”
© TG
"Le monde a faim et une personne qui a faim n’a qu’un seul problème. Notre devoir est donc de tout mettre en œuvre pour se mettre en capacité de répondre à la demande alimentaire et énergétique mondiale de demain,” a conclu Xavier Beulin. Invité aux côtés de Marion Guillou (présidente de l’INRA) et de Henri Nallet (ancien ministre de l’Agriculture) à répondre à la question suivante : “Quels paysans pour le monde de demain ?”, le président de la FNSEA veut refaire de l’agriculture “un pôle d’excellence pour y mettre des moyens de développement” tout en acceptant “d’être évalué sur des indicateurs fiables et équitables”. Mais que s’est-il passé, 40 ans après le décret portant sur les fonts baptismaux la CRAN, pour qu’il faille réouvrir le dossier du développement agricole? “On est passé de la première à la troisième place sur le podium agricole européen. Ça me fait mal aux tripes”, lache Xavier Beulin.

La démission du politique
Début de réponse d’Henri Nallet : “que les élus politiques assument leur responsabilité et rappellent le rôle de l’agriculture. On a été sevrés de discours politiques sur ce que vous avez apporté à la société. Aujourd’hui, je considère que les procès entretenus à votre égard constituent une profonde injustice”. C’est un ancien ministre de l’agriculture socialiste qui parle. L’occasion pour Pascal Férey de saisir la balle au bond. “Le chercheur n’a plus le droit de chercher. La rue conteste la recherche. Le politique n’ose plus décider”, constate le président de la FRSEA de Basse-Normandie. “Quand je vois un président de collectivité territoriale interdire la culture d’OGM sur son territoire, je ne suis pas d’accord”, a enchaîné Henri Nallet. 
Une réalité vécue de l’intérieur par Marion Guillou. “Sur les OGM, on essaye de rester compétent mais ce n’est pas facile. Il peut y avoir de l’innovation nécessaire. Se fermer une voie technique alors qu’il y a beaucoup d’incertitudes, ce n’est pas sérieux”, insiste la patronne de l’INRA.  Au-delà, il y a le dossier semences “avec une campagne de désinformation. Que veulent certains ? Que demain, on n’ait plus comme seuls fournisseurs que quelques américains et un chinois ?” Sur le dossier agrocarburants : “nous ne sommes quand même pas tombés dans l’hérésie en Europe en termes de surfaces consacrées. De plus, en produisant des agrocarburants, on fabrique aussi de l’alimentation pour les animaux”. Même la viande rouge est attaquée. “Les ruminants carnivores sont des ennemis à l’échelle planétaire mais pas du tout au niveau hexagonal grâce à nos herbages”, avait expliqué le matin même Michel Griffon, président de l’AEI, association internationale pour une Agriculture Ecologiquement Intensive.

3 millions d’emplois
L’agriculture en France, c’est 3 millions d’emplois qui ne sont pas délocalisables mais qu’on peut perdre en partie. “Il nous manque la fierté de ce qui a été fait et de ce qui pourrait être fait. L’agriculture restera pour longtemps encore une grande richesse nationale”, pronostique pourtant Henri Nallet.  “Il y a des atouts qui vont rester : le foncier, l’espace (...)” et sans doute la recherche espère Marion Guillou. Acquiescement de Guy Vasseur. “Il y a des défis à relever pour lesquels il faut fournir de gros efforts sur la recherche”. Et pour le président de l’APCA, les Chambres d’Agriculture ont un grand rôle à jouer. Elles doivent mutualiser leurs moyens tout en conservant la proximité, vis-à-vis des agriculteurs mais aussi des collectivités. Une proximité qui n’a de sens que si elle dispose des compétences. “La Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie montre l’exemple à l’ensemble de notre territoire”, s’est félicité Guy  Vasseur. Alors bon anniversaire la CRAN et bons vents.
L’agriculture a toujours été en mouvement
De Jacques Le Roy Ladurie (père fondateur de la Chambre Régionale d’Agriculture) à Daniel Génissel (son actuel président), le 40ème anniversaire de la CRAN a été l’occasion, avant de se projeter dans l’avenir, de donner un coup d’œil dans le rétroviseur. Armand Frémont, auteur de “Paysans de Normandie”, était au tableau noir pour une leçon d’histoire-géographie. “Nous avons l’impression d’être dans une période de bouleversements sans précédent. Et bien non, il y a des précédents. L’agriculture a toujours été en mouvement.” Comme en Pays de Caux, par exemple, pionnier de l’agriculture intensive en renonçant à la jachère. Il a évoqué l’herbe “naturelle dans quelques endroits seulement de la Normandie”. Le développement de ses surfaces ne l’est pas. Il s’explique par l’exode rural et les difficultés à trouver une main-d’œuvre. La famille s’est également trouvée bouleversée. “De grande avec des serviteurs au début du siècle dernier, on est passé au couple équivalent 1,5 UTH en quelques décennies”. C’est même en deçà aujourd’hui. “L’agriculteur vit dans une société rurale où il est minoritaire”. De moins en moins de maires/agriculteurs... Un autre défi à relever.
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