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Lin
Retrouver en 2010 la sole pour maîtriser les coûts de teillage

Répondant aux consignes interprofessionnelles, les liniculteurs du nord de Caen avaient diminué en 2009 (par rapport à 2008) leurs emblavements en lin de 25 %. Pour 2010, Henri Pomikal invite chacun à retrouver sa vitesse de croisière.

Disciplinés, les adhérents de la coopérative linière du Nord de Caen (qui tenait le 5 février dernier son assemblée générale) le sont assurément. Obéissant aux consignes interprofessionnelles et pour répondre à un marché engorgé, ils n’ont emblavé en 2009 que 1 325 ha contre 1 634 en 2008. Du côté des lignes de teillage, on a réduit la masse salariale de 9 personnes.
Mais tous les acteurs de la filière n’ont apparemment pas joué le jeu. Le marché ne s’est pas retourné. “Les bonnes matières 2008 sont tombées au prix des mauvaises matières 2007”, précise-t-on du côté de Villons-les-Buissons.

1 450 ha en 2010
Changement de cap donc en 2010 notamment pour ne pas trop pénaliser le revenu des liniculteurs à travers le coût de teillage (256,27 e/h soit 12,45 e/q). “1 450 ha de surface minimale”, a invité Henri Pomikal, président de la coopérative. Plus qu’en 2009 mais moins que la récolte 2008 (1 643 ha teillés). Une récolte 2008 relativement lourde avec des rendements en paille de 88,69 q/ha (19,13 q/ha en filasses, 11,69 q/ha en étoupes et 5,5 q/ha en graines). La recette moyenne (aides cultures non incluses) ressort à 1 503,10 e, la moyenne des 10 meilleures : 2 150 e.
Concernant la récolte 2009, 25 % des surfaces (136 ha) ont été teillés au 25 janvier. Le tonnage de paille s’établit à 94,11 q/ha (21,26 q/ha en filasses, 14,23 q/ha en étoupes et 3,97 q/ha en graines). Une récolte lourde également mais avec un manque de rouissage et des lins plus durs à teiller. La cadence horaire qui était de 2 064 kg en 2008 est redescendue à 1 960 kg pour ce début de campagne.
Autre sujet évoqué : le choix variétal. Après une année 2008 d’expression de la fusariose et quelques phénomènes de verse, les liniculteurs disposent désormais d’un panel d’une dizaine de références. Si Sofie, Agatha ou bien encore Alizée ne semblent guère adaptées au terroir nord de Caen, Andréa affiche des perspectives intéressantes qui restent cependant à confirmer.

Destruction des couverts : l’énigme du 15 décembre
La spécificité départementale concernant la destruction des couverts végétaux s’est également invitée au débat. Un peu partout en France, les agriculteurs ont le droit de détruire les couverts 60 à 80 jours après leur implantation. Logique, ils ont eu tout le temps de remplir leur fonction de piège à nitrate. Dans le Calvados, cette date a été fixée au 15 décembre. Trop tard pour tout le monde et encore plus pour les liniculteurs. En effet, la structure du sol risque d’être mise à rude épreuve à cause de conditions météorologiques défavorables au moment du broyage, puis de la reprise des terres. Et Patrice Lepainteur, président de la FDSEA, d’évoquer un constat d’échec : “dans le Calvados, on n’a pas réussi à faire aussi bien qu’ailleurs. J’invite tous les responsables professionnel à relever leurs manches”. En d’autres termes, bon nombre d’agriculteurs soupçonne l’administration de profiter de la division agricole départementale pour faire de l’excès de zèle. Jean-Claude Lebossey, représentant de la DDAF ou plus exactement de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), a précisé qu’il en avait parlé en interne. Reste maintenant à convaincre les autorités compétentes de revenir sur cette incongruité départementale. Une demande qui s’inscrit à un moment ou la pression environnementale pèse de plus en plus sur les pratiques agricoles. Or, “ça fait 20 ans que je fais des CIPAN(1) et des analyses de sols. Au début, les couverts montaient à 1 m voire 1,20 m. Aujourd’hui, ils font 20 à 30 cm, faisait remarquer Henri Pomikal, la méthode des bilans, les bonnes pratiques agricoles (...) me font  douter de l’intérêt de l’obligation de toutes ces mesures”.

Reprendre la main sur notre métier
Ces travaux annuels se sont ponctués par l’inauguration officielle du magasin “Linfini” et par le défilé de mode de sa collection de printemps ). Un dossier qui tient au cœur d’Henri Pomikal mais surtout un dossier partagé par les adhérents (producteurs de lin), leurs conjointes (qui tiennent le magasin et qui ont dessiné cette collection) et leurs enfants (17 jeunes qui se sont improvisés avec courage et talent mannequins le temps d’un défilé). “C’est nous, agriculteurs, qui devons investir dans les chaînes de fabrication. Nous avons mis en place un circuit qui nous permet de reprendre la main sur notre métier. Nous devons tous être des ambassadeurs du lin”, a insisté Henri Pomikal. Et à ceux qui penseraient plutôt : “chacun son métier”, la calculette profile les enjeux. Un hectare de lin transformé, c’est 45 000 à 50 000 e avant même la marge commerciale.  On comprend mieux pourquoi la coopérative agricole linière du Nord de Caen investit et s’investit dans l’aval. 

(1) : Culture Intermédiaire Piège A Nitrates.

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