"Revaloriser ces prix est une condition pour pérenniser les productions françaises"
Anne-Marie DENIS, présidente de la FRSEA de Normandie, répond à nos questions sur le plan CASi qui vient en aide aux exploitations les plus prouvées par la sécheresse.
Nous devrions être en période d'ensilages de maïs, mais cette année, les ensileuses sont rangées. Comment avez-vous vécu cette rentrée ?
Les pluies de fin août ont réduit notre angoisse mais septembre est resté désespérément sec et a hypothéqué la possibilité de récolte d'herbe automnale, notamment en culture dérobée. Nous allons devoir passer l'hiver avec les maigres stocks que nous avons pu constituer. Nous avons appelé la puissance publique à notre secours, mais ce ne sont pas les mesures du plan " CASI " qui changeront fondamentalement la donne.
La Normandie a reçu 11 millions d'euros. Comment sont-ils répartis ?
Dans un premier temps, un quart de cette enveloppe a été mis en réserve pour une consommation ultérieure. Le préfet de région a procédé à une répartition entre les départements. Nous avons plaidé pour que 800 000 euros soient prélevés sur la partie mise en réserve pour soutenir les secteurs à faible potentiel de l'Eure et de l'Orne. Chaque département a défini ses critères en fonction de ses particularités. Les agriculteurs peuvent désormais déposer une demande d'aide. Il s'agira de forfaits de 3 000 à 5 000 euros selon les départements. Dans tous les cas, l'enveloppe ne permettra de servir que 15 à 20 % des exploitations.
D'autres mesures ont-elles été mises en place ?
Oui. Au plan fiscal, chaque département doit déterminer une exonération de la taxe sur le foncier non bâti. Cette exonération doit être retournée au fermier. Les propriétaires bénéficient d'ailleurs d'un report d'un mois pour payer leur impôt, le temps pour l'administration modifier les avis d'imposition. Je salue d'ailleurs l'esprit de responsabilité des propriétaires quand ils s'accordent avec leur fermier sur un délai ou un échéancier pour le règlement des fermages. Au passage, je salue aussi les méthaniseurs qui ont privilégié l'approvisionnement des élevages en fourrage en cette année de crise. Le monde agricole a des valeurs, c'est rassurant.
Pendant ce temps, les charges continuent d'augmenter...
C'est pour cela que nous avons demandé, et obtenu, une prolongation de l'aide de 15 centimes par litre de GNR. J'encourage les agriculteurs à demander cette aide. Trop peu d'entre nous font la demande. Nous avons d'ailleurs fait savoir au gouvernement qu'au vu de l'envolée des prix, c'est 30 centimes qu'il doit mettre sur la table au lieu de 15. D'autre part, nous avons obtenu une prise en charge de la hausse du prix des engrais azotés. Là encore, j'invite les agriculteurs à demander l'aide.
Tout cela permettra-t-il de passer le cap ?
Tout cela peut y contribuer. Mais la meilleure solution reste de revaloriser le prix de nos produits agricoles : céréales, lait, viandes bovine, de porc ou de volaille... Distributeurs et industriels doivent comprendre que revaloriser ces prix est une condition pour pérenniser les productions françaises qui correspondent aux attentes des consommateurs. La souveraineté alimentaire, ça se cultive, et c'est maintenant qu'il faut mettre les actes en conformité avec les intentions.