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Sans caserne, on laisse la campagne brûler

Le 21 janvier dernier, le Conseil général du Calvados vient d’émettre un avis positif à la suppression de casernes de sapeurs-pompiers dans le département. Ce qui n’est pas du goût de tous. Rencontre avec Denis Lelouvier, agriculteur et pompiers volontaire à Landelles-et-Coupigny qui voit la ruralité privée d’un service supplémentaire de proximité.

© SB

Denis Lelouvier a repris la ferme familiale en 1998 à Coupigny, hameau situé sur la commune de Landelles-et-Coupigny. Quelques années avant, il avait été séduit par le message de son mécanicien. C’est ce dernier qui lui avait parlé des pompiers, cette grande famille au service de la population. Alors il avait franchi le pas en se disant “un jour, j’aurai peut-être besoin d’eux”. Il s’est formé. Il a gravi les échelons jusqu’à être aujourd’hui caporal. Mais à la veille de ses 20 ans de services, il est désabusé par l’annonce de la fermeture de la caserne.

Trop vite
“Cela s’est joué très vite. Les responsables de centres ont été réunis à la compagnie. Nous avons donc alerté les élus qui n’étaient pas au courant au moment de la Sainte-Barbe. Et les conseillers généraux se sont
prononcé la semaine dernière” précise Denis Lelouvier. Le maire de la commune a donc rencontré les maires des sept communes desservies par la caserne, à savoir Landelles, Pont-Farcy, Sainte-Marie-Outre-l’Eau, Le Mesnil-Robert, Le Mesnil-Benoist, Pont-Bellanger et Beaumesnil avec la conseillère générale.
Certes, les cinq pompiers que compte le centre ne sont intervenus qu’à 60 reprises en 2014. “Nous tenons la caserne à bout de bras. Mais nous sommes reconnus comme centre de prompt secours, c’est-à-dire de premiers secours. Ce qui nous permet d’arriver en premier sur les lieux et d’éviter des sur-accidents” martèle le sapeur-pompier volontaire.

D’astreinte la nuit
Avec ses quatre collègues, ils assurent les gardes essentiellement la nuit. Deux personnes sont donc d’astreintes de 20 h à 6 h. Et parallèlement, une ambulance d’un autre centre est déclenchée pour prendre le relais. Mais dans un premier temps, les pompiers de Landelles peuvent établir le premier bilan, intervenir dans les délais impartis, à savoir moins de 20 mn après l’appel. “C’est long quand il y a un incendie ou un arrêt cardiaque” reconnaît-il.
Avec cette fermeture de caserne, Denis Lelouvier craint un temps d’intervention plus long. “Il sera difficile d’assurer les mêmes secours dans le même temps”. Alors, s’il y a le feu, “il n’y aura plus qu’à regarder partir en fumée” se désole-t-il.

Un service de proximité en moins
Cette suppression a du mal à être digérée. “C’est un nouveau un service de proximité en moins. Le tissu rural est mis à mal. Après la poste, les médecins, ce sont les pompiers qui sont touchés. Il faut stopper l’hémorragie” confie-t-il. Et ce tissu rural, il le connaît bien. “Si ça continue, ça ne vaudra plus le coup de venir dans nos communes. Les agriculteurs comme tous les habitants ont besoin de leur présence”. Denis Lelouvier en est convaincu. Il est prêt à dialoguer pour ne pas “laisser la campagne brûler”. Ce prompt secours est en quelque sorte “le minima” qu’assurent les pompiers. “C’est une particularité dans le secteur. Et par rapport à notre territoire, c’est efficace”.  A ses yeux, il est plutôt urgent de conduire une réflexion sur le recrutement, engager une campagne de sensibilisation pour continuer d’assurer la sécurité des habitants. 
Si son engagement est prenant, il ne le remet pas en cause. “Dès qu’il faut partir, on met le métier, et la famille de côté. C’est vrai. Mais notre rôle est essentiel dans nos villages. Nous avons le mérite d’exister”.

Une pression supplémentaire
Une partie des communes sera rattachée au centre de Saint-Sever, ou de Vire. Certaines seront couvertes par la Manche puisqu’elles se trouvent à une distance trop importante des deux centres cités. En éloignant le centre d’intervention, le temps de déplacement sera ainsi plus long. Et selon l’agriculteur, “les pompiers auront une pression supplémentaire. Il faudra arriver dans les 20 mn, tout en respectant le code de la route. Il faudra bien aller plus vite” explique Denis Lelouvier. Aujourd’hui, l’agriculteur se situe ‘à 7 mn de Saint-Sever’. C’est quelques minutes de plus que de Landelles. Si les dés semblent jetés, “on va tenter de faire reculer la fermeture et veiller à la réorganisation” explique Denis Lelouvier de manière à ce que “notre région soit toujours protégée”.

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