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Chambre d’Agriculture
Sauver les abattoirs AIM

La situation de l’élevage, qu’il soit laitier ou porcin, devient inquiétante avec de lourdes conséquences en aval des filières dans le domaine de la découpe et de la transformation.

© EC

Session apparemment peu chargée sur le programme, mais l’actualité a rattrapé les élus de la Chambre d’agriculture lundi dernier à Saint-Lô. En préambule, Pascal Férey, président de la structure, a salué l’arrivée de deux nouveaux membres. Michel Houssin (Confédération paysanne) est remplacé par Annick Briand, installée l’année dernière (maraîchage et circuit court) en maraîchage à Lingreville. Michel Hamel retrouve une salle qui lui est familière, cette fois comme membre “invité” au titre d’APV 50. Dans la foulée, le discours a porté sur les difficultés des filières élevage. “La manifestation de dimanche dernier se déroulant à Paris a été une réussite. L’accueil des consommateurs s’est avéré extraordinaire” souligne Pascal Férey. “Reste que les éleveurs doivent encore faire face à trop de charges et de contraintes, notamment en matière environnementale. Nous voulons que le ministre prenne à bras le corps ce dossier en mettant en place une politique capable de ramener du revenu aux producteurs des filières animales. Je demande aussi à l’administration de modérer ses contrôles dans ce secteur. L’élevage est soumis à 18 règlements, 3 pour les productions végétales”. Dans la Manche, les agriculteurs attendent donc une position claire de Stéphane Le Foll sur la PAC. “Quelles seront les orientations défendues ? La reconduite des finances actuelles sera t-elle une réalité, comme l’avait promis le Président Hollande ? De toute façon, nous voulons un rééquilibrage des aides en faveur de l’élevage”.

Recapitalisation du groupe
L’élevage dans la Manche c’est aussi le porc qui fait partie des productions traditionnelles,
proximité bretonne oblige. La Manche possède le dernier outil d’abattage en la matière, à Sainte-Cécile, près de Villedieu les Poêles. Outil en majorité détenu par CAP 50, coopérative d’éleveurs. Reste que les AIM souffre de la concurrence intra-européenne (Allemande entre-autres) et doit désormais recourir à des avances remboursables. Le Conseil général a mis la main à la poche (350 000 euros), idem pour la Région. “Nous avons trouvé avec ces deux collectivités des solutions pour recapitaliser le groupe, tout en ayant recours à des compétences extérieures qui pourrait éventuellement faire de la restructuration. Nous, agriculteurs, avons besoin d’outils d’aval pour valoriser nos productions. Je suis désolé de voir les banques frileuses sur le dossier des Abattoirs Industriels de la Manche. Je ne peux m’empêcher aussi de penser que les difficultés de cette filiale de CAP 50 arrangent certains autres groupes coopératifs” lâche Pascal Férey. Benoît Hulmer, membre de Chambre et du Crédit Agricole réagit aussitôt, “En tant que banque, et nous ne sommes pas les premiers partenaires des AIM, nous avons décidé de doubler notre participation vendredi. Nous n’oublions pas que les producteurs sont souvent clients du Crédit Agricole. Mais, je le répète, nous ne sommes pas les seuls banquiers, et de loin, du groupe”. Serge Deslandes, lui-même producteur de porcs et conseiller général de Mortain, estime que l’État porte une part de responsabilité. “Nous payons un manque de compétitivité et une perte de parts de marché. AIM n’est pas le seul abattoir de découpe impacté. Sans solutions pour passer le cap, c’est toute la filière qui sera fortement pénalisée”. Côté Coordination rurale et Confédération paysanne, même écho que celui des membres de la FDSEA sur le sujet. Philippe Pontis (collège salariés) est aussi monté au créneau sur le sujet. Il est vrai que des centaines d’emplois, en amont et aval, sont en jeu.
Autre sujet qui fâche, les différents projets de loi du gouvernement. “Loi d’avenir, Loi Duflot, Loi Hamon et Loi Batho, nous sommes tous concernés. Celle sur la biodiversité proposée par Delphine Batho risque, une fois de plus, de nous pénaliser. Nous sommes tous pour la biodiversité, encore faut-il éviter de mettre les territoires ruraux sous cloche”.
Et de lancer un avertissement à l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques), “il est impensable de voir cet organisme imposer dans certaines zones le curage de kilomètres de ruisseaux à la main, alors qu’une pelle mécanique est nécessaire. Je souhaite donc que l’on mette en place une nouvelle carte pour savoir ce que les agriculteurs peuvent vraiment entretenir sans contrainte”.
En fin de matinée, suite à ces discussions sur l’élevage, une motion a été votée, il faut le souligner, à l’unanimité de tous les membres demandant aux Pouvoirs publics que des dispositions soient prises dans le cadre de la loi de Modernisation de l’Économie “permettant la compétitivité et le dynamisme des filières et intégrant les facteurs imposés à l’agriculture par la société. Nous demandons aussi que la réforme de la PAC intègre les problèmes spécifiques à l’élevage (mobilisation importante de capital, capitaux à rotation lente), leurs impacts sur les territoires et l’importance de l’emploi dans les filières”. Dernier point, “que la rentabilité des exploitations agricoles puisse être sécurisée notamment au travers de l’application effective et de l’élargissement des accords du 3 mai 2011”.

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