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Société
Se former pour une agriculture au féminin

Du chemin a été parcouru depuis 30 ans, la part des femmes chefs d’exploitation est passée de 8 à 25 % et leur statut est reconnu.

Les filles ont parfois du mal à faire leurs places dans des sections masculinisées.
Les filles ont parfois du mal à faire leurs places dans des sections masculinisées.
© Archives AN
Etre agricultrice n’est plus un état de fait lié à l’histoire familiale mais une vocation et un métier. Toutefois, le manque de reconnaissance et les inégalités subsistent notamment en matière de formation.

Assumer son orientation professionnelle et trouver sa place dans un univers masculin
L’enseignement technique agricole compte 50 % de filles mais derrière ce constat paritaire des inégalités existent selon les filières. Les garçons représentent 80 % des effectifs dans les filières de la production, de l’aménagement et de l’agroéquipement. Les filles sont plus présentes, avec 80 % des effectifs, dans les filières services et activités hippiques. Les stéréotypes ont la vie dure et contribuent à freiner l’orientation des jeunes filles vers l’enseignement agricole et plus particulièrement vers des formations en production. Ils sont générés et véhiculés par toute notre société dont les familles, les enseignants et les jeunes filles elle-même.C’est ainsi que les filles encouragées à aller vers les formations du secteur des services, d’analyses en laboratoire ou encore de soin, aide et animateur équin. Notre société préjuge, en effet, que les femmes ont des qualités particulières pour exercer des activités aux soins aux personnes, au suivi des animaux… qu’elles sont plus patientes et plus minutieuses. Ces représentations sont admises par chacun mais fondée nullement sur une réalité. Elles enferment et cantonnent les femmes sur certains secteurs d’activités et sur des tâches particulières.D’autres préjugés influencent l’orientation des jeunes filles. Les métiers sont classés d’une manière générale en fonction du genre : il existe, soit disant, des métiers féminins et des métiers masculins. Les jeunes filles qui auraient choisi de s’orienter vers des filières jugées plus masculines se trouvent parfois bloquées dans leurs projets par ces représentations qui ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. Les métiers évoluent et certaines tâches qui étaient autrefois dévolues aux hommes car trop physiques pour les femmes, peuvent être exercées par ces dernières, du fait de l’adaptation des postes de travail et de la mécanisation.Une fois l’orientation faite, la phase d’intégration en lycée agricole est peut être une nouvelle étape délicate pour les jeunes filles. Elles ont parfois du mal à faire leurs places dans des sections masculinisées, les résultats scolaires en sont affectés et parfois même conduisent à l’abandon de la formation suivie. Pour elles, pas le choix elles doivent faire leur preuve ! Les garçons les testent davantage dans le domaine des comportements sociaux que dans celui des compétences professionnelles. Les établissements d’enseignement agricoles (lycée publics, MFR et UNREP) de Basse-Normandie ont pris des mesures et lancé une série d’actions visant à lutter contre les stéréotypes et rétablir le respect entre les filles et les garçons. Jeux de rôles, tournage vidéos, table rondes…  les choses avancent, mais rien n’est acquis.

Se former tout au long de la vie tout en préservant sa vie familiale
Malgré ces difficultés, les jeunes filles poursuivent leurs études bien après le lycée. Aujourd’hui, les exploitantes sont beaucoup plus souvent diplômées du supérieur que leurs homologues masculins. Ceci est conforme à ce que l’on observe dans le système éducatif en général : les filles en sortent avec des niveaux de formation en moyenne supérieurs à ceux des garçons. La division du travail en fonction du sexe a fortement évolué grâce à cette formation initiale poussée mais aussi par leur prise d’initiative dans le développement d’activités complexes et innovantes sur l’exploitation. Toutefois, l’activité des agricultrices restent souvent organisée autour de la vie familiale et notamment lorsqu’il y a des jeunes enfants. Leur agenda est rythmé par les astreintes de l’exploitation, de la vie familiale et de la vie sociale. Cette imbrication des temps demande aux femmes un réel effort d’organisation pour partir en formation. Les chiffres en témoignent elles ne sont que 8,6 % à partir en formation contre 13,5 % des agriculteurs. Le maintien et le renforcement des services en zone rurale : médecin, écoles, garde d’enfant, structures publiques mais aussi commerces de proximité sont des éléments essentiels pour promouvoir l’égalité femmes hommes. 

La signature d’un protocole pour lutter contre les discriminations
Face à ces inégalités, la branche professionnelle ne baisse pas les bras. En novembre 2012, les représentants ont signé un protocole d’accord régional pour agir en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes tout au long de la vie dans les métiers de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Convaincus de la nécessité d’agir, la Chambre régionale d’agriculture, la FRSEA et les OPA de Basse-Normandie se sont engagées à favoriser l’accès des femmes à la formation initiale et continue, à l’emploi, à la prise de décision et de responsabilités et leur déroulement de carrière. L’articulation des temps de vie familiaux, personnels et professionnels, tant pour les femmes que pour les hommes est également un des enjeux majeur du projet. Le changement s’opère d’ores et déjà par une meilleure représentativité des femmes dans la gouvernance des Chambres d’agriculture avec au moins 30 % de femmes sur les listes (contre 15 % en 2007).
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