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Diversification
Se lancer dans une activité de ferme pédagogique

Quand j’ai demandé à Monsieur Maertens s’il voulait bien m’accompagner pour proposer une animation sur un salon à Paris, il m’a répondu, sceptique, “je veux bien mais hors du cadre de la ferme, je ne garantis pas le résultat”.

Eric et Régine  Maertens - Ferme du Lieu Roussel - Douville-En-Auge - 14430 Dozulé - Tél. 02 31 23 71 15.
Eric et Régine Maertens - Ferme du Lieu Roussel - Douville-En-Auge - 14430 Dozulé - Tél. 02 31 23 71 15.
© DR

C’est que l’essence même de la ferme pédagogique, c’est d’accueillir des enfants ou adolescents sur le terrain pour leur montrer les réalités du monde agricole.
Dans le cadre de la scolarité ou de loisirs accompagnés, c’est aussi pour eux une initiation à l’économie agricole, un regard sur la ferme en tant qu’unité de production, la découverte des progrès génétiques et technologiques et la prise de conscience de l’existence de rythmes biologiques.
Cette découverte est un moyen de renforcer les relations tissées entre villes et campagnes et l’occasion d’apprendre à mieux respecter le vivant : c’est donc aussi un apprentissage de la citoyenneté.

Monsieur Maertens, vous avez démarré votre activité agricole en 1988 et votre ferme pédagogique en 1992. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer ? Quel a été l’élément déclencheur ?
Quand je me suis installé, je ne pensais effectivement pas faire de l’agritourisme. Nos prédécesseurs travaillaient à l’ancienne (traite manuelle), mon épouse avait un plein-temps à l’extérieur ; mes trois premières années ont donc été consacrées à moderniser l’exploitation et m’équiper pour pouvoir travailler seul.. J’ai ensuite donc pu me dégager du temps, surtout en mai-juin n’ayant pas de cultures et en 1992, des amis enseignants sur Caen ont insisté pour venir visiter la ferme avec leurs élèves. Quand j’ai vu l’ignorance des enfants vis-à-vis des réalités du monde agricole, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, ça a été le déclic.

Quelles ont été les démarches à suivre ? les principales difficultés rencontrées ?
La première étape a été de convaincre l’inspection académique de l’intérêt du projet. Il faut prévoir d’y consacrer du temps au début car les démarches peuvent être longues.
Ensuite, il faut bien entendu veiller à pouvoir accueillir des enfants en toute sécurité mais ce sont des choses de bon sens, auxquelles on pense naturellement, surtout si on a des enfants soi-même (ex : clôturer la mare).

Avez-vous suivi une formation ?
Etant producteur de cidre, j’avais suivi une formation de marketing-vente organisée par la Chambre régionale d’agriculture qui m’a bien servi car les techniques pour vendre une bouteille ou une visite sont les mêmes.
J’ai ensuite suivi un stage obligatoire à la Chambre départementale du Calvados axé sur le montage du projet pédagogique et la sécurité.

Quel a été l’investissement au départ ?
Essentiellement l’investisse-ment dans les panneaux explicatifs : 150 à 200 € (panneaux du CIDIL, de la Bergerie Nationale et bien sûr des panneaux sur mesure concernant l’exploita-tion). Au point de vue sanitaire, j’avais la chance d’être déjà équipé. Enfin, j’ai investi pour 1200 € environ dans 8 tables pique-nique.

Financièrement, est-ce rentable ?
C’est un véritable revenu complémentaire en avril, mai, juin et octobre lorsque la saison touristique et pédagogique bat son plein. J’ai coutume de dire que lorsque je vends 1 € de lait ou de cidre, il me reste 30 à 40 centimes ; en visite, il me reste 90 centimes.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui démarre ?
Evidemment, il faut aimer le contact et son métier. Mais j’ai remarqué  qu’on aime mieux son métier quand on en parle.
Commencer avec des petits groupes. Il est très important d’avoir dès le début un retour du niveau de compréhension de ses visiteurs pour pouvoir ajuster le discours. Entre le message que l’on veut faire passer et ce qui est compris par le visiteur, il peut y avoir un écart. C’est pourquoi il est très important d’avoir ce retour et de rectifier le tir si nécessaire. Il faut expliquer le plus naturellement possible, sans tricher. Je dis qu’il y a des choses que j’aimerais faire différemment mais la réalité économique ne le permet pas toujours. Enfin, il faut bien insister qu’on est une “vraie” ferme, en activité et pas un zoo.
Ensuite, il faut être très bien organisé car c’est une activité très chronophage. Il faut donc se tenir à un planning strict si on ne veut pas que la conduite de la ferme ou que la qualité de la prestation pédagogique en pâtisse. Dans mon cas par exemple, je ne prends qu’un bus par jour, uniquement le matin.
Enfin, il faut se former au début bien sûr mais ensuite, régulièrement aussi pour rester à jour.

Justement, comment préparez-vous vos visites ?
La visite d’une ferme pédagogique, comme tout projet éducatif, est d’autant plus enrichissante pour le public accueilli qu’elle est préparée.
Pour les enseignants qui ne sont jamais venus, je leur impose une rencontre préalable sur le site, pour qu’il y ait adéquation avec les attentes de chacun mais aussi tout simplement ne serait-ce que pour repérer les lieux. Lors de cette rencontre, l’enseignant ou l’animateur expose les objectifs pédagogiques qu’il souhaite atteindre au travers de la visite, et valide avec moi quels moyens, méthodes et outils sont les mieux adaptés. Quand la thématique concerne la vie des animaux, je dois avouer que la méthode est désormais bien rodée et ne prend donc pas de temps. Par contre, on peut me demander plus ponctuellement de traiter du sujet des haies, des cours d’eau ou des constructions à colombages … Dans ce cas, mon temps de préparation sera plus important.

Comment vous êtes-vous fait connaître ?
Au départ, essentiellement grâce au fascicule Bienvenue à la Ferme qui est envoyé à chaque directeur d’établissement. Ensuite, c’est vraiment le bouche à oreille qui compte. D’autre part, en 2001, j’ai invité l’inspecteur d’académie qui a alors organisé une journée pédagogique chez moi. Cette opération m’a beaucoup aidé à me faire connaître aussi.

Quel est d’après vous le point fort de votre ferme pédagogique ?
Je propose aux enseignants l’étalement des visites sur l’année pour voir l’évolution avec les saisons et la croissance des animaux. Ca fonctionnait bien jusqu’en 2004. Depuis, pour des questions financières liées au coût du transport, les classes ne viennent généralement plus qu’une fois par an. Cependant, l’avantage avec l’enseignement, c’est que les élèves changent tous les ans mais pas les enseignants. Ils reviennent donc assez systématiquement.
Depuis 3 ans, je propose aussi des visites aux particuliers, en parcours libre, avec un questionnaire. Il faut cependant avoir en tête que les animaux doivent au préalable être habitués à voir du public. Ca ne peut donc pas se faire d’emblée. Pour l’anecdote, lors de portes ouvertes, une dame est venue me prévenir qu’un vêlage démarrait. Avec 100 personnes sur la ferme qui voulaient y assister, j’étais inquiet. J’ai exigé un silence absolu et tout s’est très bien passé…très vraisemblablement car cette vache était habituée depuis longtemps à voir du monde.

Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?
Actuellement, j’ai 3 500 à 3 800 scolaires par an et 1 500 à 2 000 visiteurs libres. J’aimerais développer ce visitorat. En effet, c’est aussi intéressant pour le fonctionnement du point de vente puisque je vends des produits cidricoles. Au départ, je pensais par ce biais toucher une clientèle de proximité. En réalité, ce sont à 90 % des non locaux. Je ne sais d’ailleurs pas comment toucher les normands. Les offices de tourisme commencent pourtant à bien jouer le jeu. L’idéal est aussi un coup de pouce de France Bleu.
Deux observations importantes : il y a 10 ans, bon nombre de visiteurs ne comprenaient pas pourquoi les visites étaient payantes ; c’est de moins en moins le cas. Par contre, leur niveau d’exigence augmente ; par exemple, quand il pleut et qu’ils veulent pique-niquer, je leur propose des tables sous un hangar ; certains souhaiteraient un sol carrelé…je leur réponds que ce ne serait possible qu’en augmentant le prix de la visite.

D’après vous, quels souvenirs gardent les enfants de leur visite ?
Le fait d’avoir caressé des animaux, en particulier les cochons.

En savoir plus

La plupart des fermes pédagogiques, au nombre de 46 en Normandie, sont agréées par l’inspection académique. Il y a en France 1 362 fermes pédagogiques en réseau (source : Bergerie Nationale de Rambouillet) dont plus de la moitié appartiennent au réseau Bienvenue à la Ferme.
Pour plus d’informations : Service Tourisme - Chambre régionale d’agriculture – Peggy Bouchez - tourisme@normandie.chambabri.fr Tél. 02 31 47 22 97.

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