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Parole de Jeune Agriculteur
Se rapprocher du consommateur

Pendant que les tractations se poursuivaient à Paris, des Jeunes Agricuteurs du Calvados ont parcouru certaines grandes surfaces du bocage virois. L'occasion de sonder les gérants de magasin et les consommateurs.

© VM

“Dans le secteur, c'est difficile de ne pas voir de vache”, concède le gérant d'une grande surface viroise. Les producteurs de lait sont, eux, parfois moins visibles. Certains se sont montrés vendredi dernier. Les Jeunes Agriculteurs ont une question simple à poser : “un ménage consomme 400 litres en produits laitiers, soit 750 €/an. On demande 8 € supplémentaires au consommateur, pour être payé au prix européen. L'accepteriez-vous ?” Benoit Esnault,  responsable lait des JA 14, souhaite avoir les “ressentis du consommateur”. “Nous arrivons trop souvent en colère. Nous avons besoin de la population”. Calmement, sereinement, les Jeunes Agriculteurs sont allés au contact. Témoignage.

Antoine Letinturier
Installé à Truttemer (14) depuis 5 ans
“C'est fatigant. Nous sommes contraints de nous mobiliser régulièrement. Pourtant, nous réclamons juste notre dû. Dans le même temps, on nous impose le respect de nouvelles normes. Ces règles ont un coût sur mon exploitation. Quand je me suis installé, le prix du lait était correct. Nous avons investi dans une installation de traite et un bâtiment. Aujourd'hui, ce n'est pas simple de joindre les deux bouts.
Mais, les agriculteurs ne sont pas les seuls impactés. Nous vivons dans un bassin laitier. Je suis là pour favoriser la prise de conscience des consommateurs : si la production laitière disparaît, c'est l'industrie locale qui disparaît.
Aujourd'hui, je ressens un vrai malaise. Depuis plusieurs années, les experts nous expliquent que la population mondiale augmente, ou que le marché mondial est porteur...”


Julien Poupion,
GAEC des Bonvals, installé depuis 5 ans
“Je suis installé sur la ferme familiale. Mon frère y travaille déjà depuis 8 ans. J'aime mon métier, je n'ai pas de regrets. Mais, nos marges de manœuvre se réduisent. Il y a une vraie opacité entre la grande distribution et les industriels. Nous cherchons donc à connaître l'avis du consommateur. On a besoin de lui. C'est lui qui peut exiger une meilleure traçabilité des produits”.

Jean-Marie Renault
Installation prévue en fin d'année à Carville (14)
“Je suis là pour soutenir les producteurs de lait et je pense aussi à mon avenir. On nous demande d'être toujours plus compétitif sans avoir les moyens d'investir. Les cours du lait montent, pas notre paie. Il y a donc parfois un peu de découragement.
Cependant, nous devons accepter d'entendre ce que pense la population. Ma copine est caissière. Grâce à elle, j'ai des retours des clients des supermarchés. La semaine dernière, plusieurs lui ont dit « toujours les mêmes qui se plaignent ». Le consommateur ne veut pas toujours payer plus, ça peut se comprendre aussi. Nous devons faire preuve d'une vraie pédagogie. On n'obtient pas toujours gain de cause par la force !”

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