Sécheresse : l'alerte rouge s'étend dans la Manche
Jour après jour, la ressource en eau devient un peu plus précieuse. Le préfet de la Manche, Marc Chappuis a pris de nouvelles mesures pour la protéger. Puis il s'est rendu dans une exploitation agricole du Centre-Manche pour constater les conséquences de la sécheresse.
En l'absence de pluie, c'était attendu. Mardi 4 août, le préfet de la Manche a rehaussé le niveau d'alerte sécheresse dans le département. Car le débit des rivières et fleuves côtiers et la capacité des barrages - dont dépend en grande partie l'approvisionnement en eau potable - continuent de diminuer. Le secteur du bassin de la Vire passe en rouge, au niveau "crise", rejoignant ainsi les secteurs hydrographiques du Nord-Cotentin et Sienne-Soules déjà en crise. Les trois autres secteurs (l'Avranchin-Granvillais et le Cotentin-Marais) demeurent en alerte renforcée.
Des dérogations au cas par cas
Pour les agriculteurs, il leur est demandé de prendre les devants afin d'anticiper les tensions sur le réseau d'eau potable. Ils doivent se rapprocher de la Chambre d'agriculture et à la DDTM, dès qu'ils suspectent un tarissement de leur forage individuel ou collectif.
Conscient de la nécessité d'assurer la continuité d'un certain nombre de filières économiques (le maraîchage en particulier), le préfet a accordé des dérogations au cas par cas, en contrepartie d'un suivi fin des consommations et de modalités strictes de prélèvement.
La Vire passe au rouge
Toutes les collectivités, toutes les entreprises, tous les particuliers sont appelés à respecter les mesures de restriction en vigueur sur leur commune, à renforcer leurs efforts de sobriété des usages et à reporter les prélèvements non essentiels.
À la sortie du Comité de ressource en eau du mardi 4 août, le préfet Marc Chappuis s'est rendu à Saint-Louet-sur-Vire, près de Torigni, sur l'exploitation de Jean-François Osmond, éleveur de porcs en Label Rouge afin de se rendre compte des conséquences de la canicule.
"J'ai perdu 20 mères lors de la canicule"
Les 140 truies de l'éleveur produisent 3 000 porcs sur paille. "Durant la canicule, j'ai perdu 20 truies en maternité. Le contrecoup financier, je l'aurai dans six mois avec une baisse de production conséquente", témoigne-t-il. Les élevages porcins sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs comme le rappelait la vétérinaire Mathilde Audic dans notre édition du 30 juillet : "Les porcs transpirent peu et leur couche de graisse retient la chaleur. Au-delà de 22 à 24 °C, ils sont en plein effort et souffrent d'un stress thermique avec une baisse de l'appétit et une hausse de la mortalité".
"Stocker l'eau n'est pas un gros mot"
L'exploitation de Jean-François Osmond est assise sur 220 ha dont 52 ha de maïs grain pour nourrir les porcs. Les très fortes chaleurs et la sécheresse abîment ses cultures.
Entre deux rangs de maïs, il montre les dégâts au préfet qui lui demande : "Ne pouvez-vous pas arroser ?". Personne n'arrose dans la Manche, sinon les maraîchers. "Non seulement, nous ne sommes pas équipés mais en plus, pour arroser, il faut avoir de l'eau", répond l'agriculteur, "ou alors il faudrait en stocker mais c'est un autre débat..."
Le président de la FDSEA de la Manche, saute sur l'occasion : "il faudra des réserves d'eau dans la Manche", martèle Jean-Michel Hamel. "Ce n'est pas un gros mot" ajoute Jean-François Osmond, rejoint par le préfet qui lâche que ce n'est "pas un sujet tabou".
Acheter du maïs ? À qui ?
Pour le maïs grain servant à nourrir ses bêtes, l'éleveur ne sait pas encore comment il fera.
Prudent, il avait réussi à faire un peu de stock en 2025. Il commence à modifier la composition des rations avec moins de maïs et plus d'orge.
Sinon, il faudra acheter.
"Mais à qui ? Tout le monde est touché par cette chaleur qui torpille nos rendements".