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Culture
Semis de colza au strip-till : retour d’expérience

Le strip-till est une technique de culture qui consiste à ne travailler la terre qu’à l’endroit où l’on va déposer la graine. Venue d’outre-Atlantique, elle est encore rarement pratiquée chez nous. Mais de nombreux agriculteurs qui cherchent à limiter au maximum le travail - et donc les frais, sans perdre le rendement s’y intéressent sérieusement.

L’idée est séduisante, mais, avouons-le, peu de références existent encore à ce jour sur la technique de semis au Strip-till. C’est la raison pour laquelle la Chambre d’agriculture de l’Orne a entrepris en août dernier un travail “d’évaluation”. Objectif : comparer, sur un semis de colza, la méthode de semis au strip-till  avec des techniques de travail du sol et semis conventionnels.L’essai a été mis en place chez Laurent Huette, exploitant à Saint-Christophe le Jajolet, entre Mortrée et Argentan. Notre choix s’est porté délibérément sur un contexte pédologique difficile : nous sommes en présence d’une terre argilo-limoneuse à 27 % d’argile. “Ce ne sont pas les pires terres du secteur” assure Laurent Huette. On peut effectivement monter, non loin de là , au-delà des 40 % d’argile. Nous avions besoin d’une parcelle sur laquelle les techniques de semis seraient mises à rude épreuve. Inutile en effet d’aller sur un limon sableux où l’on sait pouvoir réaliser à coup sûr un lit de semence parfait.


Qu’est ce que le strip-till ?

Retour d’abord sur cette technique innovante… tout du moins en Europe. Originaire du Middle-West américain, elle est arrivée en Europe et s’est adaptée pour partie au contexte local. Le principe est simple : ne travailler qu’une faible bande de terre sur la ligne de semis pour des cultures à fort espacement entre rangs (maïs, colza, tournesol, betteraves...) principalement semées au mono-graine. Dans son pays d’origine, cette technique visait à limiter l’érosion et ne travailler que le strict minimum de surface. En Europe, on y voit bien d’autres qualités : portance du sol mais aussi émiettement, ressuyage et réchauffement plus rapide de la ligne de semis. Sur colza, elle pourrait également favoriser le bon développement des pivots, souvent gage d’un bon rendement.Les différentes marques de strip-till offrent une conception assez proche : chaque rang est en général doté au minimum d’un disque ouvreur qui coupe les résidus végé- taux en surface, suivis de deux chasse-débris en étoile qui écartent ces résidus de la ligne de semis. Vient ensuite la dent, bien souvent jouxtée de disques gaufrés orientables qui affinent et/ou génèrent un petit billon. Enfin, un rouleau escamotable ferme la marche et rappuie le travail opéré sur la ligne de semis. Le tout est articulé sur un parallélogramme. Trois grands types de strip-till occupent la scène européenne : le strip-till typé américain travaillant profond, large et billonnant (Orthman), le strip-till à la française (Duro, Jammet), travaillant  profond sur une ligne assez étroite en perturbant au minimum les différents horizons du sol, et le strip-till superficiel où les dents sont remplacées par des disques gaufrés (système Dawn).

Strip-till au banc d’essai : Duro et Stripcat

Le dispositif de l’essai se voulait complet pour permettre la comparaison de techniques très différentes : un semis au strip-till + monograine face à un semis au combiné rotative semoir sur labour ou chisel, par exemple. Laurent Huette s’est plié aux exigences de l’expérimentation ! 5 bandes de travail du sol ont été préparées avant semis : décompactage puis rotative, labour puis rotative, chisel profond, déchaumage superficiel au disque et chaumes nus. Différents semoirs ont ensuite évolué en travers de ses bandes de travail du sol. Au menu : combiné classique avec ou sans roue de plombage, avec ou sans combiplow, semis à la volée avec recouvrement au disque indépendant, semoirs simplifiés tels que Rapid et Spirit de chez Vaderstad, semoir semis direct Easydrill de Sulky, semoirs à maïs monograine en 50 et 75 cm d’inter-rang, semoirs à betteraves monograine en 50 cm d’inter-rang. Les 2 strip-till, Stripcat et Duro, ont ainsi évolué en travers des déchaumés superficiels et chaumes.


Des taux de levée perturbés par un orage de 30 mm

La précédente plate-forme que nous avions réalisé sur ce sujet il y a 2 ans dans un contexte pédoclimatique difficile (argilo-calcaires du Perche sur Sainte- Céronne lès Mortagne en année très sèche) avait fait la part belle aux semoirs monograines. Les taux de levée sur ces terres difficiles avaient été bien supérieurs en monograine. Le bénéfice technique avait été démontré. Cette année, les résultats ne sont pas aussi tranchés. Les taux de levées issus des comptages réalisés sur la plate forme montrent toujours un avantage à la technique de semis au semoir monograine mais un orage de 30 mm dans la nuit ayant suivi le semis a mis en évidence des défauts de levée du fait de battance. Les taux de levées sont corrélés au volume de terre brassé ! Ainsi, il n'est pas surprenant de voir les meilleurs taux de levée sur chaumes, sur monograine sans strip-till, sur combiné sans roulette de plombage... Bref, là où les outils avaient le moins travaillé. (tableau 1).

Longueurs de pivots avantageux sur la technique strip-till

Les longueurs de pivots mesurés en novembre montrent également des valeurs très intéressantes. Incontestablement, les longueurs moyennes sont plus importantes dès qu’une dent de strip-till a été passée. Même sur les bandes de travail profond (labour, chisel, décompactage), les longueurs ne sont pas aussi flatteuses qu’en strip-till. Quant aux diamètres pivots, il nous paraît difficile à l’heure actuelle de hiérarchiser les techniques de semis, les valeurs étant toutes proches (tableau 2).


Il y a 2 ans sur la plate forme de Sainte-Céronne lès Mortagne….

Les mesures réalisées à ce jour sur la plate-forme de St-Christophe le Jajolet donnent une certain avantage à la technique du strip-till. Mais il faut rester prudent sur les conclusions. Le  rendement final reste le critère essentiel pour départager les différentes modalités. Rappelons-nous que sur la plate-forme de Ste-Céronne lès Mortagne, les meilleures modalités étaient observées sur la bande labourée et la bande travaillée grossièrement au chisel et pourtant, c’est sur ces bandes que les taux de levée ont été les plus bas ! Rappelons-nous aussi que sans avoir des pivots exceptionnels en labour, le chevelu racinaire y était très développé.

Vendredi 23 mars (dès 14 h) : après-midi technique “Implantations innovantes et essai effluents sur colza

”Rendez-vous le vendredi 23 mars dès 14 h sur la parcelle de Laurent Huette. Fléchage depuis le bourg de Saint-Christophe le Jajolet (entre Mortrée et Argentan).


Visite de la plate forme :

- Implantation du colza : essais semoirs en travers de 5 types de travail du sol (du labour au chaumes) ; combiné rotative-semoir ; semoirs TCS et semis direct ; semis à la volée ; semis monograine 50-58-75 cm d’interrangs) ; semis Strip-till (Duro et StripCat) - Essai densité et starter.
- Implantation innovante en colza : semis de colza avec couverts gélifs associés (lentille, féveroles, pois fourrager, fenugrec…). Protocole CETIOM.
- Essai effluents : fumier taurillon, lisier VL, compost fumier, volaille, pellets de fientes de volaille, boues de stations d’épuration et autres modalités en minéral. Effets sur développement.

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