Aller au contenu principal

Itinéraires culturaux
Simplifier pour économiser de l’énergie et du temps de travail

Depuis 4 campagnes, un groupe d’éleveurs laitiers des GVA (Groupement de Vulgarisation Agricole) de la région d’Avranches se réunit pour échanger sur leurs résultats technico-économiques et partager sur des thématiques définies selon l’actualité ou les problématiques rencontrées sur leurs exploitations.

Le groupe en salle.
Le groupe en salle.
© DR

Au cours de l’été 2008, dans un contexte de flambée des prix du fioul et des engrais, on parlait de plus en plus de techniques culturales simplifiées (TCS). Ces éleveurs se sont ainsi demandés s’ils ne devaient pas réviser leurs pratiques.
Partant de cette réflexion, ils ont bâti un programme de formation sur 3 jours pour répondre à la question suivante “que puis-je simplifier dans mes pratiques de travail du sol, dans la conduite de  mes cultures pour moins consommer, gagner du temps mais sans bouleverser mon parc matériel existant ?”. Voici les enseignements qu’ils retirent de ce travail.

Bien connaître son sol avant d’intervenir
Lorsque l’on souhaite simplifier le travail du sol voire supprimer le labour, il est impératif d’avoir un bon état structural du sol. Le labour permet de restructurer un sol en profondeur. Lorsqu’il est supprimé, il faut une restructuration naturelle par le climat, la vie biologique,…
Au fil des discussions au sein du groupe, on pouvait intercepter “c’est vrai que l’on ne prend pas le temps de creuser un trou afin d’intervenir au bon moment”. “Il faut savoir être patient, que la parcelle soit bien ressuyée pour éviter de tasser, de déstructurer le sol”.

Se poser les bonnes questions avant de supprimer le labour
La suppression du labour présente plus ou moins de risques selon les sols et selon les cultures. Un maïs est plus sensible à une semelle de labour qu’un blé par exemple. En effet, le blé ensemencé à l’automne, dispose d’une capacité puissante d’enracinement. L’hiver, la terre est plus humide et facilite le passage des racines. Certains membres du groupe pratiquent déjà le non labour pour le blé depuis plusieurs années. D’autres sont prêts à se lancer.

Ne pas multiplier les passages mais viser la bonne profondeur
En comparant leurs pratiques, les membres du groupe ont constaté des temps de travaux qui passent du simple au double entre la gestion de l’interculture et l’implantation du maïs au printemps. Même si une part de cette différence est liée au type d’équipement présent sur l’exploitation, dans de nombreux cas un passage d’outil à dents pourrait être économisé soit l’équivalent de 40 minutes/ha et près de 15 litres de fuel/ha(1).
Autre constat : en plus d’un labour profond de 20-25 cm, les travaux d’ameublissement ou de déchaumage sont pratiqués à des profondeurs trop importantes (entre 10-15 cm). Selon les cas, les outils pourraient être relevés de 5 à 10 cm permettant ainsi de passer plus vite et de gagner entre 5 et 10 litres de fuel/ha.

Et pourquoi pas une conduite économe
Lorsque l’on parle de gagner du temps ou de moins consommer de fioul, on a tendance à penser en premier lieu à la suppression du labour et la simplification du travail du sol. Cependant, des conduites culturales plus économes en intrants et en temps peuvent dégager des résultats économiques équivalents aux itinéraires classiques.
Dans la culture des céréales, le choix de la variété pour sa rusticité permettra d’économiser un passage de fongicide. Le mélange de plusieurs variétés de même précocité pourra même amplifier cette résistance aux maladies. Réduire la densité de semis à 180 pieds/m² permettra d’économiser un passage d’engrais (moins de plantes à nourrir), de limiter la verse et ainsi de supprimer le raccourcisseur. De plus, en cas de faible pression maladie, un seul fongicide pourra être réalisé. Au total, ce sont 3 à 4 passages de gagnés !

Et demain : réviser nos rotations, nos systèmes fourragers ?
Pratiquer des rotations longues et diversifiées constitue un autre levier pour économiser des intrants et du temps de travail. En effet, l’alternance des cultures de printemps et d’automne, réduit fortement le salissement des parcelles. L’incorporation de prairies améliore la structure du sol, dynamise la vie biologique du sol, augmente le taux de matière organique, élimine des graines d’adventice et permet 10 % de rendement en plus sur les 4 années de culture qui suivent.
Cependant, inclure des prairies dans les rotations n’est pas toujours compatible avec la configuration parcellaire de l’exploitation et l’accès à la pâture pour les vaches laitières. D’autre part, incorporer davantage de prairies dans l’assolement aura forcément des incidences sur l’alimentation du troupeau laitier.
Afin d’éviter l’emploi de traitement phytosanitaire pour détruire une prairie, celle-ci sera “cassée” dès février. La matière végétale pourra ainsi se décomposer avant le semis de printemps et sa minéralisation profitera pleinement à la culture suivante.
Dans un contexte où l’on tend vers une diminution des intrants (Grenelle de l’environnement, programme Ecophyto 2018,…), une réorientation des aides vers des systèmes herbagers (Bilan de santé de la PAC), la révision des systèmes fourragers pourra constituer un autre chantier de réflexion du groupe dans les années à venir.

Benoît PILLAUD
Conseiller d’Entreprise  Région de la Baie
Chambre d’Agriculture de la Manche
Animateur du groupe
bpillaud@manche.chambagri.fr


(1) : Source : “250 suivis de consommation” - Chambre d’Agriculture de la Manche - 2008.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Le méteil implanté cet automne pourra être récolté en ensilage en mai.
Sécheresse : miser sur les prairies sous couvert
Alors que les fourrages manquent, le semis de prairie sous couvert de méteil est encore possible. Mais il la remise des bêtes au…
Dans l'Orne, en 2024, la Ferme des chèvres brasseuses a inauguré son investissement de 600 000 euros pour changer d'échelle.
Les bières locales dans le creux de la vague en Normandie
Au Fêno, parmi les nouveautés, un bar à bières rassemblera 17 brasseries artisanales de Normandie. La filière ne connait plus la…
"Il faut s'adapter aux aléas climatiques", clame Samuel Courvallet, exploitant et maire de la commune de Pierrefitte-en-Cinglais. Il a engagé un projet de retenue collinaire, mais le stockage des eaux hivernales divise en local.
"Je trouvais utile de récupérer cette eau, plutôt qu'elle aille à la mer" : dans le Calvados, il crée une retenue collinaire
En Suisse Normande, à Pierrefitte-en-Cinglais, Samuel Courvallet aménage une retenue d'eau collinaire. L'arboriculteur voit dans…
La série 7 du robot Agbot (marque AgXeed) peut être équipée d'un outil allant jusqu'à 18 m avec ses 230 ch. L'autonomie court jusqu'à 24 heures.
La Cuma de Sassy teste le robot AgBot
La Fédération des Cuma Normandie Ouest, en partenariat avec la Cuma de Sassy, a proposé une démonstration du robot autonome…
Le cochon de Bayeux et ses copains des autres races patrimoniales normandes sera au Fêno tout le week-end à Caen
Fêno à Caen : le meilleur de la Normandie à dévorer ce week-end
Du 16 au 18 octobre 2026, le Festival de la Normandie revient au Parc des expositions de Caen avec 420 exposants. Entre…
"Le seul dossier que je veux bien continuer de regarder, c'est la RN 12, car le sud de l'Eure et l'Orne ", dit Hervé Morin
"L'investissement sur les routes, c'est terminé"
La Région Normandie prépare son budget 2027. Les ressources diminuent et l'investissement plafonnera à 550 millions d'euros. Il y…
Publicité