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FDSEA de l'Orne
S’organiser collectivement pour éviter l’intégration individuelle

Les propositions de “contrat lait” arrivent dans les boîtes à lettres. Surtout ne pas se précipiter pour signer. Il faut prendre le temps du conseil et de la réflexion.

Plus de 300 producteurs ont assisté ce lundi aux réunions d’informations (St-André-de-Messei, St-Langis-les-Mortagne et Mortrée) organisées par la FDSEA et les JA. Thème de ce rendez-vous : “contractualisation et organisation de producteurs” au moment même où les propositions de contrats arrivent dans les boîtes à lettres. Lactalis, par exemple, vient d’envoyer 17 200 courriers recommandés.

Il est urgent d’attendre
Pour éclairer les débats, Etienne Fabrègue (conseiller pour les affaires juridiques et européennes de la FNPL) a rappelé les fondamentaux qui ont guidé la réflexion de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait. “L’objectif du syndicalisme : ne laisser aucun producteur sur le carreau et assurer l’équité de traitement. Ne vous tirez pas la bourre. En Suisse, les producteurs de lait se sont fait la guerre entre eux, une catastrophe !” L’heure n’est donc surtout pas à déterrer la hache de guerre mais à “mutualiser l’information”.
Et la première information à retenir, c’est celle de ne pas se précipiter à signer la proposition commerciale envoyée par les laiteries (privées). “Le premier à signer n’est pas le premier à être protégé”, a insisté Etienne Fabrègue. Au contraire même, c’est potentiellement tomber dans des pièges qui pourraient se refermer demain. Pour blinder juridiquement les producteurs, la FNPL propose à chacun de répondre à sa laiterie par une lettre type(1). Un courrier qui stipule notamment, qu’en l’attente d’un accord bilatéral, “notre relation commerciale se poursuit sur des bases identiques à celles précédant votre proposition”. Il est donc urgent d’attendre.

S’organiser en tenant compte de l’existant
Il ne faut donc pas se faire imposer la signature car individuellement, un producteur, même à 1 million de litres voire plus, ne pèse rien face à l’industriel. La sécurisation passe ainsi par l’organisation collective “pour avoir de la transparence dans les factures, se réapproprier les informations à la disposition des entreprises (...)”, insiste-t-on du côté de la FNPL. Une organisation de type OP (Organisation de Producteurs) basée sur des statuts associatifs (type Loi de 1901) et des représentants élus démocratiquement. “Adhérer à une OP est un acte volontaire. L’OP est a-syndicale. Il ne faut pas mélanger les rôles”, a lâché Etienne Fabrègue. Avant d’ajouter : “des producteurs organisés, c’est la clé de tout. Des producteurs non organisés seront des producteurs intégrés”. Si cette organisation ne concerne pas la coopération, des structures existent dans le privé. Des associations de producteurs livrant à X ou Y maillent déjà plus ou moins le territoire. Pas question de les court-circuiter. Olivier Borel et Jean-Luc Delaunay, son vice-président, sont sur la même longueur d’onde. “Il ne faut pas destabiliser les groupements existants mais travailler avec eux. Notre objectif n’est pas de monter des structures contre les entreprises mais de mieux travailler demain dans un respect mutuel”. Parfois attaquée, Lactalis n’est donc pas dans le collimateur syndical sur le dossier de la contractualisation. L’occasion pour le président de la FDSEA de rappeler, par exemple, qu’il soutenait l’entreprise lavalloise dans son bras de fer avec Leclerc.
Ça sonne donc à la porte des groupements du secteur privé, notamment Lactalis qui en dénombre 108. En attendant qu’elle s’ouvre, la réflexion se poursuit. Les OP devront être financièrement indépendantes de l’entreprise collectrice. Il ne faut pas en faire des clubs fermés mais au contraire les ouvrir pour qu’elles maillent l’ensemble du territoire. Elles doivent également atteindre une taille critique pour être efficaces, représentatives et ainsi peser dans les négociations.
Un gros challenge en perspective mais les enjeux sont de taille : “les entreprises ont la capacité de nous organiser si on n’est pas capable de se prendre en main”, a conclu Olivier Borel. En la matière, mieux vaut tenir le manche car la contractualisation, c’est aussi ancrer une production dans un territoire. 
(1) : courrier disponible à la FDSEA.

Un prix minimum ?
Oui à la contractualisation avec un volume, une durée mais aussi un prix minimum réclament certains. Une mauvaise bonne idée répond la FNPL. Tout d’abord, comment fixer un seuil avec la volatilité des prix des entrants (fioul, énergie, aliment, engrais...) et à quel rythme ? Autre écueil, que ce prix minimum ne devienne très vite le prix de référence. Ce n’est donc pas au niveau de l’OP que la négociation de prix doit se faire mais plus en amont.

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