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Jean Turmel
“On sous-estime la capacité des producteurs de lait à s’insurger”

Le président de la section lait de la FRSEA tire la sonnette d'alarme.

Nous sommes en phase de tests. Les entreprises testent les producteurs, on l’a vu la semaine dernière au comité de suivi. L’interprofession elle-même est testée par les pouvoirs publics qui prétendent que c’est le bon échelon pour décider alors qu’ils font tout pour que cela ne marche pas..
Nous sommes en phase de tests. Les entreprises testent les producteurs, on l’a vu la semaine dernière au comité de suivi. L’interprofession elle-même est testée par les pouvoirs publics qui prétendent que c’est le bon échelon pour décider alors qu’ils font tout pour que cela ne marche pas..
© TG

Votre sentiment après la réception dans les exploitations des premières fiches de paie d’avril ?
La hauteur de la baisse est très surprenante. Elle nous arrive en pleine figure et risque de déclencher des réflexes, bons et mauvais. 

Nous sommes sous la barre du prix de revient ?
Effectivement et c’est pourquoi ça ne peut pas durer longtemps. Nous sommes responsables et pas démagogues. On sait qu’il y a la réalité du marché mais elle n’explique pas de tels écarts. 

Quelle est cette réalité ?
C’est 100 e de moins sur les produits industriels en un an. Faisons le calcul, avec 30 % de produits industriels dans le mix produits, ça ne fait jamais qu’une baisse de 30 e. Une baisse à répartir sur l’ensemble de l’année mais pour cela, il faudrait qu’il y ait discussion. En résumé, on peut faire le dos rond pendant un mois ou deux à condition que l’on sache comment on va être traité derrière. On ne peut pas demander à un producteur de faire un sacrifice s’il ignore s’il pourra se “refaire la cerise” derrière.

Pourquoi cette incapacité à prendre des décisions?
Nous sommes en phase de tests. Les entreprises testent les producteurs, on l’a vu la semaine dernière au comité de suivi. L’interprofession elle-même est testée par les pouvoirs publics qui prétendent que c’est le bon échelon pour décider alors qu’ils font tout pour que cela ne marche pas...

La tension risque donc de monter d’un cran par rapport à l’automne dernier?
Ce que n’ont pas mesuré les entreprises et les pouvoirs publics, c’est que nous ne sommes plus dans la situation de novembre où les niveaux de prix étaient plus élevés. Aujourd’hui, les producteurs ne bouclent plus leur budget. La réaction ne va pas être la même. On sous-estime la capacité des producteurs à s’insurger.

Ça pourrait déraper?
On a tous cette inquiétude là.

Il faut s’attendre à des actions dans les prochains jours?
Ça risque de démarrer sur les chapeaux de roues, nationalement et localement.

Qui allez-vous cibler en premier lieu : les entreprises ou la distribution ?
Ça peut surprendre parce que le conflit est frontal avec les entreprises mais j’ai tendance à penser qu’il faut en même temps, voire avant, se fâcher avec les pouvoirs publics.

Pourquoi ?
Au cours du tour de table qui s’est déroulé la semaine dernière, les entreprises sont venues en agitant le spectre de la DGCCRF en affirmant : “on ne peut pas”. Pourtant un amendement à la loi de Finance 2009 a levé l’hypothèque mais l’ambiguïté mine toujours les négociations. Les entreprises disent “non, non, il n’y a rien de réglé”. L’Etat doit être plus clair. A moins que les entreprises ne s’en servent qu’à défaut d’autres arguments.
Mais pour les producteurs, il est grand temps de s’affranchir du problème.

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