Aller au contenu principal

Sur les routes : les JA à la manœuvre

Les Jeunes Agriculteurs donnent de la voix. La semaine dernière, ils ont bloqué plusieurs axes du départements. Venus du Bessin, du Bocage, de la Plaine ou du Bessin : regards croisés sur la mobilisation des 27 et 28 février.

© VM

llll Rencontre avec Stanislas Dutel et François-Xavier Hupin. Les deux jeunes agriculteurs ont mené les troupes du Pays-d’Auge et de la plaine. 

>> Pour les journées du mercredi 27 et jeudi 28 janvier, racontez-nous vos actions ?
François Xavier Hupin. Il fallait réussir à rebondir. Il y a eu une grande mobilisation du Bessin, ils ont décidé de venir jusqu'à Caen.
Nous sommes allés sur le viaduc de Calix. On nous demande d'éviter de bloquer ce genre d'endroit. Mais, c'était toute la symbolique de cette manifestation.
Nous voulions faire une action qui frappe l'État après le viaduc. Une benne de gravats était censée recouvrir la pelouse de la préfecture. Malheureusement pour nous, notre action a été refusée. 4 ponts menant à Caen étaient barrés pour nous empêcher d'atteindre la préfecture. 

Stanislas Dutel. Nous avions prévu de faire un gros blocage sur Lisieux. On a commencé devant l'usine Lactalis. On a pu décharger du fumier devant l'entrée.
Ensuite, nous avons établit un barrage filtrant sur le rond-point de l’espérance, puis un barrage total de la rocade (1 heure). L'opération a pris fin vers 17h ce mercredi 27 janvier.

>> Avez-vous d'autres actions prévues ?
François Xavier Hupin. Nous avons une ou deux pistes, mais le gouvernement est là pour «étouffer » nos actions. Une mesure par ci, un projet de loi par là : c'est comme ça que l'État nous gêne.
Il est compliqué de revendiquer. On nous répond que c'est en cours, que des mesures ont été proclamées.
Le gouvernement cherche à embrouiller les esprits pour que les actions se répètent de moins en moins.

Stanislas Dutel. Nous n'avons pas d'autres actions prévues. Du moins pas encore.

>> Est-il de plus en plus compliqué de se mobiliser ?
François Xavier Hupin. Bien évidemment, cela va être plus compliqué. Il y a de plus en plus d'éleveurs qui n'ont plus rien à perdre, le moral est plus que touché. Quand vous voyez des mesures qui n'aboutissent à rien, vous pouvez très vite jeter l'éponge.
Stanislas Dutel. Oui. Je pense qu'il y a un « ras-le-bol » général. Il faut prendre en compte le nombre de journées d'action depuis l'année dernière. On ne voit pas de réels résultats donc le moral est au plus bas. C'est donc de plus en plus compliqué de se mobiliser.

>> Craignez-vous que le gouvernement veuille faire coller une image de « fauteur de trouble » aux agriculteurs ?
François Xavier Hupin. Quand on a eu le refus du déchargement à la préfecture, nous avons riposté en menaçant d'en décharger bon nombre sur le viaduc.
Ils préfèrent donc qu'on décharge 35 bennes sur le viaduc plutôt qu'une seule devant la préfecture. On commence donc à se demander si certaines personnes de l'État cherchent à nous faire déraper. Peut-être pour réussir à nous taper dessus, nous mettre un coup au moral sachant qu'il reste des amis en procédure judiciaire » (dont 7 du Bessin).

Stanislas Dutel. C'est possible, mais ce n'est pas quelque chose sur laquelle on s'attarde. Bien sûr, c'est une image que l'on ne veut pas donner. Notre but avant tout est justement de donner une vraie image de l'agriculture, une image qui reflète la réalité, celle de l'agriculture en détresse.

>> Redoutez-vous une certaine impopularité ?
François Xavier Hupin. En Basse-Normandie et dans le Calvados, la population peut bien sûr se retrouver un petit peu gênée par rapport à la circulation. C'est pour cela que nous communiquons. Expliquer le pourquoi du comment, communiquer sur les grandes difficultés, la profession est en train de couler et la population nous comprend.
Hormis le problème du mois d'août dernier, on ne peut reprocher aucune dégradation, rien de déplaisant.
C'est d'ailleurs ce qui permet d'avoir le soutien des gens.  Au bout d'un an, on ne peut nous reprocher d'avoir fait beaucoup de dégâts.
Selon un sondage, 80% des personnes interrogées sont favorables et comprennent les actions de manifestation agricoles.

Stanislas Dutel. Comme je l'ai dit, on a peur de donner une mauvaise image(surtout dans les villes). Les gens comprenaient mieux les raisons des blocages du mois de juillet dernier plutôt que maintenant. La population voit de plus en plus de manifestations dans la rue donc on appréhende beaucoup. Embêter les gens c'est risqué, c'est pour ça qu'on essaye de communiquer un maximum. 

>> Quelle est votre principale revendication ?
François Xavier Hupin. Le prix. La profession agricole est une des rares professions qui ne choisit pas ses prix de vente.
La revente à perte est interdite. C’est pratique illicite et déloyale. Aujourd'hui, on vend à perte et l’on n’a pas le choix.

Stanislas Dutel. Notre plus grande revendication reste bien entendu le prix. C'est pour cette raison que nous agissons. La transformation n'est pas gérée par les agriculteurs. La hausse des prix est le point le plus important de notre combat.

>> Réguler la production, est-ce une piste vers la hausse des prix ?
François Xavier Hupin. Cela pourrait être une solution, mais le problème c'est que les industries peuvent acheter à l'étranger. Si demain je réduits de 5% de ma production, les industries se fourniront ailleurs pour faire tenir le cours.

Stanislas Dutel. C'est une réflexion que je me fais à chaque réunion avec mes collègues. Pour moi, c'est purement et simplement la voie à prendre. C'est en diminuant un peu l'offre qu'on pourrait rééquilibrer la balance. On a une petite appréhension que les industriels aillent voir ailleurs pour les produits de bas de gamme. En revanche, nous avons moins peur des producteurs étrangers, car les industries cherchent des  produits du terroir, ils veulent garder une bonne image (produits AOC). Tout cela, ils ne pourront pas l’importer.

>> La discrétion est de rigueur pour les prochaines mobili-sations ?
François Xavier Hupin. Bien sûr, on va bientôt se prendre pour des soldats. Nous sommes obligés de coder nos messages pour rester discrets. C'est notamment grâce à cette discrétion que nous sommes parvenus jusqu'à la porte bleue de la préfecture en août et décembre 2015.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Le méteil implanté cet automne pourra être récolté en ensilage en mai.
Sécheresse : miser sur les prairies sous couvert
Alors que les fourrages manquent, le semis de prairie sous couvert de méteil est encore possible. Mais il la remise des bêtes au…
Dans l'Orne, en 2024, la Ferme des chèvres brasseuses a inauguré son investissement de 600 000 euros pour changer d'échelle.
Les bières locales dans le creux de la vague en Normandie
Au Fêno, parmi les nouveautés, un bar à bières rassemblera 17 brasseries artisanales de Normandie. La filière ne connait plus la…
"Il faut s'adapter aux aléas climatiques", clame Samuel Courvallet, exploitant et maire de la commune de Pierrefitte-en-Cinglais. Il a engagé un projet de retenue collinaire, mais le stockage des eaux hivernales divise en local.
"Je trouvais utile de récupérer cette eau, plutôt qu'elle aille à la mer" : dans le Calvados, il crée une retenue collinaire
En Suisse Normande, à Pierrefitte-en-Cinglais, Samuel Courvallet aménage une retenue d'eau collinaire. L'arboriculteur voit dans…
La série 7 du robot Agbot (marque AgXeed) peut être équipée d'un outil allant jusqu'à 18 m avec ses 230 ch. L'autonomie court jusqu'à 24 heures.
La Cuma de Sassy teste le robot AgBot
La Fédération des Cuma Normandie Ouest, en partenariat avec la Cuma de Sassy, a proposé une démonstration du robot autonome…
Le cochon de Bayeux et ses copains des autres races patrimoniales normandes sera au Fêno tout le week-end à Caen
Fêno à Caen : le meilleur de la Normandie à dévorer ce week-end
Du 16 au 18 octobre 2026, le Festival de la Normandie revient au Parc des expositions de Caen avec 420 exposants. Entre…
"Le seul dossier que je veux bien continuer de regarder, c'est la RN 12, car le sud de l'Eure et l'Orne ", dit Hervé Morin
"L'investissement sur les routes, c'est terminé"
La Région Normandie prépare son budget 2027. Les ressources diminuent et l'investissement plafonnera à 550 millions d'euros. Il y…
Publicité