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Contrat Lactalis
Surtout ne signez pas

Cédric Bérard et Jan Fokker, producteurs de lait à La Mesnière et Gaprée (Orne), ont reçu la semaine dernière en recommandé une proposition de contrat lait Lactalis. Leur réponse claque : “surtout ne signez pas”.

Pour Jan Fokker, 8 ans de traite aux Pays-Bas suivis de 23 années en France à Gaprée (61), la coupe est pleine. “Luc Morelon (Ndrl : en charge de la communication chez Lactalis) a déclaré il y a peu que si le prix du lait en France était trop cher, l’entreprise délocaliserait. Et bien moi, je réponds que si ça continue comme ça, c’est moi qui vais délocaliser”. Une mise en garde qui s’adresse au géant laitier européen à qui il livre son lait et qu’il n’a pas choisi. Mais Jan tient aussi à alerter les élus politiques de tous bords. Si les pouvoirs publics ne mettent pas de l’ordre dans ce qui s’apparente à une privatisation du droit à produire du lait, ce sont des producteurs à titre individuel (“pour délit de sale gueule” sic) qui risquent de disparaître d’un simple coup de crayon. Des petits bassins de production à l’échelon communal ou cantonal car trop loin des grands axes routiers. Voire de plus gros bassins (région naturelle) car trop excentrés par rapport aux usines de transformation...
Jan Fokker ne joue pas l’intox. En l’état actuel du contrat Lactalis, ou il reste à Gaprée mais change de production ou il refait ses valises pour produire du lait ailleurs. “Il reste encore de la place un peu partout dans le monde”, lâche-t-il. Mais en syndicaliste convaincu (il a participé il y a quelques jours au congrès de la FNPL à Aurillac), il ne baisse pas les bras.

Se regrouper en OP
Jan Fokker est sur la même longueur d’onde que son voisin Cédric Bérard. Pour le responsable lait des JA de l’Orne, la seule attitude responsable à adopter est “de ne surtout pas signer et de se mettre en OP (Organisation de Producteur) le plus vite possible pour peser un minimum face au rouleau compresseur Lactalis”. Cédric a lui aussi épluché les 12 pages du contrat sous toutes les coutures. Pas vraiment surpris de la teneur des propositions. “La dictature Lactalis, souffle-t-il. Une entreprise privée qui ne pense qu’à son seul profit, absolument pas à ses producteurs”. Et de dénoncer pêle-mêle tous les flous juridiques sans doute savamment étudiés : la cessibilité des contrats, leur pérennité, la privatisation de la gestion des volumes, la possibilité de se regrouper en OP après avoir signé individuellement, les conditions de paiement, le prix payé avec un droit d’ajustement de 2 e... “Que fait-on de notre travail d’entrepreneur dans cette mécanique ?”, s’interroge-t-il. Mais la messe n’est pas encore dite.

La position de la FRSEA et de JA Basse-Normandie
“Les producteurs de lait reçoivent actuellement des propositions de contrat de leur entreprise acheteur de lait. La FRSEA et les JA de Basse-Normandie ont eu connaissance du contrat proposé par Lactalis à ses fournisseurs. La FRSEA et les JA recommandent aux producteurs livrant à Lactalis de ne pas signer la proposition qui leur est faite. En effet, à la lecture du contrat, il apparaît que l’entreprise propose ni plus ni moins qu’un contrat à sens unique en sa faveur sans aucune contrepartie pour l’éleveur. Sous prétexte de prévoir des circonstances exceptionnelles, l’entreprise entend littéralement bâillonner ses fournisseurs que nous sommes. Par exemple, l’entreprise s’autorise d’interrompre la collecte du lait au moindre incident qui lui serait “extérieur”. Autre exemple : la proposition faite aux producteurs Lactalis interdit au producteur de céder son contrat à un jeune agriculteur qui s’installe sans accord explicite de l’acheteur. Nous ne sommes pas prêts à donner les clés de nos exploitations aux industriels. Enfin, la proposition de contrat envoyée par lettre recommandée sans concertation avec les producteurs, y compris les représentants de groupements liés à l’entreprise, ressemble plus à un diktat qu’à un contrat équilibré qui s’inscrirait dans une relation équilibrée entre producteur et transformateur. Pour la FRSEA et les JA, la proposition de Lactalis démontre tout l’intérêt que les producteurs de lait ont à se regrouper dans des organisations de producteurs. Seule une négociation groupée peut permettre d’aboutir à un contrat plus équilibré. C’est dans cet esprit que la FRSEA et les JA de Basse-Normandie appellent les producteurs de lait à ne rien signer dans l’immédiat et à se regrouper pour négocier sur une base plus sérieuse que la véritable provocation qui fait office de proposition de l’acheteur. Enfin, la FRSEA et les JA appellent le ministre de l’agriculture à presser le pas afin de déterminer au plus vite les conditions de regroupement des producteurs de lait, seule parade susceptible de préserver les intérêts des producteurs face à la toute puissance de l’industriel.”

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