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Chez Ludovic à St-Pierre-la-Rivière (61) : l’ensilage d’herbe AOP compatible

Le pâturage constitue le système alimentaire le plus court et le plus économique. « La vache, c’est tondeuse à l’avant et fertilisateur à l’arrière», s’amuse même Ludovic Podgorski, producteur de lait AOP à St-Pierre-la-Rivière (61). Mais l’herbe a aussi ses contraintes : pas toujours facile de faire du bon foin en Normandie et une pousse qui s’apparente parfois à une course contre la montre. Alors, depuis qu’il s’est installé en 1995, Ludovic a appris à maîtriser la science de l’herbe.

© B FRENE

llll « L’ensilage d’herbe, ça fonctionne bien et ça ne coûte pas cher ». Sur son exploitation de 145 ha dont 25 ha de cultures (blé et maïs), Ludovic Podgorski fonctionne à l’économie. Et pour cause : « les 50 € de plus-value que nous accorde la laiterie ne sont pas à la hauteur de notre travail. Il nous manque 30 à 40 €/1 000 litres », considère le président de l’OP (Organisation de Producteurs) Lactalis AOP1 (Appellation d’Origine Protégée). Une des raisons d’ailleurs qui l’ont fait renoncer au séchage en grange, « techniquement très efficace mais trop coûteux ».

Pâturage, foin, ensilage et enrubannage
De son herbe, Ludovic fait donc feu de tout brin. Le pâturage est bien évidemment privilégié mais les conditions climatiques perturbent parfois les plannings. C’est le cas en ce printemps 2018. L’herbe a poussé tardivement et les précipitations abondantes combinées à des sols argilo-limoneux naturellement humides ont pénalisé la portance. La mise à l’herbe a donc été plus tardive ne permettant pas un déprimage optimal. Le stock sur pied a donc tendance à s’accumuler. L’ensileuse va ronronner à pleine goulotte dans quelques jours. « En année normale, j’ensile ma 1ère coupe en juin au stade début épiaison. Cela me fait un gros stock de nourriture», se rassure notre éleveur. Ensuite, place à l’enrubannage pour les excédents avec une herbe plus jeune. « Ce sont de petits chantiers que je fais avec le matériel de la CUMA. Je fais environ 200 boules qui me servent l’été en cas de manque d’herbe. » Ensilage et enrubannage, à géométrie variable, viennent donc tamponner la saison de pâturage et de fauche pour le foin.
Et à ceux qui pourraient s’interroger sur la compatibilité entre l’ensilage et la transformation du lait en produits AOP, Ludovic Podgorski répond technique de fauche et hygiène de traite. « Il ne faut pas couper trop ras, assure-t-il. C’est de l’herbe qu’il faut andainer, pas de la terre. Par ailleurs, je fauche à plat et je ne fane pas. Il faut également attendre que le fourrage soit bien ressuyé pour intervenir ».
Dans ce dispositif anti-terre, il est une petite bête peu appréciée au lieu-dit « Le Mont Bougon », c’est la taupe et surtout ses opérations de terrassement avec la taupinière. Ludovic fait donc appel au taupier : 80 prises au cours de l’hiver.

Une hygiène de traite irréprochable
Côté tank, la qualité est quasi au top. «En quatre ans, un seul contrôle à
1 300 butyriques , lâche notre éleveur. Ensilage d’herbe et sanitaire sont donc tout à fait compatibles mais il n’y a pas de recette miracle. Cela passe par une hygiène de traite irréprochable qui démarre dès la stabulaltion avec des vaches propres et donc bien paillées. On achète 250 T de paille par an. Ensuite, au moment de la traite, c’est lavette individuelle, essuyage papier, mousse, extraction des premiers jets. Il faut rester très pointilleux pour maîtriser le risque butyrique».
Si le foin est à volonté toute l’année, la ration hivernale se compose de 50% d’ensilage de maïs et 50 % d’ensilage d’herbe complétée avec 2 à 2,5 kg de correcteur azoté (soja + colza) et de 1 à 1,5 de blé (produit sur l’exploitation) pour rapporter de l’énergie le tout distribué au bol mélangeur. « L’herbe, c’est peu d’investissement : un tracteur et une désileuse pour démarrer », fait remarquer au passage notre éleveur.  Le niveau d’étable, quant à lui, se situe aux alentours des 6 800 litres. Au côté du troupeau de 70 Normandes, une activité bœuf conduit sur 3 ans, soit une centaine d’animaux supplémentaires également nourris au foin en hiver. Autant dire qu’une AOP viande/herbe de race Normande ne dénaturerait pas le paysage et aurait de « la gueule ». Un paysage que Ludovic Podgorski entretient avec passion.

Un paysage entretenu
Ce sont d’ailleurs les haies qui assurent le découpage parcellaire. A travers différents dispositifs agroenvironnementaux, il préserve ce patrimoine. Il se chauffe au bois bûche et entretient les têtards. Ailleurs, il jette un œil sur son IFT (Indice de Fréquence de Traitement). Il s’est engagé à diminuer sa consommation de produits phytosanitaires en 5 ans. Pour autant, il n’entend pas passer « bio. Trop de contraintes », juge-t-il. Ecologique mais pas écologiste...
A contrario, plus d’AOP, pourquoi pas avec les précautions d’usage évoquant le projet de « nouvelle AOP avec plus de vaches normandes et plus de pâturage mais n’allons pas trop vite. Il ne faut casser ni notre image ni notre potentiel de développement », lance-t-il aux différents acteurs. (lire aussi ci-contre)

1: Elle regroupe les producteurs des 3 associations Vallée, Jort et Carel (anciennement St-Maclou) et Lanquetot (190 producteurs pour 90 millions de litres de lait).

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