Lin
Croissance record du lin : le bilan sanitaire 2025-2026
Croissance exceptionnelle en fin de cycle, oïdium précoce mais contenu par le biocontrôle, altises plus pressantes qu'en 2025 sur les semis de mars : voici le bilan sanitaire 2025-2026 du lin fibre, publié par le réseau du Bulletin de santé du végétal (BSV) Normandie-Hauts-de-France.
Croissance exceptionnelle en fin de cycle, oïdium précoce mais contenu par le biocontrôle, altises plus pressantes qu'en 2025 sur les semis de mars : voici le bilan sanitaire 2025-2026 du lin fibre, publié par le réseau du Bulletin de santé du végétal (BSV) Normandie-Hauts-de-France.
Les lins d'hiver ont été semés rapidement, pour l'essentiel entre le 5 et le 10 octobre, en bonnes conditions. L'hiver doux, marqué en Normandie par un déficit pluviométrique de 50 à 100 mm entre septembre et janvier, a permis une pousse continue des parcelles, au point de poser de nombreuses questions sur la régulation.
Côté printemps, les semis ont démarré à la mi-mars avant d'être freinés par le retour de la pluie et du froid le 23 mars. Les chantiers ont repris autour du week-end de Pâques, sur des sols ressuyés et réchauffés. Les levées ont été rapides et homogènes dans la majorité des situations, à l'exception de quelques semis précoces du 20 mars. Des conditions peu favorables aux attaques d'altises sur les jeunes stades.
Une croissance record
La croissance en fin de cycle a atteint des niveaux exceptionnels autour du 15 juin : des croissances journalières supérieures à 4-5 cm ont été régulièrement constatées, parfois jusqu'à 7 cm. Elle résulte de températures élevées, d'eau disponible après les pluies de début juin et de peuplements bien implantés. La semaine du 20 au 27 mai, les stades s'étalaient de 20 cm à début floraison selon les parcelles.
Les orages du 18 juin ont entraîné localement de la verse et de la casse de tiges, aggravées par un nouvel épisode pluvieux du 18 au 23 juin. Les arrachages ont démarré tôt - début juin pour les premiers lins d'hiver, fin juin pour les lins de printemps - mais l'été très sec et chaud a retardé le rouissage. Il a fallu attendre les pluies du 17 août, puis la fin du mois, pour voir les premières rentrées.
Bilan de récolte à la Coopérative linière du Nord de Caen
À la Coopérative linière du Nord de Caen, les arrachages ont démarré dès la fin du mois de mai. "On avait une dizaine de jours d'avance par rapport aux années classiques, notamment en raison du printemps sec et de la chaleur", relate Florian Lemasson, responsable cultures et semences à la coopérative. "On a fini le lin d'hiver fin juin et nous avons enchaîné sur le lin de printemps dans la foulée. Les arrachages ont été relativement faciles".
La campagne d'écapsulage s'est bien faite. "Les lins n'ayant pas commencé leur rouissage, on a pu écapsuler tout ce que l'on voulait. C'était plutôt royal, constate-t-il. On pense avoir 25 % de stock de report de lin d'hiver (environ 900 ha), alors que les années précédentes, on gérait plutôt la pénurie."
Rouissage tardif
L'eau s'est ensuite fait attendre. "Des lins n'ont pas bougé pendant très longtemps à cause de l'absence de pluie. On a procédé à des retournages dès qu'il y avait quelques gouttes pour essayer de les faire décoller et qu'ils ne restent pas jaunes", se souvient le responsable. Ce n'est qu'après le 20 août que le rouissage s'est amorcé. "Les lins de printemps ont travaillé plus vite que les lins d'hiver. En termes de qualité, les premiers sont vraiment bons, quand les seconds ont mis plus de temps en raison du poids de paille plus important. Les liniculteurs patients rentrent de la bonne qualité", observe-t-il. Il faut désormais attendre le teillage pour connaître les résultats réels.
Prudence aux semis
Les semis n'ont pas vraiment encore démarré. "Début octobre, seulement 2 % avaient débuté dans des secteurs privilégiés", souligne Florian Lemasson. La coopérative a commencé à délivrer de la semence pour la mise en terre. "Les semis commencent autour du 10 octobre pour se terminer à la fin du mois. Il ne faut pas aller trop vite. En zone maritime, cela pousse encore : il ne faut pas avoir des lins trop développés avant l'hiver", préconise-t-il. Au-delà de 10 centimètres de pousse, gare au gel. Objectif : "avoir un lin entre 5 et 10 cm, à l'entrée de l'hiver".
Oïdium : une pression précoce
Sur lin d'hiver, la pression d'oïdium a été précoce et forte : 38 % des parcelles déjà touchées au 10 mars, 83 % au 24 mars, avec plus de la moitié des pieds atteints en moyenne. Trois parcelles ont présenté un feutrage blanc généralisé, signe d'une intensité élevée, tandis qu'une dizaine sont restées indemnes. La pression est ensuite restée stable, contenue par les produits de biocontrôle.
Sur lin de printemps, premiers signalements dès le 12 mai à des stades précoces (20-30 cm), 25 % de parcelles touchées - toutes en Normandie -, puis 50 % la semaine suivante et 57 % au 27 mai, certaines atteignant 100 % de pieds touchés. Les seuils de nuisibilité ont souvent été dépassés, mais l'intensité est restée contrôlée : un seul champ blanc sur l'ensemble de la campagne, et beaucoup de parcelles ont reçu au moins un passage de biocontrôle. Sur les deux types de lin, le biocontrôle a contenu la maladie.
Altises : une pression supérieure
Présentes en quantité importante, favorisées par les conditions climatiques, les altises ont touché 66 % des parcelles au 21 avril ; quelques parcelles hors réseau ont dû être ressemées. L'activité a été très soutenue du 1er au 15 mai, mais les dégâts se sont concentrés sur les semis de mars, avec localement des pertes de pieds. Les semis d'avril présentent quasiment aucune morsure. Les Hauts-de-France ont été plus touchés que la Normandie. Au final, la pression 2026 dépasse celle de 2025, sans atteindre des niveaux de virulence extrêmes. La date de semis constitue le premier levier de régulation.
Les thrips sont restés discrets. Aucune noctuelle signalée depuis deux ans. Quant à la septoriose : 15 % de plantes touchées en moyenne sur lin d'hiver, 20 % sur lin de printemps.
La courbure de la tige confirme son installation comme l'une des principales maladies du lin d'hiver : 61 % des parcelles symptomatiques à la reprise mi-mars, mais avec une intensité de 15 %, en retrait par rapport à 2025 (70 % de fréquence, 20 % d'intensité). Rien sur lin de printemps. Enfin, aucun signalement de verticilliose : la sécheresse au rouissage en a certainement limité l'expression.