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Exploitation
DEPHY ECOPHYTO : quelles stratégies sur une exploitation en polyculture-élevage ?

Le 6 décembre 2011 Jacques Girard, conseiller à la Chambre d’agriculture du Calvados et pilote d’un réseau de fermes DEPHY, a organisé une porte ouverte sur l’une des exploitations de son réseau, le GAEC de la Forge au Pas à Rouxeville.

Le GAEC de la Forge au Pas, géré par Martine, Eric et Gilles Gosselin, est situé à Rouxeville dans le bocage du centre Manche, à une dizaine de kilomètres au Nord de Torigini-sur-Vire. L’exploitation, d’une SAU de 120 ha, est conduite en polyculture-élevage (ateliers lait et viande) et abrite 80 vaches laitières et 40 taurillons. Comme dans beaucoup d’exploitations en polyculture élevage, les cultures mises en place ont pour but d’assurer la sécurité alimentaire du troupeau. Pour cela, l’exploitation conduit deux systèmes de culture :

- une alternance blé rustique / interculture de ray-gras en dérobée ou couvert d’avoine/maïs.  “Une fois tous les 8 à 10 ans, je varie ma rotation et j’implante du colza à la place du blé, commente l’agriculteur, cette rotation me permet d’atteindre l’autosuffisance en paille, en maïs et ensilage d’herbe” ;

- une implantation de prairies temporaires (ou de luzerne) pendant 3 à 5 ans avec mise en place de maïs ou de blé suite à cette période. Ce système assure quant à lui l’autosuffisance fourragère de l’exploitation en période printanière et estivale.


Une démarche de réduction des intrants bien amorcée

Depuis plusieurs années maintenant, Gilles Gosselin s’est engagé dans une dynamique de réduction des intrants : d’abord un objectif économique via une réduction des charges, sans perte de marges. En effet, en prenant en compte les aléas climatiques et les variations des prix des intrants, l’agriculteur estime qu’une utilisation élevée de produits phytosanitaires n’est pas particulièrement avantageuse pour lui, en comparaison d’autres systèmes qui visent en permanence les rendements maximum.Plusieurs raisons l’ont poussé à entrer dans le réseau DEPHY bas-normand constitué en avril 2010 : “je recherchais des solutions et des systèmes de cultures innovants. Ce groupe DEPHY m’a permis de faire connaissance avec d’autres agriculteurs ; de voir des situations et des méthodes de travail différentes des miennes. Les échanges avec le groupe permettent de comparer nos stratégies de réduction des phytos et de donner nos avis. J’ai aussi le sentiment de ne plus être seul dans cette démarche. Seul, on n’est pas sûr d’avoir la bonne technique et on tâtonne. Ce partage d’expérience m’encourage à poursuivre sur cette voie”.

Des stratégies préventives et complémentaires des traitements chimiques

Cherchant à diminuer ses charges tout en restant performant sur la maîtrise des adventices, des maladies et des ravageurs des cultures, le GAEC a décidé de travailler sur des stratégies préventives ou complémentaires à l’utilisation des traitements chimiques. Une partie de ces stratégies a été adoptée bien avant l’entrée de l’exploitation dans le réseau DEPHY.Dans des rotations blé (colza)/ maïs qui alternent déjà culture de printemps et cultures d’hiver, l’agriculteur gère traditionnellement les stocks d’adventices par un recours fréquent au labour (non-labour occasionnel devant céréales si les conditions le permettent), des semis de blé pas trop précoces (classique pour le secteur), la diminution des densités de semis de blé, et aussi le choix de quelques variétés qui allient rendement (grain et paille) et résistances fusariose/septo-riose, une fertilisation calée sur des objectifs de rendement “moyens”. En ce qui concerne le desherbinage sur maïs, l’exploitant ajoute : “cette technique m’intéresse depuis quelques années. Je la teste depuis 2 ans et je vais la continuer avec les salariés et les outils d’une CUMA voisine. Fin 2012, on évaluera le rapport efficacité/coût, et la faisabilité par rapport aux conditions météorologiques, et à l’organisation des chantiers à gérer globalement sur la CUMA. C’est un préalable à un éventuel investissement dans la CUMA locale”.


Des résultats prometteurs

Les premiers résultats montrent que les IFT (Indice de Fréquence de Traitement) sur le système de culture maïs/blé (colza) sont inférieurs à l’IFT de référence bas-normand (3,8 en 2006) et évoluent à la baisse sur la période 2008-2011, passant de 3,5 en 2008 à 2,4 en 2009(1) (graphique).A l’échelle du système de culture, un rendement moyen a été calculé (en convertissant le rendement du maïs-ensilage en quintaux de grains). Le rendement moyen du système en 2010 est pénalisé par la sécheresse d’avril-mai qui a particulièrement affecté le maïs ensilage.Sur les 3 autres années, la production n’est pas affectée par les niveaux d’investissement en phytos (lié à l’IFT).Le calcul de l’indice “rendements/IFT” permet de réaliser une première approche des performances économiques et environnementales de l’agriculteur. La comparaison de l’indice “rendements / IFT régional” avec les indices “rendements/IFT annuels” du système de culture de l’exploitant montre que son système est plus performant sur ces critères.

Des difficultés… mais aussi des avantages

Comme dans tout système, il existe des difficultés de mise en œuvre. Pour Gilles Gosselin, il s’agit de réussir à faire des choix et de s’adapter aux différentes situations. A titre d’exemple, l’agriculteur cite le cas du desherbinage sur maïs qui pose un problème car il faut “de bonnes conditions météorologiques”. Des conditions plutôt sèches favorisent l’efficacité du binage, mais de fortes hygrométries optimisent l’efficacité des produits sur le rang. “En confrontant le temps de passage, le nombre de jours disponibles où les conditions météos sont correctes, et le nombre total d’hectare de maïs des adhérents de la CUMA, l’équation est parfois difficile à résoudre”.Côté avantage, notre agriculteur a réduit son temps de travail en diminuant les passages avec le pulvérisateur. “Mais ceci nécessite d’avoir fait les choix agronomiques qui permettent cette réduction” argumente t-il. De cette manière, l’exploitant préserve également sa santé : en réduisant ses traitements chimiques, il évite ainsi d’être exposé trop souvent à la dangerosité de ces produits.A l’avenir, des perspectives intéressantes se profilent avec la production prochaine des premières références de ce réseau DEPHY. D’autres manifestations et actions de communication sont prévues pour 2012 et permettront de présenter ces résultats, ainsi que la progression du groupe.

(1) Pour améliorer la comparaison, les IFT de l’exploitation devront être comparés à un IFT de référence plus “local” (Manche, ou canton)

DEPHY ECOPHYTO

Le réseau bas-normand piloté par Jacques Girard, conseiller à la Chambre d’agriculture du Calvados.Avant d’être déployé à grande échelle, le dispositif FERME a fait l’objet d’une phase test. Parmi les 18 réseaux d’exploitations qui ont été sélectionnés au niveau national pour en faire partie, 2 sont localisés en Normandie. Ainsi, Jacques Girard anime un réseau bas-normand en polyculture-élevage depuis 2010. Composé de 8 exploitations, ce réseau est qualifié de “bas-normand” puisque 4 d’entre elles sont situées dans l’Orne, 3 dans la Manche et 1 dans le Calvados. Une exploitation de lycée agricole fait partie de ce groupe. Cette diversité représente une richesse supplémentaire pour les échanges de pratiques et l’avancée du groupe dans la dynamique de réduction.

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