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Des fermes à la campagne dans le Calvados : une nouvelle culture en mutation

Dans les campagnes, les agriculteurs se sentent menacés. Les relations avec les néo-ruraux se tendent. En découlent des procédures judiciaires engagées contre des exploitations. Les représentants du monde agricole, à travers le COPA*, souhaitent attirer l’attention sur cette délicate cohabitation. Pour sensibiliser la presse, ils ont pris l’exemple de Sylvain Decaen, endivier à Cambes-en-Plaine. La contre-communication s’organise...

© VM

C’est l’odeur, parfois la circulation des tracteurs ou le chant du coq. Sortir le pulvérisateur provoque aussi une appréhension des agriculteurs qui craignent d’être pointés du doigt. Chez Sylvain Decaen à Cambres-en-Plaine, la gêne s’avère d’ordre auditive. L’un de ses voisins l’a ainsi conduit au tribunal de grande instance. Une plainte, étayée par un courrier du maire, a suffi. Sans même prendre le temps d’un tour de champ, le bal judiciaire est lancé. Le juge a donc mandaté un expert pour dresser l’oreille. Ce dernier a effectué des relevés pendant 3 ou 4 mois. “Rien d’anormal n’a été relevé. La procédure s’est éteinte. Pour l’instant...”, raconte Sylvain Decaen. Son père, Ivan, a développé l’activité “endives” dès 1973. Lui même avait repris l’exploitation qui menait une activité d’élevage sur le site. Au fil des ans, l’urbanisation a cerné la ferme. “Le principe d’antériorité est une chose qui nous aide. Mais au-delà de notre cas, toutes les exploitations doivent aussi pouvoir évoluer, comme l’ensemble de la société”. Las de cette cohabitation avec les urbains ou les néo-ruraux, Sylvain Decaen préfère délocaliser son entreprise. Ce transfert a un coût et se réalisera donc sur plusieurs années.
Le cas de cet endivier n’est qu’un exemple. D’autres problèmes similaires sont signalés dans le département. A Loucelles, Damien Autin a évacué 25 bovins d’un bâtiment et payé plusieurs milliers d’euros de préjudice. En cause : les mouches et l’odeur troublaient son voisin.

“Nous le vivons mal”
La multiplication de ces conflits pousse les représentants du COPA* à réagir. “Au-delà de la crise, il y a un mal-être. Nous ne supportons plus le procès incessant fait à l’agriculture. Certains ne tolèrent plus notre existence. Nous sommes sur la défensive. Quand on regarde la télévision, nous sommes devenus des boucs émissaires. Nous le vivons très mal. Nous avons besoin de nous faire comprendre et notamment des médias. Il faut accepter que notre agriculture se modernise. Comme de nombreux autres secteurs, l’économie nous impose d’évoluer et de travailler autrement. Nous œuvrons dans le respect des règles environnementales, et nous ne défendrons pas les abus”, explique Patrice Lepainteur, président de la FDSEA du Calvados. Michel Legrand abonde ces propos. Le président de la Chambre d’agriculture du Calvados dénonce notamment deux poids deux mesures. “Construire un lotissement donne le droit d’arracher une haie”, regrette-t-il. Le cas de Cambes-en-Plaine illustre d’ailleurs certains paradoxes. Après avoir dans un premier temps regretté les nuisances sonores de l’endivier, le maire de la commune a délivré un permis de construire sur une parcelle qui colle l’exploitation.

Travail pédagogique
Ce besoin de communication fait l’unanimité chez les responsables agricoles du département. “Nous avons un travail pédagogique à mener auprès des élus. Nous devons également rencontrer le préfet sur cette problématique”, insiste Michel Legrand. Afin de donner du poids à leurs propos, les organisations agricoles du département ont également lancé une pétition depuis plusieurs semaines. Les derniers succès du COPA «circulation» donnent de l’espoir. Cependant pour s’adresser au grand public, le combat semble se jouer à une autre échelle. Patrice Lepainteur veut “investir” les médias nationaux. “Le réseau syndical, que je représente, initie des mouvements venus de la base. A nous de transmettre le besoin du terrain. Ce sujet sera en effet au cœur de la prochaine assemblée générale de la FDSEA 14 qui recevra Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA”.

*(Comité des Organisations Professionnelles Agricoles)

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